Historique de la lutte anti-sectes en France de 1945 à nos jours


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1. Au XIXe siècle 

2. Depuis l’après-guerre jusqu’en 1977 

Remarques générales sur l’évolution des termes « sectes » et « sectaires »  

Chronologie 

3. A partir de 1977 


1. Au XIXe siècle


XIXe siècle :
« A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le mouvement ésotérique était excessivement important en France et on était même leader sur l’Europe. Il y avait tout un tas de mouvements ésotériques, d’associations, de sociétés qui avaient leur siège en France ou en Angleterre et des ramifications partout dans le monde. Il y avait dans ces mouvements-là des écrivains célèbres, des hommes politiques,… Et il n’y avait pas d’incompatibilité, cela semblait aller de soi. Les mouvements ésotériques ont influencé une partie de la littérature de la fin du XIXe, c’était quelque chose de connu et d’avéré. Puis il y a eu un trou jusque dans les années 1950. Ce mouvement s’est re-développé à partir des années 1960 et a pris petit à petit de l’ampleur. »[1]

1893 : Gabriel Tarde, sociologue qui s’essaya à la criminologie, publie une série d’articles qui paraîtront par la suite sous le nom de L’opinion et la foule, dont le premier est l’article suivant : Foules et sectes du point de vue criminel (in La Revue des Deux Mondes, 15 novembre, P. 349-387)[2]. Dans cet essai, qui explore les notions de foules, de corporations, de public et ce qui les différencie entre elles, la notion de secte est ainsi définie :

« Une foule tend à se reproduire à la première occasion, à se reproduire à intervalles de moins en moins irréguliers et, en s'épurant chaque fois, à s'organiser corporativement en une sorte de secte ou de parti ; un club commence par être ouvert et public, puis, peu à peu, il se clôt et se resserre ; d'autre part, les meneurs d'une foule sont le plus souvent non des individus isolés, mais des sectaires. Les sectes sont les fermens des foules. (…) Rien de plus bienfaisant que la Hanse[3] au Moyen-âge ; rien de plus malfaisant, de nos jours, que la secte anarchique. Ici et là, même force d'expansion, salutaire ou terrible. »

Sont cités comme sectes : les Jacobins, la mafia sicilienne, la camorra napolitaine[4], le nihilisme russe…

Remarques générales sur l’évolution des termes sectes et sectaires

Selon une étude réalisée en 2004 par M. Paul Airieau, historien, pour la MIVILUDES dans le cadre du séminaire Sectes et laïcité :

« (Par le) biais du catalogue de la Bibliothèque nationale de France, ont été relevés les livres dont le titre comportait les mots « sectes », « secte », « sectaire », « sectaires », « sectarisme » de 1900 à 2002, et « laïcité » de 1945 à 2002. (…) On obtient ainsi 376 titres, dont la répartition chronologique n’est pas sans intérêt. (…) La première partie du siècle retient l’attention : une production relativement régulière mais jamais supérieure à trois titres. Avant 1977, la production n’est jamais supérieure à cinq, et certaines années ne comprennent aucun titre. Après 1977, on assiste à une explosion, la production (annuelle) n’étant jamais inférieure à cinq, sauf en 1989 et 2002. 1990-2002, avec une très forte poussée et un sommet en 1996 et 1997, et une chute impressionnante en 2000. Les proportions sont tout aussi éloquentes. Entre 1977 et 2002 sont publiés 69,95% des ouvrages retenus, la période 1986-2002 en concentrant même 51,33% (193 titres). Quant à la période antérieure à 1945, elle concentre 13,56% des titres (51), soit moins que la période 1945-1977 (16,48%, 62 titres). Le thème devient donc socialement important à partir de la fin des années 1970, et très porteur dans la décennie 1990. »[5]

« Les mots « sectaire » et « sectaires » ne sont pas utilisés sur toute la période. Ils sont présents presque uniquement avant 1914 et après 1998, « sectaires » étant même majoritairement utilisé avant 1914 (54,54% des occurrences). Quant à « sectarisme », il est utilisé majoritairement entre 1971 et 1972, disparaît (avec l’exception de 1980) et réapparaît à partir de 2000. « Sectes » et « secte » présentent également des particularités. « Sectes » connaît 56,25% de ses occurrences après 1986, alors que « secte » n’en connaît que 44,23%. Avant 1945 se produisent 8,33% des utilisations de « sectes », mais 16,34% de celles de « secte ». Un changement paraît s’être produit : les « sectes » ont remplacé la « secte », et la mutation s’est accentuée à partir des années 1950, encore plus après 1977. Ces éléments laissent donc supposer des déplacements dans la signification des mots qu’il faudra préciser. »

« Avant 1945, la question des « sectes » est quasiment inexistante. (…) Dans les années 1950, outre l’utilisation sociologique et descriptive, on voit apparaître la polémique catholique contre les groupes religieux non catholiques en expansion en France : Témoins de Jéhovah, adventistes, baptistes, mormons, essentiellement. »[6]

Chronologie

1946 : Jean Herbert, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’Hindouisme, fonde la collection Spiritualités vivantes chez Albin Michel.

Dans un article publié en 2005 sur Primo Info, intitulé Psychologie politique et paix sociale ou l’art subtil de la manipulation des foules, Pascal Hubrecht écrit : « Pour qu’une véritable discipline de persuasion des masses se crée, il faudra attendre les véritables manipulateurs du symbolisme politique, apparus aux États-Unis au milieu des années 50. Ces maîtres d’une discipline d’un nouveau genre faisaient la synthèse des travaux de Setchenov et de Pavlov (la psychologie soviétique) et de leurs réflexes conditionnés, de Freud et de ses images du père, de Rienman et de son idée de concevoir les électeurs américains comme des spectateurs consommateurs de la politique. »[7]

1950 : « Le renouveau de l’ésotérisme en France commence fin des années 1950 avec Le matin des magiciens[8], de Louis Pauwels, puis la revue Planète. »1

« Vers les années 50-60, l’Occident voit une soif de verticalité s’exprimer soudain en de nombreuses personnes hors des Eglises traditionnelles. Il est difficile de rendre compte de l’incroyable diversité et multiplicité des enseignements et pratiques qui apparaissent alors et du bouleversement qu’ont pu vivre des millions de personnes à travers eux. Certains voyagent à la rencontre de l'Orient et de ses traditions ancestrales ; ils rapportent des images, des textes, et leur propre interprétation de ces rencontres qui en inspirent d'autres à leur tour. »[9]

« L'expression brainwashing (lavage de cerveau) apparaît pour la première fois le 24 septembre 1950 dans un article du Miami Daily News traitant de méthodes utilisées par les communistes chinois pour « retourner » des prisonniers de guerre ou des détenus politiques. Il était signé par Edward Hunter, journaliste qui fut aussi agent de l'OSS puis de la CIA. Dick Anthony et Massimo Introvigne distinguent trois périodes dans l'histoire de la notion de « lavage de cerveau » : la période anticommuniste de 1950 à la fin des années 1960, la période de la « première guerre antisectes » dans les années 1970-1980 et la période de la « seconde guerre antisectes » dans les années 1990. »[10]

« Le maccarthysme est un épisode de l'histoire américaine connu également sous le nom de « Terreur Rouge » (Red Scare), qui s'étala approximativement de 1950 à 1956. Elle désigne non seulement la procédure inquisitoriale menée par la commission du Sénateur Joseph McCarthy consistant à traquer d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis mais également une ambiance politique consistant à réduire l'expression d'opinions politiques ou sociales jugées défavorables, en limitant les droits civiques sous le motif de défendre la sécurité nationale. »[11] Elle est considérée par certains observateurs comme un précédent à la campagne antisectes en France, jugée parfois comme un paravent commode à l’introduction d’une législation visant à réduire les libertés individuelles à des fins assez éloignées des motifs d’origine.

1951 : Parution des trois livres doctrinaux du Christ de Montfavet. « D’abord à Noël 1947, puis à la même date en 1950, il se révèle à sa famille comme une nouvelle incarnation de Jésus-Christ, le Christ revenu sur la terre, révélation qui sera communiquée au grand public à partir de février 1954. Cependant, dès fin décembre 1950, de nombreux tracts sont distribués dans toute la France et même en-dehors de nos frontières, tracts ayant pour titre Hier Jésus de Nazareth, aujourd’hui Georges [Roux] de Montfavet ! Immédiatement une mission, l’Agence Chrétienne d’information, s’établit à Paris. »[12]

« Le nombre d'études réalisées en sociologie des religions en France et en Belgique ces dernières années est très impressionnant. Non seulement y a-t-il un grand nombre de rapports sur le pourcentage de ceux intéressés dans la religion en rapport avec la population globale, avec des comparaisons par régions, communautés, sexe, âge, classe et occupations, mais un nombre important d'enquêtes exhaustives par des paroisses et des diocèses, des tentatives ont été faites pour mesurer les effets de l'éducation, de l'appartenance à une classe sociale, du logement sur les croyances religieuses, pour confirmer les résultats d'un changement social ou d'une mobilité territoriale sur la croyance religieuse et, en France, pour établir un lien entre la religion et le choix politique. (...) Les études modernes en France et en Belgique sont en majorité conduites par des Catholiques qui n'ont pas reçu de formation sociologique préalable. »[13]

1953 : Parution du livre de M. Colinon, Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui, Plon, 1953, coll. Présences.

1954 « Le révérend Sun Myung Moon fonde officiellement, à Séoul, l'Association du Saint-Esprit pour l'Unification du Christianisme Mondial (communément appelée « Église de l'Unification », ou Moon. Dès 1957, trente villes et communes coréennes voient s'ériger de nouvelles églises. En 1958, il envoie ses premiers missionnaires vers le Japon voisin et, en 1959, sa première mission arrive en Amérique. »[14]

« La Scientologie, ou Église de Scientologie, une organisation fondée aux États-Unis par L. Ron Hubbard. promeut une méthode appelée « dianétique » par son fondateur et propose plus largement un ensemble de croyances et de pratiques relatives à la nature de l'homme et de sa place dans l'univers. »[15] En 1954, fondation de la première Église de Scientologie.

1959 : « En 1959, la spiritualité indienne n'est encore connue en France que dans des cercles restreints. Arnaud Desjardins, réalisateur et chrétien pratiquant le yoga, part vers l'Inde en voiture. Il compte approfondir ses connaissances en yoga, mais aussi découvrir et faire découvrir, par la télévision, un autre monde. D'ashram en ashram, il rencontre les plus grands maîtres du XXe siècle : Swami Shivananda, Mâ Ananda Môyi, Swami Ramdas, Ramana Maharshi. Il en ramène un film fondateur, Ashrams, et un livre éponyme. Ces deux œuvres font découvrir à toute une génération qu'un autre monde est possible, et qu'à l'Orient souffle l'Esprit. Arnaud Desjardins avait ainsi ouvert la route de Katmandou. (…) Texte séminal, qui marqua toute une époque, Ashrams reste le témoignage vivant d'un monde toujours présent. »[16]

1960 : Alain Danielou (1907-1994), écrivain, musicologue, philosophe et traducteur, revient en France après 25 ans passés en Inde où il a vécu, étudié et professé. Il publie Mythes et dieux de l'Inde : Le polythéisme hindou, dans lequel il cherche à « permettre une meilleure compréhension de la conception hindoue de la multiplicité du Divin et des dangers inhérents à l'illusion monothéiste. »[17]. Il est revenu en France pour parler avec force de la pertinence actuelle « d'une mythologie symbolique, d'une cosmologie qui ne sépare pas religion, métaphysique et science ».

1966 : Bhaktivedanta Swami Prabhupada, fondateur de l’ Association Internationale pour la Conscience de Krishna (AICK, ou ISKCON[18], en Anglais) s'embarque dans un cargo partant de l’Inde pour les Etats-Unis. Seul, il débarque à New-York.

« Les six premiers mois à New York sont difficiles. Un groupe de disciples de plus en plus grand commence cependant à se rassembler autour de lui. Ils se rendent souvent avec Swami Prabhupada au jardin public Thompkins Square Park, pour y pratiquer le chant sacré du Nom de Dieu. Prabhupada y organise la première réunion de chant en plein air (sankirtan) qui se soit jamais produite en-dehors de l'Inde. Le développement de son mouvement, bien présent de nos jours, est fulgurant. En moins de dix ans, il fera connaître le mantra Hare Krishna dans les cinq continents en y instaurant plus d'une centaine de centres. »[19]

Le 16 juin 1966, l’ORTF diffuse une émission présentée par Arnaud Desjardins, Le Bouddhisme, le message des Tibétains.[20] « Arnaud Desjardins publie plusieurs ouvrages à la fin des années 60 qui auront un grand retentissement dans le public français et contribueront grandement à faire connaître les spiritualités orientales, en particulier indiennes et tibétaines. »[21]

1968 : « L'année 1968 est marquée par une série de révoltes principalement étudiantes un peu partout sur la planète. Début du Printemps de Prague en Tchécoslovaquie, affrontements entre étudiants et policiers en Italie, puis aux Etats-Unis et en Pologne en février. (…) Émeutes dans la plupart des grandes villes des Etats-Unis après l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril. Des émeutes estudiantines éclatent ensuite à Tokyo, bientôt suivies par la France en mai. Un violent affrontement entre policiers et manifestants indépendantistes à Montréal, le 24 juin 1968, où 290 personnes sont arrêtées et 125 blessées, entrera dans l’histoire québécoise sous le nom de lundi de la matraque. (…) Les étudiants américains s’insurgent contre la guerre du Viêt Nam et remettent en cause le modèle de vie américain. Le 2 octobre 1968, en début de soirée, la « Noche Triste », l'armée mexicaine ouvre le feu sur des étudiants rassemblés sur la place des Trois Cultures de Tlatelolco à Mexico.

« L'année 1968 traduit un tournant dans les mentalités, en France comme dans le reste du monde occidental. (…). La jeunesse étudiante se montre à l'écoute de penseurs radicaux comme Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Louis Althusser, Noam Chomski et Herbert Marcuse. »

« En février 1968, les Beatles, Mike Love (Beach Boys) et Donovan s’envolent vers l’Inde pour rendre visite à Maharishi Mahesh Yogi. Les Beatles écrivirent plus de trente chansons à Rishikesh, à l’ashram de Maharishi, dont leur Album Blanc témoigne. Les Beatles firent du Maharishi le maître spirituel indien le plus célèbre de la planète. »[22]

28 février 1968 : Création d’Auroville (La ville de l'Aurore) à une dizaine de kilomètres au nord de Pondichéry, dans le Tamil Nadou, en Inde. Cette ville expérimentale a été créée par Mira Alfassa (Mirra Richard), plus connue sous le nom de La Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo, philosophe indien. Elle a pour vocation d'être « le lieu d'une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ».

« Les premiers disciples de Moon sont venus dans notre pays le 12 novembre 1968, appelés à cette époque: les Pionniers du Nouvel Age. »[23]

Les Enfants de Dieu (EDD, ou Children of God, COG), connus plus tard sous le nom de La Famille d’Amour, La Famille, et maintenant La Famille Internationale (The Family International, TFI) est un mouvement fondé en 1968 par le pasteur David-Brandt Berg. Ce dernier fut un prédicateur télévangéliste qui souhaitait porter le message de l’Evangile à la jeunesse hippie des Etats-Unis. Il se fit appeler par ses disciples Moïse-David ou simplement MO. Il mit fin à ses nombreuses pérégrinations pour s’installer, en 1968, à Huntington Beach, en Californie. Les Enfants de Dieu, souvent désignés comme « secte » par les médias et certaines organisations gouvernementales, faisait partie des mouvements qui ont donné naissance à la controverse sur les sectes des années 70 et 80 aux Etats-Unis et en Europe.

1969 : Création de l’Aumisme par Gilbert Bourdin, ou Sa Sainteté Hamsah Manarah, ou Messie Cosmo-planétaire.

« Il s’est réellement passé quelque chose dans les années 1970 quant aux « sectes », qui s’est accentué après 1995. »[24]

1971 : Le premier groupe antisectes historique organisé est américain : FREECOG (Free the Children of God : Libérez les Enfants de Dieu). Il a été formé en grande partie en réponse au dévouement total demandé aux membres des Enfants de Dieu et aux supposées techniques de contrôle mental utilisées par ce groupe. Parmi les fondateurs de FREECOG se trouvaient Ian Haworth, William Rambur, John Moody et Ted Patrick, l’un des pionniers du deprogramming. « En juillet 1971, des membres des Enfants de Dieu entrèrent en contact avec le fils et le neveu de Ted Patrick sur Mission Beach, en Californie, et ceux-ci se préparèrent à rejoindre l’organisation. Quand Patrick entendit leur récit et qu’il commença par la suite à recevoir des plaintes de parents au sujet de leurs enfants qui rejoignaient le groupe, il se sentit de plus en plus concerné par cette organisation et décida d’enquêter sur ses activités. Dans le cadre de son enquête, il infiltra le groupe et en devint membre en tant que nouveau disciple. Peu de temps plus tard, il fonda, avec plusieurs parents concernés de membres des Enfants de Dieu, une organisation appelée The Parents' Committee to Free Our Children from the Children of God (renommée par la suite Free the Children of God ou FREECOG). Patrick était largement reconnu comme le premier déprogrammeur et l’initiateur du terme « deprogramming ». Pourtant, ce n’est pas avant sa première séance de déprogrammation (d’un ex-membre des Enfants de Dieu) qu’il commença à utiliser ce terme. »[25]

« Nonobstant la sympathie de quelques autorités politiques locales, dans sa forme plutôt simple des origines le mouvement antisectes n’avait pas de grandes chances de succès. Par contre - d’après le modèle résumé par Shupe et Bromley - trois facteurs de développement ont permis une croissance presque continue du milieu des années 1970 jusqu’à la fin des années 1980. Il s’agit de la consolidation organisationnelle, de la professionnalisation et de l’expansion des cibles. D’une part, il faut reconnaître que les mouvements antisectes, qui étaient nés comme groupes locaux, furent capables (également grâce à leurs bonnes relations avec une certaine presse) de se lier entre eux à l’échelle nationale et de mettre ensemble des personnes qui, à l’origine, ne s’intéressaient qu’à un groupe particulier (par exemple aux Enfants de Dieu ou à l’Église de l’Unification). Des groupes non structurés créèrent, peu à peu, des structures visibles et importantes. Shupe et Bromley insistent d’ailleurs sur le fait que, surtout avant 1980, cette consolidation organisationnelle n’aurait pas été possible sans le rôle de « liant » joué par les déprogrammeurs. Il est vrai que, par la suite, les plus grands mouvements antisectes – après le passage des tribunaux américains d’une certaine indulgence à la plus grande sévérité envers la déprogrammation – en sont arrivés à se déclarer contraires à cette pratique, au moins de façon publique. D’après Shupe et Bromley, « les déprogrammeurs violents comme Ted Patrick ont été relégués de plus en plus sur la marge, en réalité toujours honorés symboliquement par les mouvements [antisectes] à l’intérieur comme héros fondateurs, mais soigneusement cachés à la vue publique. » [26]

1972 : « Les Enfants de Dieu s’implantent en France à partir de 1972. Ils rejettent les institutions de ce monde (famille, société) et prônent la libération sexuelle, tout en attendant le retour de Jésus-Christ pour lutter contre la dictature de Satan sur Terre. »[27]

1974 : Le dimanche 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing (48 ans) devient le troisième président de la Ve République.

« Jusque-là employé par une Église reconnue et institutionnalisée (au moins par l’effet du temps) pour qualifier des groupes schismatiques, le terme « secte » est rapidement employé pour désigner des groupes arrivés récemment sur le territoire national, et qui détonnent dans le paysage socioculturel de l’époque. Qu’ils se réfèrent, de manière plus ou moins lointaine, aux textes ou à l’esprit de la religion catholique (Moon, Enfants de Dieu) ou à un tout autre culte (Krishna), ils ne passent pas inaperçus. (…) Ces thèmes, particulièrement étrangers à la culture dominante française des années 1970, font que ces trois groupes sont particulièrement remarquables. Surtout, les pratiques mises en œuvre attirent l’attention et une certaine réprobation (qui n’est toutefois ni catégorique, ni générale). Elles partagent une certaine défiance vis-à-vis de l’institution familiale, et la plupart des adeptes sont invités à prendre des distances avec la leur. Pour beaucoup, cela passe alors par un voyage à l’étranger. De même, la méfiance généralisée à l’égard de la société (ce qui n’empêche pas un prosélytisme important) les pousse à limiter les contacts avec les non-adeptes, ce qui renforce l’impression communément partagée d’exclusion. Mais ce sont les faits divers des journaux qui vont les faire connaître progressivement au public. Les adeptes de l’AICK (Krishnas), vêtus de saris blancs ou safrans (crâne rasé pour les hommes), pratiquent un végétalisme strict et refusent toute « intoxication » (drogue, tabac, alcool, café, thé) et récitent le Maha Mantra plusieurs heures par jour, en vue de se purifier et d’attirer les conversions. »[28]

« L’Association pour l’Unification du Christianisme Mondial s’implante en France vers le milieu des années 70. Prenant ses distances avec certains points issus de la tradition chrétienne, elle affirme que le Révérend Moon est le « Seigneur du Second avènement », venu achever l’œuvre de Jésus-Christ sur terre, en fondant une famille parfaite. Proclamés, « vrais Parents » des adeptes, Moon et son épouse prennent place à côté des Etats-Unis dans la lutte contre l’incarnation de Satan, le communisme (à ce titre, le Révérend Moon sera reçu très officiellement à la Maison Blanche par Richard Nixon). »[29] « L'organisation actuelle date de 1976, sous la forme juridique d'une Association 1901. »[30]

« Beaucoup de ces jeunes quittent la France pour les États-Unis. Le révérend Moon y mène la campagne du Day of Hope qui culmine avec le discours du Madison Square Garden de New York le 18 septembre 1974 : un tournant. La presse américaine se déchaîne et l’onde de choc touche la France quelques mois plus tard. »[31]

« La presse française se fait l’écho de mariages gigantesques célébrés par le Révérend Moon entre plusieurs milliers de couples. Des photos largement diffusées montrent des alignements de couples – tous vêtus à l’identique – attendant sa bénédiction nuptiale. »27

« Moins remarquées, les pratiques des Enfants de Dieu suscitent toutefois une indignation de ceux qui en ont vent. On évoque alors la méthode du flirty fishing, prônée par Moïse David, et qui consiste à inciter les jeunes femmes du groupe à séduire les hommes pour les amener à se convertir ou à financer le mouvement. Mo déclare : « Le petit poisson flirteur utilise tous les appâts dont il dispose pour ramener à Dieu toutes les âmes égarées » 27

Dans le milieu des années 70, tandis que les Enfants de Dieu et d’autres nouveaux mouvements religieux grandissaient et se répandaient partout dans le monde, un mouvement antisectes plus vaste commença à se développer aux Etats-Unis, en Europe Occidentale et ailleurs. Au début des années 80, de nombreuses associations de parents se regroupèrent pour former le CAN (Cult Awareness Network).

« En octobre 1974, à leur domicile de Chantepie, Claire et Guy Champollion sont inquiets. Un de leurs enfants, Yves, 18 ans, n'est pas rentré. (...) En moins d'une journée, ses parents découvrent (...) l'existence d'un mouvement « religieux » : l'Association pour l'Unification du Christianisme Mondial. Guy Champollion prend aussitôt la route de Lyon (...). Sur place, les choses se compliquent : Yves ne veut pas rentrer chez lui. (...) Le retour d'Yves dans le giron familial sera de courte durée. Après une nuit passée chez ses parents, il rejoindra la secte... qu'il n'a plus quittée depuis trente ans. Les époux Champollion perdent un fils et entament un combat auquel ils vont consacrer toute leur vie. (...) [Ils] déposent, le 18 décembre 1974 à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, les statuts de l'Association pour la défense des valeurs familiales et de l'individu (qui deviendra l’ADFI). »[32]

« L’association antisectes fondée par les Champollion[33] (parents d’un mooniste qui a adhéré à Rennes en 1974) se baptise elle-même Association de Défense de la Famille et de l’Individu par un curieux phénomène de mimétisme théologique avec l’objet de son exécration. Interrogée sur le choix de ces termes, Madame Champollion dira d’ailleurs plus tard son embarras sur cette terminologie. »31

« L’ADFI se ramifie jusqu’au début des années 1980 et obtient en même temps une reconnaissance des pouvoirs publics : subvention du Ministère de la Santé en 1977 puis en 1978 qui lui permet d’ouvrir un centre d’accueil et un secrétariat permanent, d’engager des permanents, subvention de la DASS, de la Fondation de France, du Ministère de la Jeunesse et des Sports, agrément du Ministère du Temps libre. »[34]

« L'ADFI déclare immédiatement son attachement aux théories pseudo-scientifiques des psychiatres américains, notamment John Clark, Louis West et Margaret Singer visant à une « normalisation de la société ». Cette dernière serait mise en péril par les nouveaux mouvements sectaires. »[35]

« Le phénomène de résonance entre le cri du cœur des proches et l’effet tam-tam de la presse locale serait incomplet sans l’entrée en scène du Père Pierre Le Cabellec. Dans une Bretagne catholique, le verbe d’un prêtre de paroisse donne à la croisade de l’ADFI et de Ouest-France le côté inquisitorial qui manquait pour susciter une panique collective. C’est là qu’on voit combien la fabrication de l’image est aléatoire. Dans la phase dite de « la secte Moon », où le pouvoir politique reste neutre, l’adversaire joue la carte de l’horreur religieuse : Moon est alors un « gourou », « le messie coréen » qui abuse de la crédulité des « adeptes » et les « endoctrine » avec une « hérésie ». D’autres « sectes » font alors parler d’elles, comme les Enfants de Dieu, la Scientologie ou encore le mouvement de la Conscience de Krishna, mais le vocable trisyllabique « la secte Moon » alimente les fantasmes. Ce mouvement apparaît alors comme l’archétype le plus pur du « phénomène sectaire ». Plus tard, l’image de « l’Empire Moon » joue plutôt la carte de l’horreur politique. L’État, craignant de jouer les Néron, cherche à nier le côté religieux du moonisme et de l’antimoonisme. Alors que les religions établies, du temps de « la secte Moon » avaient montré quelque solidarité spirituelle avec les familles et conseillé l’ADFI, elles vont soupçonner l’État d’empiéter sur un domaine qui ne le regarde pas. L’ADFI renonce d’ailleurs au vernis confessionnel des débuts, acceptant l’instrumentalisation du pouvoir qui la déclare d’utilité publique et lui donne des subventions. Dans la phase de « la secte Moon », l’ADFI attirait les parents de moonistes. Dans la phase de « l’Empire Moon », elle les fait fuir et l’ADFI tend à devenir une coquille vide : les parents de moonistes s’en éloignent, préférant pacifier leurs rapports avec leurs enfants. L’État s’est servi de la haine tribale initiale pour régler ses comptes en encadrant l’ADFI. »[36]

« L'action de ces associations est relayée et appuyée par les parlementaires. En 1974 et 1975, deux projets de mission d'information parlementaire sont lancés mais n'aboutissent pas, et c'est dans le cadre de la commission des lois qu'est lancée en 1978 une action d'information. Alain Vivien, député de la Seine-et -Marne, est le parlementaire le plus impliqué dans le sujet. »[37]

1975 : « Lors d'un voyage en Corée, le révérend Sun Myung Moon préside au rassemblement le plus important jamais vu au monde, réunissant plus d'1,2 million de participants, dans le cadre du « Rassemblement mondial pour la liberté coréenne ». Cette année-là, il envoie des missionnaires dans cent vingt autres pays du monde. »

« L’Association Internationale pour la Conscience de Krishna, née en 1966 à l’instigation de S. Prabhupada, connaît elle aussi un développement rapide en Occident. S’appuyant sur les textes sacrés de l’Hindouisme (dont elle ne diverge fortement que sur un point : Krishna est Dieu, et non un « avatar de Vishnu »). La prière et la méditation sont considérées comme le meilleur moyen de ne pas se perdre dans les turpitudes du monde contemporain, l’âge noir de Kali. »[38]

Les médias se font l’écho de cette richesse et de cette variété d’approches spirituelles nouvelles.

Dans une émission du 5/4/1975, TF1 présente un reportage sur l'engouement des jeunes pour les religions orientales, et les adeptes de la « secte » Hare Krishna. Alternance de séquences illustrant leur vie entre cours de yoga et méditation, et témoignages des adeptes. Dans une interview du prêtre catholique Maurice Maupilier : « Monsieur, pourquoi les jeunes ont-ils si facilement adopté ces mouvements orientaux ? » Réponse : « Comme la société ne les satisfait pas, comme ils ne sont pas engagés dans cette société, ils s’y refusent et cherchent quelque chose ailleurs, qui leur donnera un grand élan et un sens nouveau à leur vie. » « Est-ce que ces religions orientales remettent en cause les religions traditionnelles occidentales ? » « Bonne question. Elles les mettent certainement en cause et elles les mettent en cause plus profondément que jamais aujourd’hui. De deux choses l’une : ou ces religions que vous appelez occidentales, ces religions traditionnelles en Occident, n’ont plus rien à dire à l’homme d’aujourd’hui et de demain, à partir de ce moment-là une remise en cause est parfaite car elle les fait mourir. Elle contribue à leur dissolution, tout le monde voit clair et c’est très bien. Ou bien ces religions de type traditionnel en Occident ont encore quelque chose à dire à l’homme, alors une remise en cause de ce genre est extrêmement profitable car elle fera que ces religions se débarrasseront de bagages qui sont superflus, se rénoveront et, revenant à leurs racines, à leur profondeur essentielle, elles pourront peut-être trouver une forme adaptée pour dire à l’homme d’aujourd’hui et de demain juste ce qu’il cherche et qu’il n’a pas. »[39]

Un reportage sur la communauté bouddhiste du château de Plaige, en Saône et Loire, à 40 kms d’Autun, au journal de 20h sur l’A2 le 7/8/1976, Bouddha sur Saône, décrit la vie dans cette communauté de prière et interroge les habitants du village alentour, dont tous les témoignages sont élogieux. Le journaliste commente : « Une expérience qui a permis à ces jeunes de réapprendre à vivre heureux. Le projet de Kalu Rimpoche, c’est sans doute d’abord cela ». En fin d’émission, une chanson de Guy Skornik : « Partout où je regarde, je ne vois que Tao… » [40]

On peut également noter l’apparition du thème des « sectes » à la radio, comme dans cette Radioscopie de Jacques Chancel où Michel Viot, pasteur chrétien protestant à l’époque, mentionne « une recrudescence des sectes sataniques ». (Radioscopie de Michel Viot avec Jacques Chancel, Radio France, le 17 juin 1975)[41]

« En janvier 1975, Ouest-France est le premier organe de presse du monde à parler de « la secte Moon (…) Quand « la secte Moon » fait sa première entrée dans l’actualité française en 1975, le mouvement existe déjà depuis 7 ans et a gagné toutes ses figures historiques ou presque, sans attirer l’attention. Mais pendant un an, il occupe le devant de la scène avec des pics en janvier-février 1975, juin 1975 et janvier 1976. La haine persécutrice culmine avec l’enlèvement de Marie-Christine Amadéo[42] et le plastiquage du centre mooniste de la Villa Aublet. Ces douze mois verront le terme de « secte Moon » marquer en profondeur l’opinion publique française puis mondiale. (…) Dans la phase de « la secte Moon », celle-ci est accusée de « voler » les enfants à leurs parents, de leur « laver le cerveau ». Or Marie-Christine Amadéo, pourtant majeure quand elle adhère à l’Église de l’Unification, sera enlevée deux fois par sa parenté. »[43]

« La vague du moonisme à Rennes bute soudain sur trois écueils : l’ADFI née à Rennes représente le ressentiment des familles qui se disent « brisées » par la secte Moon. Ce cri du cœur et des tripes, Ouest-France lui donne une amplification régionale : le quotidien (conscience de l’Ouest et voix de la tribu bretonne) dénonce le péril et alerte la France entière. Enfin, le Père Le Cabellec agite le danger de l’hérésie. Par ses explications théologiques sommaires, il amène le pays à se passionner pour des questions christologiques : le Christ est-il Dieu ou pas ? Y a-t-il une trinité ? Jésus est-il venu pour mourir sur la croix ? Pendant des années, ces questions reviendront sans cesse à propos de « la secte Moon ». Elles disparaîtront à l’époque de « l’Empire Moon ». Le phénomène français de la « secte Moon » s’explique donc par un trio régional : la tribu des familles trahies déclenche les foudres de la presse et du clergé local contre de jeunes hérétiques, dans un pays où l’abaissement de la majorité a remis en cause des siècles de rapports entre parents et enfants. Ce cocktail explose en janvier 1975, avec un nouveau pic en février. Pour la première fois en effet, la France sidérée découvre à la télévision les « mariages de masse » célébrés par Moon et son épouse. Le 8 février 1975, 1 800 couples reçoivent à Séoul la Bénédiction des Vrais Parents ; parmi ces nouveaux couples, il y a six français. Paris Match publie un long reportage sur l’événement et n’hésite pas à titrer : « Moon, le dieu vivant nous prend nos enfants. »43

« A la mort de mon mari (en 1975), il y avait des ADFI à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Lille, Paris. A Nancy, DEFI (Défense de l'Enfant, de la Famille et d'Individu) s'occupait spécialement des Enfants de Dieu. Les responsables des ADFI ont informé le plus de dirigeants possible : religieux, civils, administratifs, politiques (Ministère de l'Intérieur par exemple : Guy a fait des rapports pour la Police Judiciaire. Si le fonctionnaire l'écoutait avec compréhension et sympathie, et transmettait, il ne se faisait et ne lui laissait guère d'illusion sur la destination finale de ces rapports : le placard). » (Témoignage de Claire Champollion dans BULLES, 1er trimestre 1992)

Parution du livre de Jean-Pierre Morin, capitaine de gendarmerie : Le viol psychique - La psychopolémologie : un nouveau procédé de la subversion, aux Nouvelles Éditions Roger Garry.

1976 : « Création de l'ADIF (Association de la Défense de l’Individu et de la Famille) en Belgique par Mme Julia Nyssens-Dussart. »[44] « Juriste de formation, Julia Nyssens était la fondatrice et présidente de l’Association de Défense de l’Individu et de la Famille (ADIF), créée en 1976, suite au procès et à la condamnation des frères Melchior, fondateurs des Trois Saints-Cœurs. »[45] « C'est à elle que l'on doit la mobilisation générale antisectaire qui a débouché en 1997 sur la commission d'enquête parlementaire belge. »[46]

7 août 1976 : Reportage sur Antenne 2, au journal de 20h, « Tibet sur Saône » : une communauté bouddhiste à Plaige, en Saône et Loire. Une mère parle de son fils : « Il a fait le Tchad et puis en Inde, pendant dix mois (…). Avant, c'était un garçon comme tous les autres, un peu nerveux. Il a acquis une sagesse, une simplicité (…). On recherche la vérité. » On voit dans ce reportage que les esprits de l’époque étaient beaucoup plus ouverts qu’aujourd’hui aux spiritualités « venues d’ailleurs », et la population locale manifeste, à propos de cette communauté bouddhiste, « l’étonnement parfois, la sympathie souvent ». « Ils ont su se faire adopter par l’ensemble d’une population, même si cette population ne perçoit pas toujours ce qu’est le sens de leur recherche spirituelle. »[47]

« En 1976, Jo Di Mambro fonde le Centre pour la Préparation de l'Âge Nouveau. »[48]

« En 1976, Madame Lidwine Ovigneur, dirigeante de l’ADFI de Lille, déclare au journal L’Aurore à propos de Brigitte Backeland, une jeune adepte de l’Église de l’Unification, qu’après l’ » enlèvement », elle « se repose maintenant à la campagne où elle va être déprogrammée ». Ce n’est pas le premier cas, d’après Madame Ovigneur, qui ajoute : « Nos techniques de déprogrammation sont maintenant bien au point, grâce notamment aux expériences américaines » (Francis Schull, « L’étonnante histoire d’un patron ‘mooniste », L’Aurore, 27 janvier 1976) La jeune femme « déprogrammée » a porté plainte pour coups et blessures volontaires, tentatives de viol et menaces de mort. »[49]

« Une démocratie libérale distingue d’abord entre la fonction spirituelle et la fonction temporelle, puis, au sein de cette dernière, entre les fonctions législative, exécutive et judiciaire. Elle confie ensuite chacune de ces fonctions à des pouvoirs différents, indépendants l’un de l’autre. »[50]

1977 : Parution du livre d’Alain Woodrow : Les nouvelles sectes, qui symbolise la mutation d’une polémique essentiellement doctrinale contre les groupes religieux non catholiques à une présentation des groupes religieux minoritaires « bientôt accompagnée de leur dénonciation comme associations totalitaires à masque religieux. »[51]

Suicide de Patrick Esnault, un jeune mooniste.[52]

« La presse française a inventé deux expressions qui ont fait mouche dans l’imagerie populaire mondiale : en janvier 1975, Ouest France est le premier organe de presse du monde à parler de « la secte Moon ». Dans les années 1980, Jean-François Boyer, grand reporter à TF1 signe un best-seller traduit dans de multiples langues : « L’Empire Moon ». « La secte Moon » et « L’Empire Moon » : deux trouvailles journalistiques percutantes, imprimant dans le zeitgeist deux images ou deux galaxies mentales comportant des sous-ensembles : « La secte Moon » évoque des images de messie coréen, mariages collectifs, privations de sommeil et de nourriture, zombies, dépersonnalisation, lavage de cerveau. « L’Empire Moon » est un univers de moines-soldats, de stratégie de l’araignée, d’infiltration, de noyautage. Ces deux images appliquées à un même objet ne sont pas compatibles : la première évoque la subversion d’un personnage oriental tout-puissant venu « voler nos enfants », les empêcher de réaliser les ambitions et espoirs placés en eux par leurs parents. Les clichés faciles vont fuser : « D'un côté, des organismes puissants, riches, habiles à recruter. De l'autre, des individus - souvent très jeunes - épris d'idéal, qui abandonnent famille, études, carrière pour suivre ce qu'ils croient être leur voie spirituelle ». La deuxième image suppose qu’une multitude de révérends Moon sont parmi nous, fort intelligents et motivés et travaillent à subvertir nos élites. Certes, ces deux images suivent l’évolution objective du mouvement lui-même qui a changé de nature et de méthode. Mais ces deux images sont aussi des « clichés » du temps qui passe, deux photos de la France des années 70 et 80. L’image de « la secte Moon » est irrationnelle et archaïque, relevant d’une psychologie des foules comme dans M le Maudit et Furie de Fritz Lang. L’image mentale induite par « l’Empire Moon » est plus sophistiquée. Elle reflète l’idéologie mitterrandienne et renvoie donc à la capacité d’un État moderne de créer de la mythologie. Le mythe de « la secte Moon » est typique de l’inconscient collectif français, celui de « l’Empire Moon » de l’État français. »[53]

1978 : Le 18 novembre 1978, 914 personnes sont retrouvées mortes à Jonestown au Guyana (ancienne Guyanne Britannique, près du Vénézuela), où vivaient un millier de membres de la congrégation du Temple du Peuple du Pasteur Jim Jones. On parle d'empoisonnement, de suicide collectif, de massacre. Cet événement constitue le premier traumatisme collectif qui servira de fondation à la campagne antisectes mondiale qui se mit en branle à cette époque. Les journalistes font rapidement un lien entre le drame et les mouvements spirituels dans leur ensemble, alors désignés par le terme « sectes » (cults en Anglais), qui n’avait encore aucune charge péjorative. Cinq mille organisations recensées sous cette dénomination aux Etats-Unis font soudain l’objet d’une méfiance généralisée.

Première demande pour une commission d'enquête à l'Assemblée Nationale. Elle a été refusée mais a donné lieu, en 1981, à la création au sein de la Commission des lois d'une mission d'information présidée par M. Philippe Marchand. (cf Rapport Vivien)

En février 1978, après qu'on lui ait rapporté des abus de pouvoir, des malversations et autres fautes graves au sein des Enfants de Dieu, leur leader David Berg décida de la destitution de 300 des dirigeants du mouvement et de sa refonte sous un nouveau nom : La Famille d'Amour qui deviendra ensuite simplement La Famille.

« L'ADFI est la « courroie de transmission » qui véhicule l'idéologie totalitaire des psychiatres américains. Elle tente régulièrement, notamment à l'occasion des élections politiques, d'imposer ses thèses aux autorités publiques, médias et population, d'accréditer sa « dernière Croisade ». « L'ADFI traduit, distribue et diffuse largement ces études américaines. Ainsi, un bulletin d'information de 1978 déclare : « (...) par le biais des UDAF (Union Départementale des Associations Familiales) », le Président de l'ADFI « compte faire parvenir à l'UNAF le rapport Clark et par cette voie au Ministère de la Santé (...) ». Le Président de l'ADFI possède « actuellement une conférence faite à des psychiatres en Allemagne par le Docteur Clark. Ce serait son dernier texte. Ce rapport date de février 1978. Il est à la traduction, outil de première importance qui sera à divulguer au maximum (...). »[54]

1979 : 18 janvier : Reportage, dans l’émission L’événement, présentée par Julien Besançon, sur « Les sectes à la française[55] », d’Alain Danvers et Maurice Albert. Le ton de ce reportage, réalisé après Guyana, est très différent de ceux de 75 et 76 et vise à montrer qu’ « un certain sectarisme, une marginalité étonnante, des rites secrets, une liturgie jamais vue, des captations, peut-être, des détournements de personnalités que beaucoup d'entre vous vont juger aberrantes, avec raison sûrement, existent dans ce pays (…). Le regard porté sur ces sectateurs est un événement. » Plusieurs des personnes interrogées, face aux questions orientées des journalistes, comme : « Est-ce que votre entreprise n’avoisine pas l’escroquerie ? », répondent en se défendant d'être une « secte ». En seulement trois années, les mentalités semblent avoir considérablement changé. Le reportage présente les Druides, Raël, la Wicca, l’Eglise de la nouvelle compréhension (ex-Scientologie, « la première secte à être trainée en justice il y a quelques mois, inculpation, escroquerie (…). Bien que les dirigeants de l’Eglise s’en défendent, la Scientologie peut être assimilée à une psychothérapie. Problème : de quelles compétences professionnelles peuvent se prévaloir les ministres du culte chargés d’auditer les adeptes ? Les adversaires de la Scientologie préfèrent parler de mystification ou de bourrage de crâne. »), le groupe Claude Déplace « La chose » de l’astral, La Conscience de Krishna, (« Vous prônez une obéissance indéfectible à vos maitres spirituels. Est-ce que ce n’est pas une démarche dangereuse, fasciste ? » Dans la réponse de l’adepte de Krishna : « Toute personne intelligente aurait pu voir que Jim Jones n’agissait pas en fonction des écritures dont il disait dépendre ». A une dévote : « Avez-vous rompu vos attaches familiales ? » « Non, la preuve est que mes parents sont venus aujourd’hui et que je me marie » La mère ajoute qu’elle accepte très mal que sa fille et les enfants ne rentrent plus à la maison.). Mot de la fin du journaliste : « Alors, ces sectes à la Française, il n’y a pas de définition, il n’y a que des exemples. Vous en avez vu six et, paraît-il, il y a plus des 200 sectes en France. »

« L’American Family Fondation est fondée en 1979 par Kay Barney dont la fille était devenue membre de l’Eglise de l’Unification (Moon). À l'inverse d'autres associations contemporaines concernées par les sectes, Barney a voulu s'adresser aux professionnels et aux scientifiques, c'est pourquoi elle créa cette association à but non-lucratif consacrée à la recherche et à l'information. »[56]

« Dans son livre Karma Cola, Gita Mehta, essayiste indienne, annonçait la globalisation et la commercialisation de l’ « Orient ». »[57]

1980 : Le terme « mouvement antisectes » (counter cult movement) est apparu la première fois sous la plume des sociologues en 1980 (Bromley et Haden).

« Création au Québec de Projet Culte. À la fin des années 1970, le besoin d'informations sur le phénomène sectaire croît tant au Québec qu'ailleurs dans le monde. Après la tragédie de Jonestown (…), des étudiants de l'université McGill s'interrogent sur le phénomène sectaire et ses conséquences sur l'individu et la communauté. En 1990, Projet Culte est dissout et devient Info-Secte, un centre indépendant, bilingue et non confessionnel dirigé par un conseil d'administration. »[58]

A la suite du suicide de son plus jeune fils, adepte du Zen macrobiotique, à l’âge de vingt ans, l’écrivain Roger Ikor (prix Goncourt 1955) dénonce les sectes dans son livre : Je porte plainte, lettre ouverte au Président de la République, paru chez Albin Michel en 1980 : « Mon fils s'est pendu le 31 décembre 1979, il est mort le 30 août 1980. Dès janvier 1980, j'ai eu l'idée d'écrire Je porte plainte mais pendant les huit mois où Vincent est resté dans le coma, j'étais bloqué. Tout de suite après sa mort j'ai écrit ce livre, en deux mois. »[59]

Dans un article d’Emmanuelle Plas paru le 6 février 1981 dans L’Unité N° 409 (hebdomadaire du Parti Socialiste), Roger Ikor accuse les pouvoirs publics de complicité : Question : « Que comptez-vous faire pour que les pouvoirs publics agissent ? » Roger Ikor : « Je veux procéder en plusieurs étapes. Pour le moment, je requiers les pouvoirs publics d'agir comme je crois qu'ils sont en droit et en devoir de le faire. Je les requiers par-delà toute idée politique. C'est une demande de faire leur métier. C'est une question d'administration publique : il faut défendre la jeunesse qui est attaquée par les sectes, le suicide, la drogue. Mon livre vient tout juste de sortir aussi pendant quelque temps, je vais attendre. Si les pouvoirs publics n'agissent pas, je verrai à constituer un mouvement qui fera pression de manière plus directe. On parle de lobby, je veux bien appeler ça un lobby : je suis prêt à tout pour faire agir les pouvoirs publics. Puisque dans notre société on ne peut rien obtenir sans se battre, je le ferai et même physiquement si cela est nécessaire. Si je réussis à fonder des comités, nous verrons quels moyens d'action nous pourrons mettre sur pied. On peut dire de toutes façons aux gens d'écrire à leur député, aux pouvoirs publics, de faire pression sur eux en cette période électorale. Et puis si cela ne suffit pas et bien on ira f... la m... dans ces antres de mort que sont les sectes : flanquer en l'air les restaurants macrobiotiques, les centres Krishna et autres. A ce moment-là, les pouvoirs publics y prêteront peut-être plus d'attention. Mais derrière l'existence des sectes, il y a les causes de cette existence et de leur influence sur la jeunesse. Je résumerais ces causes en un mot : notre civilisation — au-delà de la société capitaliste. »59

1981 : Le 10 mai, François Mitterrand est élu 1er président socialiste de la Ve République. Son septennat commence officiellement le 21 mai. Le 22 mai, François Mitterrand dissout l'Assemblée Nationale. Les élections législatives qui suivent, les 14 et 21 juin 1981, lui donnent la majorité absolue au Parlement.

« A partir de 1981, une volonté se manifeste clairement. Le Premier ministre (Pierre Mauroy) souhaite initier d'autres méthodes de travail. »[60]

Roger Ikor fonde le CCMM (Centre Contre les Manipulations Mentales) cette même année, dans une optique laïque. Le site internet du CCMM décrit ainsi son action : « Il mène une action d’information, d’éducation et de mise en garde du public fondée sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la convention internationale des droits de l’enfant et en référence aux valeurs républicaines, au principe de laïcité en particulier. » Dans le contexte familial fortement émotionnel qui a prévalu lors de la création des principales associations antisectes, les propos du fondateur du CCMM ont été particulièrement violents à l'encontre des expressions du spirituel et même du religieux.[61]

Selon Massimo Introvigne, sociologue italien et fondateur du CESNUR[62]: « La définition théologique de la secte par le mouvement contre les sectes (chrétien) accentue l'importance en tant que cibles des Mormons et des Franc-maçons, pratiquement ignorés par le mouvement antisectes laïc. »[63]

1982 : En 1982, les ADFI se fédèrent en UNADFI, qui se situe dans la perspective de la défense de la famille et des droits de l'homme.

« Il y a eu en France, en 1982, le Rapport Ravail mais il est inédit et confidentiel. »[64] « Un rapport est tout d'abord établi, en janvier 1982, par la mission interministérielle Intérieur-Santé, dirigée par M. Jean Ravail, inspecteur général de l'Administration. Elle constitue le premier effort sérieux de clarification tenté par les pouvoirs publics. » (Source : Rapport Vivien)

L’affaire Turpin (enlèvement par ses parents d’un jeune adhérent à l’Association Universelle de la Conscience de Krishna) trouve un écho retentissant dans les médias.

Le commandant Jean-Pierre Morin publie son livre : Sectarus – Le violeur de conscience aux éditions Eboli (autorisé par le Ministère de la Défense), dans lequel il écrit : « Tant qu'il n'y aura pas en France une affaire identique à celle de Guyana, on peut être certain que ce texte proposé au Parlement n'obtiendra pas l'assentiment des députés et des sénateurs. »

Deux propositions de résolution ont été déposées au Parlement européen les 9 mars 1982 et 13 avril 1982. Elles invoquent la détresse et les ruptures familiales provoquées par l’Association pour l’unification du christianisme mondial de Sun Myung Moon (Doc. n° 1-2/82 et Doc. n° 1-109/82).[65]

« Un indice peu connu montre l’ampleur du phénomène de mimétisme. Le 8 juin 1982, une perquisition a lieu à 6 heures au siège de l’AUCM, 18 rue Friant. Plusieurs professeurs d’université sympathisants reçoivent eux aussi des visites matinales. Ce que cherchent les forces de l’ordre ? Des armes, de la drogue. Qui les a mis sur la voie ? Deux déprogrammeurs dont un ancien membre du mouvement, Martin Faiers. En mars 1982, les deux acolytes ont séquestré Claire Chateau dans une villa du Doubs. Sur ordre du procureur, la police libérera la jeune mooniste. Faiers risque les assises, mais il confie alors au juge d’instruction que Claire a été enlevée pour son bien et que les policiers s’en rendront compte en fouillant les locaux de la secte. Rien évidemment ne sera retrouvé. Dans les mois qui suivirent, l’AUCM, harcelée par un procès fiscal ruineux, quitte son siège du 18 rue Friant. Or en 1985, une grande affaire du premier septennat tient la presse en haleine pendant des semaines : l’affaire du Carrefour du Développement liée au ministère de la coopération : Yves Challier, directeur de cabinet du ministre de l’époque sera accusé d’avoir détourné 27 millions de francs entre 1984 et 1986 dans les caisses du ministère, à l’aide de faux en écritures publiques et abus de confiance. Certes, le péché du Carrefour apparaît véniel par rapport à des scandales financiers bien plus lourds touchant le pouvoir mitterrandien. Mais qui vole un œuf vole un bœuf, et l’escroquerie est un des indices les plus fréquents d’une « dérive sectaire ». Or le péché a été commis à une curieuse adresse dans Paris : au 18 rue Friant. La société de développement vénale avait aménagé là même où la police avait perquisitionné des innocents en 1982. »[66]

1983 : « Sous la pression des associations antisectes, les parlementaires se sont penchés sur le phénomène des sectes. Un premier rapport établi sous la direction de M. Alain Vivien (parti socialiste) a été déposé en 1983. »[67] Ce rapport intitulé Les sectes en France - Expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations ?, commandé par Pierre Mauroy, Premier ministre, à Alain Vivien, président du CCMM, en 1982 (le 1er septembre), a été achevé en 1983 mais rendu public seulement en 1985 (le 9 avril). »[68] Ce rapport contenait neuf propositions.[69]

« Le rapport de M. Alain Vivien répartissait, en 1982, les 116 sectes recensées en trois catégories : orientales, syncrétiques et ésotériques, racistes et fascistes. »[70]

12 août 1983 : Début d’un procès contre la Scientologie , qui se terminera en 2005 par un jugement rendu par la 1ère Chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, condamnant l’Etat français à verser un total de 109 400 euros de dommages-intérêts et autres indemnités aux seize personnes mises en cause notamment pour escroquerie et exercice illégal de la médecine dans ce dossier. » (AFP, 8 novembre 2005)[71]

1984 : « L’Ordre du Temple Solaire est fondé en 1984, en France par Jo Di Mambro et Luc Jouret. » (Jean-François Mayer)

« L'on peut noter que le Parlement Européen avait déjà consacré lui aussi un précédent rapport aux sectes en 1984 (Rapport Cottrell). »[72]

En mars 1984, la commission de la Jeunesse du Parlement européen approuvait le rapport Cottrell sur l’activité de certains « nouveaux mouvements religieux ». Le rapport Cottrell conduisit à l’adoption par le Parlement européen, le 22 mai 1984, de la résolution sur une action commune des États membres de la Communauté Européenne visant à contrôler les activités des nouveaux mouvements religieux dans les pays de l’Union européenne.[73]

Le 12 février, « le Conseil de la Fédération protestante de France (FPF) ayant pris connaissance du projet de résolution sur l'influence des nouveaux mouvements religieux à l'intérieur de la Communauté européenne, a décidé d'adresser une lettre à tous les députés européens pour leur (…) faire savoir sa ferme opposition à ce projet. Sans méconnaître les problèmes douloureux parfois provoqués par le développement de ce qu'on appelle « les sectes », ce texte nous semble à plusieurs égards inutile et dangereux. (…) Nous vous demandons de repousser un projet qui pourrait avoir des conséquences nocives et n'apporte pas de solution positive au problème soulevé. »[74]

1987 : « A la demande de la Cour Suprême des U.S.A, l'American Psychological Association a déclaré, dans un mémorandum daté du 11 mai 1987, que les informations étaient insuffisantes pour prendre position sur la question de la fiabilité scientifique des théories de la manipulation mentale appliquées aux « Nouveaux Mouvements Religieux ». »[75]

1989 : L’ouverture du mur de Berlin survient « le 9 novembre 1989 (...), quand (...) le porte-parole du bureau politique du Parti communiste annonce à la télévision est-allemande : « Les frontières sont ouvertes avec effet immédiat ». (…) La chute du mur qui, en 28 ans[76], avait causé la mort d'au moins quatre-vingt personnes tentant de passer à l'Ouest, entraîne l'effondrement du régime communiste. »[77]

« Le 29 novembre 1989, assaut de la communauté agricole Longo Maï. A sept heures du matin, 200 CRS, gardes mobiles, inspecteurs de la police judiciaire, de la DST et des gendarmes locaux sont déployés, des camions barrent les voies d'accès et deux hélicoptères survolent les lieux. Tout le monde est poussé dehors, en pyjama ou à moitié nu dans le froid, les enfants comme les adultes. Les adultes doivent s'agenouiller, les mains sur la tête, devant leurs enfants, sous la menace des armes. Le matériel de la radio est cassé, tous les bâtiments sont fouillés. On apprendra que le gouvernement a agi sur demande du gouvernement allemand qui suspectait Longo Maï de servir de base arrière aux militants kurdes. Encore un assaut pour rien... »[78]

1990 : « Anne-Catherine Bouvier de Cachard est amoureuse d'un modeste « roturier » d'origine portugaise. Cette perte de discernement, selon la famille, ne peut s'expliquer que par l'adhésion à une secte. Pourtant, les amoureux de Peynet ne constituent pas une secte ! Ce groupe est largement majoritaire. Avec l'aide de l'ADFI, d'un prêtre et d'un commando, l'opération est conçue et rapidement exécutée. Kidnappée, droguée, la jeune femme est « soignée » aux neuroleptiques, thérapeutique adaptée aux patients présentant de graves troubles psychiques. Cette affaire s'est déroulée en 1990 près de Châlons-sur-Marne et s'est achevée en 1992 par l'inculpation de deux membres de la famille et d'un prêtre. »[79]

« En 1990, 5837 cas d’abus sexuels à l’égard des mineurs ont été enregistrés en France par la police et la gendarmerie. Ils sont commis en dehors de « sectes ». »[80]

1991 : Le Rapport Hunt de 1991, à l’instar du rapport Cottrell de 1984, énonce : « La liberté de conscience et de religion garantie par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme rend inopportun le recours à une législation majeure pour les sectes […] » [81]

« Septembre 1991, la communauté agraire Horus, dans la Drôme, voit les gendarmes et les médias débarquer sur leur propriété. Le reportage issu de cette journée est une manipulation des faits, comme c'est souvent le cas. Un avocat invité sur les lieux a servi de médiateur afin que l'assaut ne tourne pas au drame. »[82]

« La communauté agraire, de par son fonctionnement, peut représenter un modèle d'économie totalement différent des modèles classiques, capitalistes ou communistes. Si 50 personnes sont capables de se nourrir en ne demandant plus rien à personne, si elles sont capables de rester en bonne santé et, conséquemment, n'ont plus besoin de fréquenter ni les grandes surfaces ni les pharmacies, qu'elles n'achètent plus d'engrais chimiques, bref, qu'elles se suffisent à elles-mêmes, il y a là un exemple qui risque de faire tache d'huile. Demain, tous ceux qui sont sur les trottoirs, notamment les chômeurs, pourraient très bien dire : « Donnez-nous ou louez-nous un terrain, des instruments et nous ferons pareil. Nous serons certainement mieux que sur notre mètre carré de goudron. (…) Seulement voilà : il ne faut pas que le public sache que cette solution est possible. Sinon, demain matin, des milliers de gens s'installeront à la campagne, produiront leur nourriture, apprendront à vivre en bonne santé, refuseront les vaccinations et déserteront les cabinets médicaux, les centres hospitaliers et les pharmacies. Bref, des milliers de personnes cesseront d'être assistées, et surtout... de payer. Aucun gouvernement ne le souhaite. »[83]

1992 : « Dès 1992, l'ADFI avait révélé ses plans lors d'une conférence à caractère juridique. Le colonel Morin y avait exposé ses thèses sur le viol psychique ainsi qu'une stratégie qui fut effectivement appliquée par la suite. Il fallait selon lui combattre les mouvements religieux minoritaires avec les techniques des services secrets. Des fonctionnaires diffuseraient des rapports alarmistes dans les médias afin de créer un climat de peur. Le colonel Morin fut très vite nommé en 1993 à l'IHESI. Un groupe d'étude sur les « sectes » fut mis en place, composé de membres de la police et des Renseignements Généraux, avec à sa tête Jean Albouy, assistant du député Jacques Guyard, l'initiateur et le rapporteur de la fameuse commission parlementaire. Un psychiatre, Jean-Marie Abgrall, fut également consulté dès le début pour apporter une caution « scientifique » au mouvement. Cependant, les thèses des deux « spécialistes », MM. Abgrall et Morin, ont été clairement invalidées par les membres de la communauté scientifique, notamment en ce qui concerne la théorie du lavage de cerveau, après des études menées sur d'anciens prisonniers de guerre ou des études cliniques et quantitatives menées aux Etats-Unis sur les membres de nouveaux mouvements religieux. »[84]

« L’Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure (IHESI[85]) a, par ailleurs, créé en 1992, un groupe de travail sur les sectes. Toutefois, ce groupe n’a pas d’existence officielle. En outre, il ne dispose pas de moyens suffisants pour assurer un suivi global des activités sectaires. »[86]

Dans sa recommandation 1178 (1992) relative aux sectes et aux nouveaux mouvements religieux en Europe, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, « prenant en compte l'invitation, adressée par le Parlement européen au Conseil de l'Europe dans le rapport Cottrell, à se pencher sur ce problème », estime que « la liberté de conscience et de religion garantie par l'article 9 de la Convention européenne des Droits de l'Homme rend inopportun le recours à une législation majeure pour les sectes, qui risquerait de porter atteinte à ce droit fondamental et aux religions traditionnelles. » Elle recommande au Comité des Ministres d'inviter les Etats membres du Conseil de l'Europe à adopter les mesures suivantes : le programme du système général d'éducation devrait comprendre une information concrète et objective sur les religions majeures et leurs principales variantes (…) ; une information supplémentaire équivalente sur la nature et les activités des sectes et des nouveaux mouvements religieux devrait également être largement diffusée auprès du grand public. Des organismes indépendants devraient être créés pour collecter et diffuser cette information ; une législation devrait être adoptée, si elle n'existe pas déjà, accordant la personnalité juridique aux sectes et aux nouveaux mouvements religieux dûment enregistrés, ainsi qu'à tous les groupements issus de la secte mère ; afin de protéger les mineurs et de prévenir les cas d'enlèvement ou de transfert à l'étranger, les Etats membres qui ne l'ont pas encore fait devraient ratifier la Convention européenne sur la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière de garde des enfants et le rétablissement de la garde des enfants (1980), et adopter une législation permettant de lui donner effet ; la législation existante concernant la protection des enfants devrait être appliquée plus rigoureusement. De plus, les membres d'une secte doivent être informés qu'ils ont le droit de la quitter ; les personnes employées par les sectes devraient être déclarées auprès des organismes sociaux leur garantissant une couverture sociale, et une telle couverture sociale devrait aussi être prévue pour ceux qui décident de quitter les sectes. »[87]

« Le 28 juillet 1992, sous les yeux horrifiés des passants, Roger Dorysse tira plusieurs coups de carabine sur son beau-fils, Jean-Richard Miguères. Après avoir rechargé son fusil, le meurtrier revint achever froidement sa victime. Les époux Dorysse étaient membres de l’ADFI. Le gendre, Jean-Richard Miguères, était le fondateur du Ceirus, Centre européen d’initiation à la recherche ufologique à caractère scientifique. Il donnait souvent des conférences où il faisait salle comble. Son association était étiquetée comme “secte UFO” (sic) par l’ADFI. Roger Dorysse fut arrêté par la police et incarcéré. Le 25 janvier 1995, il fut jugé coupable de meurtre avec préméditation et condamné à 6 ans de réclusion. Deux jours après le drame, un article paru dans Le Figaro Lyon chargea entièrement la victime au lieu de condamner l’assassin. Son sous-titre était même d’un humour douteux : « Cette fois, les extraterrestres n'ont rien pu faire. Le président d’une association d’ufologie est mort mardi à la Croix-Rousse, abattu par son beau-père. » Cet article citait largement l’ADFI pour expliquer que le Ceirus avait bien les caractéristiques d’une secte ![88]

1993 : Tragédie de Waco, au Texas, dans la communauté des Davidiens du Mont Carmel : « L’assaut final eut lieu à l’aube du 19 avril 1993, conduisant à la mort de 74 Davidiens et la destruction totale de leur résidence. Aux yeux des témoins, l'assaut ressemblait à une attaque au napalm comme celles que l’armée américaine avait menées au Vietnam (un des pilotes d'hélicoptère était un vétéran du Viêt Nam). »[89] L'action la plus catastrophique du gouvernement américain sur son propre territoire n'a pourtant servi de leçon à personne.

« Le 9 juin 1993, dans plusieurs des 30 communautés de la Famille en France, 200 gendarmes ont interpellé 43 membres adultes et 143 mineurs de 3 mois (sic) à 16 ans. Adultes menottés, jetés au bas d'escaliers et traînés sur les graviers. Six ans plus tard, les accusés étaient acquittés (Les membres de La Famille étaient coutumiers des descentes de police, car leurs communautés en ont subies plusieurs au début des années 1990 dans plusieurs pays, avec les mêmes résultats). Il est à noter que ces assauts musclés sur ces communautés se sont déroulés en France au moment même où l'action catastrophique des forces de l'ordre à Waco aux États-Unis était largement médiatisée dans le monde entier. »[90] « Les membres de La Famille ont pour beaucoup, et suite à cette affaire, décidé de quitter la France. »[91]

« Terminons par l'évocation de la Firephim (Fédération des religions et des philosophies minoritaires) qui a été créée en 1993 et qui regroupe de nombreux mouvements philosophiques et religieux. Dans son communiqué de presse, cette association indiquait : « Les Nouveaux Mouvements Philosophiques et Religieux se rassemblent passant outre leurs points de divergence, et coordonnent leurs actions afin de lutter contre les injustices, les fausses informations, l'intolérance et toutes les formes de discriminations dont ils font l'objet. La Firephim s'insurge contre le financement par les Pouvoirs Publics d'associations type ADFI, qui sous des dehors très respectables utilisent des fonds publics pour inciter à la haine, à la violence, et orchestrer des campagnes d'intolérance (...) »[92]

1994 : Le 30 septembre 1994, 5 membres de l'OTS meurent dans l'incendie d'une maison à Morin Heights, au Québec. Le 5 octobre 1994, 48 corps carbonisés sont retrouvés en Suisse, 23 à Cheiry et 25 aux Granges-sur-Salvan, dont les deux maîtres de l'OTS, Luc Jouret et Joseph Di Mambro. Autant au Canada qu’en Suisse, l’enquête est rapidement close et la thèse du suicide collectif est officiellement admise.

« Nombreux sont ceux qui croient que le facteur religieux a une influence négative, à la suite de l’observation de David Miller que 80% de la terreur et de la violence organisées dans le monde se joue au nom de la religion. » (The effect of September 11 (Miller 1994)[93]

« Si tant de consciences sont fragilisées et poursuivent une quête incertaine, on ne saurait répondre à leur attente sans une attention nouvelle aux immenses besoins d'éducation, d'information, de formation et, plus généralement de solidarité humaine dans des situations d'angoisse et de solitude. Plus que le vide juridique, c'est bien d'un vide affectif et spirituel dont souffre trop souvent la société moderne. La loi peut garantir la liberté contre ceux qui la menacent. Elle peut et doit assurer l'égalité devant elle, sans discrimination arbitraire. Elle est impuissante, au-delà des mesures de solidarité matérielle, à réaliser une vraie fraternité. » (Paul Bouchet, Appliquer la loi, Le Monde des débats, février 1994)[94]

1995 : « Le 20 mars 1995, un attentat terroriste a été perpétré dans le métro de Tokyo par quelques membres de Aum Shinri-Kyo, un groupe fondé en 1984 par Shoko Asahara, tuant 12 personnes et en blessant plusieurs milliers. L'événement a été largement médiatisé et récupéré par les activistes de la destruction des minorités spirituelles qui semblaient détenir, avec cet événement, la preuve de la nocivité des « sectes ». Shoko Asahara a été condamné à mort par pendaison en février 2004 après 9 ans de procès (la sentence a été confirmée en appel en septembre 2006). Bien que, durant ces dix années, la lumière n'ait jamais été faite sur toute cette affaire, en partie parce que Shoko Asahara a toujours gardé le silence, le juge a déclaré que l'ambition de Shoko Asahara était de renverser le gouvernement pour devenir le « maître du Japon » et qu'il s'était « servi du rempart de la religion » pour cacher ses actes. A aucun moment, il n'a été démontré que Shoko Asahara avait demandé à ses disciples de perpétrer un attentat. De même, des chercheurs américains qui se sont déplacés sur les lieux ont déclaré que, contrairement à ce qui avait été dit, Aum Shinri-Kyo n'avait pas les moyens de produire le gaz sarin qui avait été utilisé lors de l'attentat. Cette accusation d'une usine d'armes chimiques appartenant à la secte était une des plus choquantes pour l'opinion publique, dans une période où la menace du spectre grandissant du terrorisme est brandie quotidiennement par la télévision. »[95]

Ordre du Temple Solaire : Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1995, 16 personnes sont brûlées dans une clairière du Vercors, à St Pierre de Chérenne près d'Autrans, dont 3 enfants ainsi que la femme et le fils de Jean Vuarnet, tous membres de l’Ordre du Temple Solaire. « Les recherches aboutissent le 23 décembre 1995 à neuf heures à la découverte de seize cadavres partiellement carbonisés regroupés en cercle au centre d'une doline dans une clairière située au lieu-dit Le Serre du Page. »[96]

Alain Gest (UMP) est nommé en 1995 président de la première commission d’enquête sur Les sectes en France à l’Assemblée Nationale. Le rapport de cette commission, présenté par M. Jacques Guyard, établit une liste de 173 mouvements « à caractère sectaire » en France. M. Charles Pasqua est alors Ministre de l’Intérieur.

« Un second rapport (N° 2468) confié à Jacques Guyard (parti socialiste) intitulé : Les sectes en France a été remis au gouvernement le 22 décembre 1995. Il est inutile de revenir sur la méthodologie de cette enquête. Elle a été suffisamment critiquée et discréditée par de nombreux chercheurs étrangers et français[97]. »[98]

« Plus récemment, après le carnage de l'Ordre du Temple Solaire, à l'hiver 1995, le sujet des sectes a tenu en haleine les médias. Les RG, sur la question, n'avaient pas grand chose. En catastrophe, il a fallu fabriquer un « rapport ». Un fonctionnaire s'est chargé de compiler les travaux faits par d'autres, notamment par les gendarmes. Un rapport avait déjà été écrit, notamment par la Cellule interministérielle de recherche et d'exploitation du renseignement de la zone centre-est (CIRER). Il a en grande partie été « recopié ». Le rapport des RG sur les sectes a ensuite inondé toutes les rédactions, comme un document de référence. Quelques semaines après, certaines associations, fichées dans l'urgence comme des sectes sanguinaires par les renseignements généraux, ont obtenu réparation devant les tribunaux. Les procès ont eu lieu, sans caméras cette fois. »[99]

A la suite de la publication de ce rapport, de nombreuses organisations spirituelles ou religieuses protestent de différentes manières contre la stigmatisation de leur mouvement.

La Société française pour la défense de l’association Tradition, Famille et Propriété publie, sous la plume de Benoît Bemelmans, un document intitulé : « Le Rapport Guyard à la lumière de la doctrine catholique et du droit français »[100], « avant tout écrit en légitime défense contre une accusation calomnieuse dont le Rapport Guyard se fait l’écho : la TFP serait une « secte pseudo-catholique. » (Source)

« Vie Chrétienne en France, qui a vu le jour en 1990 comme un mouvement pionnier d’églises (protestantes) »[101] « change de nom et devient l'Union d'Assemblées protestantes en Mission (UAPM) afin de se dissocier de l'erreur commise à l'encontre de VCF par le rapport Guyard de la Commission Parlementaire sur les sectes en France, publié en janvier 1996. »[102]

« Le rapport Guyard est tellement bâclé que, comme l’a justement fait remarquer le journaliste François Devinat, dans un article de Libération du 9 février 1996, les auteurs ont mystérieusement oublié de mentionner l’Ordre du Temple Solaire parmi les mouvements dangereux ! » (Source) Une citation du sociologue Louis Hourmant paraît également dans cet article de Libération : « Une bonne part de la controverse antisectes peut s’analyser comme un produit de l’illettrisme croissant de nos contemporains en matière de religion, y compris parmi les gens qui s’affirment nominalement croyants ».

« L’Eglise de l’Unification (Moon) se fit remarquer en 1995 par le plus grand mariage collectif jamais organisé, unissant 35 000 couples à Séoul. »[103]

Décembre 1995 : parution du livre de Jean-François Mayer : Religions et sécurité internationale (Office central de la défense, 3003 Berne, décembre 1995, 143 pages). Une réévaluation de l’impact des facteurs religieux sur les conflits : identités, tensions, militances, stratégies : « Cette étude très pointue de Jean-François Mayer a pour objectif de démontrer que les facteurs religieux doivent nécessairement être pris en compte dans les analyses de politique de sécurité, ce qui n’est pour le moment pas le cas, diplomates et services de renseignement demeurant ignorants du sujet. Le religieux interagit avec les dynamiques et les problématiques qui se manifestent par les conflits. Jean-François Mayer propose notamment que l’analyse à long terme des équilibres internationaux explore de façon plus approfondie les probabilités et potentialités des déplacements de frontières religieuses ainsi que les modifications dans les rapports de force entre religions afin d’en évaluer les conséquences sur la carte du monde. »[104]

1996 : « Les conclusions alarmantes auxquelles aboutissait (la commission d’enquête parlementaire sur les sectes de 1995) incitèrent le Premier Ministre de la droite revenue au gouvernement, M. Juppé, à créer un Observatoire des sectes placé sous la direction de M. Guerrier de Dumast en 1996. »[105] Cet « Observatoire interministériel des sectes » fut créé par décret (n° 96-387) le 9 mai 1996.

Parution du livre Pour en finir avec les sectes - Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, sous la direction de Massimo Introvigne et J. Gordon Melton, Éditions Dervy : « Suite à la publication du rapport Guyard de la commission parlementaire française sur les sectes, contenant une liste controversée de mouvements très divers, M. Introvigne et G. Melton ont demandé à une série d'experts de se prononcer sur ce document. Même si aucun auteur n'approuve la publication de cette liste, les avis divergent quant à la démarche. L'avantage d'un tel ouvrage est de présenter des approches très diverses sur le phénomène : des sociologues des religions (comme Wilson, Dericquebourg ou Baubérot), des juristes (comme O.-L. Séguy ou P. Gast), des théologiens (comme Mgr Vernette ou le père Bergeron). Ce livre très intéressant n'a pas pour but de répondre à toutes les questions. Au contraire, les deux directeurs de l'ouvrage souhaitent profiter de la controverse créée par le rapport pour poser davantage de questions, mais en tentant de donner des bases aussi objectives que possible au dialogue. »[106]

« En 1995-96, Anne Fournier et Michel Monroy, alors membres du Centre Roger Ikor, ont rédigé le livre Les sectes (collection Les essentiels Milan, numéro 55). A la suite du colloque organisé par le CESNUR à la Sorbonne en 1996 et la publication du livre Pour en finir avec les sectes (Dervy, 1996), ils ont pris conscience de la nécessité d'un débat sur le terrain scientifique face à des universitaires tels que R. Dericquebourg ou M. Introvigne (en écoutant ces chercheurs, en rencontrant des responsables des sectes) et ont proposé cette démarche au CCMM qui a estimé que là n'était pas l'objet d'une association d'information et de défense. Le GRAPHES (Groupement de Réflexion et d'Analyse des PHEnomènes Sectaires), structure informelle, est né en décembre 1996 avec pour objectif l'étude scientifique des mécanismes impliqués dans le phénomène sectaire. L'activité du GRAPHES s'est limitée jusqu'à présent à la préparation de quelques articles. »[107]

Des religions et des hommes est une série de 46 émissions, réalisées par Claude Théret en 1996, écrites et présentées par Jean Delumeau, membre de l’Institut et professeur au Collège de France. Ces émissions ont été diffusées sur la Cinquième à la fin des années 1990, dans l’émission Voir et Dire. Cette série présentait, de manière courte (13 minutes par épisode) et très didactique (Jean Delumeau est un excellent pédagogue), les diverses approches religieuses actuellement vivantes dans le monde, avec leurs ressemblances et leurs différences. Le 29 février 1996, un livre a aussi été édité chez Desclée de Brouwer : « Au cours des siècles, à travers la multiplicité des lieux et des cultures, les religions se sont étonnamment diversifiées. Moïse, Jésus, Mahomet, Bouddha et d'autres ont fondé à leur manière des traditions riches et diverses qui perdurent aujourd'hui encore. Sous toutes leurs formes, les religions ont accompagné l'histoire des hommes en inspirant jusqu'aux expressions les plus contemporaines de la littérature, de l'architecture, de la musique ou de la peinture. A l'heure où la société s'ouvre à la culture religieuse mais où, dans le même temps, les adultes ne savent plus transmettre ne serait-ce que leur propre religion, l'auteur, membre de l'Institut et professeur au Collège de France, propose une initiation pédagogique et vivante à la mémoire religieuse de l'humanité. Initiation placée sous le signe de la tolérance. » (Présentation de l'éditeur)

« Le Groupement de protection de la famille et de l'individu (GPFI) est une association constituée le 21 septembre 1995 à Veyrier, en Suisse. Elle « étudie les nouveaux mouvements ou groupements religieux, spirituels ou magiques, cherche à en connaître les origines, les doctrines enseignées, les buts poursuivis, les modes de recrutement de leurs adeptes, ainsi que leurs financements, afin de déterminer leur éventuelle nature sectaire; veille à ce que leur développement ne porte pas atteinte aux droits de l'homme, tels que définis dans la Charte des Nations Unies et la Convention Européenne des Droits de l'Homme, à ceux de la famille et ceux de notre société; veille également à ce que ces groupements ou mouvements respectent la liberté de sortie de leurs adeptes sans exercer de pressions sur ceux-ci, leurs familles et leur environnement; assiste les victimes d'abus; tient à la disposition de ses membres ou de victimes les fruits de ses recherches et analyses ainsi que la documentation en sa possession; dénonce aux autorités compétentes tous les abus de droit constitutionnel à la liberté religieuse et les éventuelles infractions. Comité de sept membres : Lavergnat François, de Troinex, à Veyrier, président ; Monod Auguste, de Genève, à Veyrier, secrétaire ; et Jaquier Gilbert, de Vufflens-la-Ville, à Genève. »[108]

« Le 9 octobre 1996, le professeur Beljanski (Isère), ce médecin de 74 ans, voit surgir chez lui plus de 200 gendarmes cagoulés, certains armés de bazookas, des membres du GIGN (pour arrêter 3 personnes !) qui l'emmènent menotté en TGV jusqu'à Pau. L'assaut est décrit par les témoins comme d'une grande violence. Profondément choqué, il va mourir deux ans plus tard et ne sera disculpé des accusations portées contre lui qu'à titre posthume. La France a en effet été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, pour dépassement du « délai raisonnable » de l'instruction et violation de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'âge de Mirko Beljanski et de l'atteinte portée à sa réputation de scientifique et au sérieux de ses recherches (Beljanski c. France du 7 février 2002 - req. n/ 44070/98). »[109]

Parution en février du livre de Christian Paturel : Sectes, Religions et Libertés publiques aux éditions La Pensée Universelle. La sortie de ce livre entraînera neuf années de poursuites judiciaires qui se termineront par une condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en décembre 2005.

1997 : « La lumière n'a jamais été faite publiquement sur l’affaire de Jonestown en 1978. En 1997, le FBI[110] est contraint de rendre public 39 000 pages sur cette affaire. Ces documents font aux Etats-Unis l'effet d'une bombe tant ils s’opposent à la vision véhiculée par les médias pendant vingt ans. Ils montrent surtout que le gouvernement américain est impliqué dans cette affaire et a tenté de garder secret certains faits. »

« J'ai travaillé sur Jonestown et plusieurs autres présumés « suicides collectifs ». Je crois qu'il n'y a jamais eu de suicide collectif dans l'histoire humaine. Je ne crois pas qu'une famille, ou même trois ou quatre personnes puissent décider dans un moment de tension de commettre un suicide ensemble. Même si le cerveau décide la destruction, le reste de l'organisme se révolte. Des personnes ne peuvent pas se tuer en se mettant un sac en plastique sur la tête car l'organisme physique les oblige automatiquement à le retirer. Il faudrait pouvoir se discipliner comme les moines bouddhistes qui se sont immolés à cause de l'oppression dans une situation de combat. Mais, quand on parle de jeunes de la classe moyenne américaine, et qu'on s'attend à ce qu'ils s'assoient tous ensemble et se tuent collectivement, ce n'est pas crédible. »[111] (John Judge, membre de la « Coalition contre les Assassinats Politiques ». Il est réputé pour ses recherches sur certains crimes politiques aux USA et a mené une enquête sur le prétendu « suicide collectif de Jonestown à Guyana en 1978.[112]

« Le 22 mars 1997, 5 adeptes du Temple solaire, dont 3 Français, sont retrouvés carbonisés à Saint-Casimir, au Québec. »[113]

« Le 26 mars 1997, les corps de 39 jeunes hommes sont trouvés dans une propriété de San Diego, au sud de la Californie. Ces hommes appartenaient à un groupe appelé Heaven's Gate (la Porte du Paradis) dont le leader s'appelait Marshall Applewhite. On a rapidement entendu parler de suicide collectif, dans la foulée du temple solaire. »[114]

« Des enseignants orientaux viennent en Occident à l'invitation de leurs nouveaux adeptes ou parfois simplement porteurs d'un message qu'ils sentent devoir être divulgué. D'autres chercheurs puisent à des enseignements occidentaux, revisités ou remis en valeur. En une dizaine d'années des milliers de groupes, d'associations, de cercles plus ou moins formels voient le jour, dont les plus connus ne sont qu'un aspect. Ce qui relie ces groupes est l'aspiration à vivre le partage, la paix, l'amour, mais aussi les notions de transcendance, de révélation d'éveil. Certains sociologues voient dans ce phénomène une approche radicalement nouvelle de la relation au monde matériel et spirituel qui se poursuit encore aujourd'hui. » (Extraits de La France antisectes : état des lieux – Plaidoyer pour les libertés individuelles, film-documentaire du CICNS)

Tabitha’s Place (Ordre Apostolique ou Les 12 tribus) dans les Pyrénées-Atlantiques : « Le 7 avril 1997, à la suite du décès du petit Raphaël, atteint d’une malformation cardiaque et âgé de dix-neuf mois, près de 50 gendarmes, 12 médecins et le procureur de la République de Pau investissent la ferme de la communauté afin de « vérifier l'état de santé des enfants » (lors d'un assaut, des bungalows de la communauté ont été détruits au bulldozer). Ils ne trouvèrent aucune trace de mauvais traitement et il n'y eut donc pas de poursuite judicaire en conséquence de cet assaut. En 1996, 30 gendarmes avaient déjà effectué une visite de la même communauté sans rien trouver d'anormal. Les parents de l'enfant décédé ont cependant été condamnés en 2001 pour « privations alimentaires et de soins ayant entraîné la mort » (l'enfant avait une malformation cardiaque de naissance que les parents n'avaient pas fait opérer). »[115] Dans la foulée du rapport parlementaire de 1996, la communauté allait redevenir pendant un temps une cible privilégiée de la lutte antisectes. »

Ogyen Kunzang Choling (OKC) (Alpes de Haute-Provence) : 30 mai 1997, 150 gendarmes soutenus par deux hélicoptères (« pour éviter toute surprise désagréable », selon le commandant de gendarmerie) investissent par surprise et pendant six heures le lieu de résidence d'une communauté proche du bouddhisme tibétain, la propriété de Château de soleils (même déploiement de forces en Belgique, au même moment, sur la même communauté). Rapidement, des ossements attirèrent l'attention mais « heureusement, un médecin appelé sur les lieux a pu confirmer qu'il ne s'agissait pas d'ossements humains » (!). Trente enfants ont été auditionnés mais personne n'a été emmené par les gendarmes. Un procès en 1996 avait abouti à une relaxe de plusieurs membres de la communauté. Cela n'a pas empêché une nouvelle « visite » similaire en mars 2000 sans plus de « résultats ».[116]

« Le rapport annuel 1997 de l'Observatoire Interministériel sur les Sectes publiait en annexe (p. 51) les recommandations des députés J.-P. Brard, J. Guyard et A. Gest pour « renforcer le contrôle scolaire et la protection sanitaire des enfants. Cette proposition a pour but la sauvegarde des enfants hébergés dans des sectes, dont l'éducation et la santé sont souvent compromises. ».[117]

« Domaine de Faujas, Docteur Tal Schaller (Drôme) : 10 octobre 1997, trois bataillons de gendarmes lourdement armés pénètrent dans la propriété du docteur Christian Tal Schaller que les autorités avaient associé à l'affaire du Temple Solaire parce que le nom de ses éditions s'appelaient Vivez soleil ! Des véhicules militaires se sont enfoncés aux quatre coins de la propriété pour prévenir des fuites éventuelles de membres de « la secte ». Après de multiples interrogatoires sur six heures, rien n'a pu être trouvé démontrant qu'il y avait une quelconque activité sectaire de leur part. »[118]

4 novembre 1997 : Proposition de loi n°402 de M. Jean-Pierre Brard visant à restreindre l'attribution de permis de construire à des associations à caractère sectaire : « Il apparaît indispensable de donner, d'une manière très précise et ponctuelle, le moyen de refuser un permis de construire sollicité par des associations se réclamant de la législation relative aux associations cultuelles et dont l'activité constitue une menace à l'ordre public. Il conviendra à cet effet d'établir une liste de ce type d'associations, dont les méfaits sont d'ailleurs très bien connus de l'opinion et des pouvoirs publics. Sous le bénéfice de ces observations, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs, d'adopter la proposition de loi suivante. Article unique : L'article L. 421-1 du code de l'urbanisme est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Le permis peut être refusé à toute association se réclamant de la législation relative aux associations cultuelles dont l'activité constitue une menace à l'ordre public et figurant, en conséquence, sur une liste fixée par décret en Conseil d'Etat. »[119]

11 décembre 1997 : Rapport A4-0408/1997 sur les sectes dans l'Union européenne - Commission des libertés publiques et des affaires intérieures, rapporteur Mme Maria Berger : « Par lettre du 18 février 1997, la Commission des libertés publiques et des affaires intérieures a demandé l'autorisation de présenter un rapport sur les sectes dans l'Union européenne. (…) Au cours de ses réunions, elle a adopté la proposition de résolution par 15 voix contre 7 et 3 abstentions. »[120]

1998 : « En janvier, proposition de loi de Nicolas About « tendant à renforcer le contrôle de l'obligation scolaire. » La nouvelle loi, votée à l’unanimité par une quinzaine de parlementaires le 10 décembre 1998, a été publiée au J.O. le 22 décembre. »[121]

En octobre 1998, le Ministère de l'Intérieur publiait une circulaire définissant les moyens mis en place pour lutter contre les dérives sectaires[122]. Dans ce document, adressé à tous les préfets, il est précisé : « Ces rapports parlementaires ne constituent qu'un élément d'information et de proposition, ils ne prétendent pas avoir valeur normative et ne sauraient fonder ni des distinctions entre les associations qualifiées de « sectaires » et celles qui ne le sont pas au regard desdits rapports ni des sanctions quelconques. Tant qu'une association ne fait pas l'objet d'une dissolution administrative ou judiciaire, elle jouit des libertés constitutionnellement reconnues et peut exercer l'activité correspondant à son objet dans le strict cadre des lois en vigueur. »[123]

7 octobre 1998 : Création par décret (n° 98-890)[124] de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS)[125] : « De nouveau au pouvoir, le gouvernement socialiste a créé, en 1998, à côté du Bureau central des Cultes (mais sans lien officiel avec lui), un organisme chargé de lutter contre le sectes, placé sous la direction du premier ministre et appelé Mission interministérielle de lutte contre les sectes, dont le responsable fut Alain Vivien, ancien dirigeant d’un mouvement antisectes, le Centre contre les manipulations mentales (CCMM), fondé par l’écrivain rationaliste Roger Ikor. Les pouvoirs de cette mission étaient mal définis. En principe, elle coordonne la lutte contre les sectes, ce qui signifie que le premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, officialisait un combat contre les sectes. Cette mission était composée de quarante personnes. Elle entretenait des liens étroits avec les groupes antisectes, dont elle était le relais officiel. Elle eut un rôle de conseil auprès des ministères pour établir un maillage d’agents chargés de contrer les sectes par le biais de cellules antisectes dans les administrations de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports, des affaires sociales. »[126]

1998 : Le rapport suédois (« In Good Faith » 1998) déplorait que, « en France, l’État a, dans l’ensemble, fait cause commune avec le mouvement antisectes », ignorant le fait que « la grande majorité des membres des nouveaux mouvements religieux tirent des expériences positives de leur appartenance ». Le rapport de 1998 du Canton de Ticino en Suisse (Dipartimento delle Istituzioni 1998, 17 et 39) déclare que, bien qu’une coopération avec des groupes antisectes soit occasionnellement appropriée, les gouvernements « devraient éviter de devenir complices d’un travail qui répand des préjugés » ou qui fait la promotion « du terrorisme antisectes ».[127]

20 novembre 1998 : Proposition de loi N°79 présentée au Sénat par M. Nicolas About, tendant à renforcer le dispositif pénal à l'encontre des associations ou groupements à caractère sectaire qui constituent, par leurs agissements délictueux, un trouble à l'ordre public ou un péril majeur pour la personne humaine ou la sûreté de l'Etat.[128] Cette proposition de loi débouchera en juin 2001 sur la loi About-Picard (voir « 2001 », plus loin).

« Le procès en sorcellerie n'est pas allé au bout, Bernard Lempert est descendu juste à temps du bûcher. La messe était pourtant dite depuis un moment : ce psychothérapeute était accusé d'être le gourou d'une secte, et son nom s'est retrouvé inscrit, sans appel, dans le fameux rapport parlementaire sur les sectes, en 1996. Après deux ans d'une désespérante bataille contre la rumeur, Bernard Lempert est enfin blanchi par le parquet du tribunal de Rennes et par le propre rapporteur de la commission parlementaire, non sans réticences. »[129]

« Une deuxième commission d’enquête parlementaire sur le thème « Secte et argent » en 1998 a conduit à la publication en 1999 du rapport du même nom. La liste des sectes est complétée avec quelques mouvements supplémentaires dont le mouvement anthroposophe. »[130]

1999 : « Le nombre de plaintes en France relatives aux activités des « sectes » est passé de 15 en 1983 à 260 en 1999. Cela peut être le signe d’une plus grande activité illégale des groupes tombant sous ces chefs d’accusation, mais aussi un changement dans la manière de percevoir certaines activités – qui sont désormais problématiques voire réprouvées, et d’une moindre tolérance à leur égard. »[131]

En janvier 1999, Anne Fournier et Michel Monroy (initiateurs du GRAPHES[132] font paraître La dérive sectaire (PUF, collection Le sociologue).

10 juin 1999 : la Commission d'enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers présente son rapport (N° 1687) à l’Assemblée Nationale. Rapporteur : Jean-Pierre Brard. [133]

« Un nouveau rapport parlementaire français, daté du 10 juin, est consacré à l'argent des sectes. C'est un document de 322 pages, signé par le député Jacques Guyard (auteur du rapport « Les Sectes en France » de 1996) en tant que président de la commission et le député Jean-Pierre Brard (l'un des membres les plus extrémistes de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes) en tant que rapporteur. La commission parlementaire et la Mission de lutte contre les sectes sont deux structures différentes et ne devraient pas être confondues, quoique Guyard et Brard soient membres des deux. Le rapport est divisé en trois parties. La première a trait à la situation actuelle des sectes et à la façon dont elles sont organisées. Elle indique que la liste des sectes du rapport de 1996 est toujours valide, mais que de nouvelles « sectes », exclues à l'origine, car elles avaient (à tort) été déclarées non dangereuses, devraient à présent y être incluses, tout particulièrement l'Anthroposophie et l'ordre de la Rose-Croix AMORC. (…) Ici, des noms sont donnés. Des informations budgétaires et financières de nature évidemment confidentielle (y compris un nombre conséquent de noms d'individus) sont jetées au grand public. Elles ont été rassemblées à partir d'enregistrements d'impôts (quoique, dit le rapport, toutes les autorités des impôts n'ont pas coopéré), de rapports de services de renseignement, de réponses obligatoires à un questionnaire envoyé à 60 groupes et d'une participation également obligatoire à des audiences secrètes (les personnes absentes étaient menacées d'amendes et de prison, comme ceux qui divulgueraient le contenu des audiences). Tout autre individu ou association, n'importe où dans le monde, poursuivrait simplement en justice pour violation de la vie privée et gagnerait. En France, les commissions parlementaires sont exemptées de toute responsabilité légale, et la vie privée des « sectaires » est évidemment considérée comme sacrifiable. »[134]

22 juin 1999 : « Trop, c'est trop ! La Fédération des Écoles Rudolf Steiner en France est scandalisée à la lecture des passages du rapport de la Commission d'enquête parlementaire sur le patrimoine des sectes qui mettent en cause le courant pédagogique dans lequel travaillent ses membres. Elle s'interroge sur la nature véritable des buts poursuivis tant sont flagrants le manque de rigueur, les amalgames et la hâte de la rédaction. (…) Au nom d'une prétendue protection des libertés des consciences, voudrait-on aujourd'hui encore museler tous ceux qui, à partir d'une pensée libre s'emploient à développer une attitude éducative qui lutte contre l'hégémonie d'une pensée unique et la prédominance du dogme matérialiste en éducation ? (…) Veut-on laisser se développer cette attitude insidieuse qui sous le prétexte de protection des enfants voudrait les voir éduquer dans un seul moule ? (…) La Fédération des Écoles Steiner, membre de nombreuses organisations internationales de défense de la liberté en éducation ne se laissera pas enfermer insidieusement dans une catégorie d'épouvantails sans réagir par toutes les voies appropriées visant à obtenir le rétablissement de la vérité et la réparation des préjudices. »[135]

Rapport de la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme, Conseil de l’Europe, du 13 avril 1999, voté le 22 juin 1999. Rapporteur : M. Adrian Nastase, Roumanie, Groupe socialiste : « Pourquoi un rapport sur les activités illégales des groupes à caractère religieux, ésotérique ou spirituel seulement six ans après que l'Assemblée ait adopté la Recommandation 1178 (1992) relative aux sectes et aux nouveaux mouvements religieux ? (…) Le contenu de la Recommandation ( …) reste parfaitement d'actualité (…). Mais deux raisons importantes justifient que l'Assemblée se penche à nouveau sur le phénomène. D'une part, le nombre des adeptes ne cesse d'augmenter (60% en France entre 1982, date du rapport Vivien et 1995, date du rapport Guyard) en dépit de l'information donnée sur les activités de certaines sectes notamment à l'occasion de troubles graves à l'ordre public (tuerie de la secte du Temple Solaire, tuerie de la secte Aoum au Japon, condamnations de membres de sectes pour viols, manœuvres frauduleuses etc.) ou encore accusations portées par l’Eglise de Scientologie contre le Gouvernement allemand accusé de pratiquer l'intolérance religieuse et le racisme (…). D'autre part l'apparition du phénomène sectaire dans les pays d'Europe centrale et orientale où la liberté retrouvée a eu pour corollaire le foisonnement de groupements proposant du spirituel, de l'ésotérique ou du religieux à des individus qui en avaient été privés pendant longtemps. Le premier danger qui guette les autorités souhaitant pallier les risques liés aux activités sectaires est l’amalgame entre les groupements inoffensifs et les groupements dangereux. (…) Le second piège (…) est la distinction entre les sectes et les religions. (…) Ces deux dangers peuvent être aisément évités par les autorités étatiques moyennant une certaine prudence quant au vocabulaire et le choix d’un mode d’action relatif aux actes des groupements. (…) Il est évident que l’utilisation du terme « secte » est très tentante par les autorités étatiques, compte-tenu du fait qu’il est facilement compris par tout un chacun. Il conviendrait cependant que les autorités étatiques renoncent à son utilisation dans la mesure où il n’existe pas de définition juridique de ce terme[136] et où il a une trop forte connotation péjorative. Aujourd’hui, pour le public, une secte est fortement mauvaise ou dangereuse. Pour éviter ce terme « secte », trois voies sont envisageables. En premier lieu, il serait possible de renoncer à la qualification de « secte » en assimilant tous les groupements à des religions. Toutefois, à notre avis, cette approche serait erronée, car trop restrictive face à la diversité du phénomène sectaire. (…) En deuxième lieu, l’Etat pourrait accepter de suivre la voie ouverte par certains groupements et établir une distinction entre les religions, par définition bonnes, et les sectes, forcément dangereuses, voire une séparation entre les bonnes et les mauvaises sectes. À nouveau, une telle démarche ne nous paraît pas acceptable. Au regard de l’article 9 de la CEDH, il est interdit à l’Etat d’effectuer une distinction entre les différentes croyances et de déterminer une échelle de valeur des croyances. (…) Ce type de débat constitue donc un piège dans lequel certains groupements essaient systématiquement d’entraîner les autorités et que celles-ci doivent absolument éviter. (…) En réalité, le seul moyen d’échapper à ce piège est d’éviter toute qualification des croyances en cause comme croyance non religieuse ou religion. Ce qui nous amène à la troisième et dernière voie envisageable, qui nous semble être la seule acceptable. Elle permet d’éviter les obstacles que nous avons évoqués en se fondant sur une approche plus descriptive du phénomène sectaire et en s’intéressant non à la qualification des croyances mais aux actes commis au nom ou sous couvert de ces croyances. »[137]

« Au 31 juillet 1999, 134 enquêtes préliminaires avaient été traitées par le parquet et 116 informations judiciaires ouvertes sur des incriminations graves telles que violences, agressions sexuelles, escroqueries et abus de faiblesse. Cette attitude plus répressive du ministère public date de 1996, juste après le traumatisme créé par la mort collective des adeptes de la secte de l’Ordre du Temple solaire. Le garde des Sceaux de l’époque, Jacques Toubon, avait diffusé une circulaire appelant l’attention du parquet sur la dangerosité du phénomène sectaire. » [138]

« Le 22 juillet 1999, l’annonce officielle de l’interdiction du Falungong était faite en ces termes : « Le département des affaires civiles de la République Populaire de Chine déclare que la Société de Recherche sur le Falun Dafa et l’organisation Falun Gong sous son contrôle sont des organisations illégales et doivent être interdites. Il est en conséquent interdit à quiconque en toute circonstance de distribuer des livres, des cassettes audio/vidéo ou tout autre matériel de diffusion de Falun Dafa (Falun Gong). Il est interdit de se rassembler ou de manifester pour soutenir ou diffuser Falun Gong, comme les sit-ins et les appels. Il est interdit à quiconque d’organiser, de coordonner ou de diriger n’importe quelle activité anti-gouvernementale. »[139]

L'UNADFI renonce à poursuivre Libération : « La principale association antisecte, l'UNADFI, s'est désistée vendredi du procès qu'elle avait intenté à Libération, à trois jours de l'audience, prévue hier à Paris. L'Union nationale des associations de défense de la famille et de l'individu avait porté plainte avec constitution de partie civile après la parution, le 30 mars 1998, d'un article, « Le complot qui fit de Bernard Lempert un gourou ». Libération montrait que ce psychothérapeute avait été classé par erreur dans la liste des sectes après l'étrange alliance des représentants bretons de l’UNADFI et d'une association qui regroupait des maltraiteurs d'enfants et dont le président était un nostalgique de la Waffen SS. »[140]

2000 : « En mars 2000, le tribunal de grande instance de Paris condamnait le président de la commission parlementaire » Sectes et Argent », M. Guyard, pour diffamation à l'encontre de trois mouvements anthroposophes, suite à son intervention télévisée sur France 2 en Juin 1999. Le motif de cette condamnation : « Le rapport n’est pas en mesure de justifier d’une enquête sérieuse » à l’appui de ses accusations, les documents produits n’étaient pas « pertinents » et « sans valeur probante » (Le Monde, 23 mars 2000). En septembre 2001 la Cour d'Appel reconnaîtra le caractère diffamatoire des propos tout en considérant M. Guyard de bonne foi et donc non coupable du délit de diffamation publique. »[141]

Mars : Lancement de la Charte de la Terre, une déclaration de principes éthiques fondamentaux pour construire une société globale juste, durable et pacifique au XXIe siècle. La Charte de la Terre est le résultat d’un dialogue interculturel qui a duré pendant une décennie à travers le monde au sujet d’objectifs communs et de valeurs partagées. Le projet de la Charte de la Terre, initiée par les Nations Unies, est peu à peu devenu une initiative de la société civile.[142]

Novembre : Première affaire concernant la kinésiologie[143]  : « Le 12 novembre 2000, Kerywan, 16 mois et demi, mourait au domicile familial de Moëlan-sur-Mer (Finistère), avec un poids de six kilos, soit celui d'un enfant de quatre mois. Les experts devaient déceler une carence nutritionnelle « importante et chronique » imputable selon eux à un régime alimentaire sans protéine animale ni supplément vitaminique. L'enfant était depuis sa naissance allaité par sa mère adepte d'un régime végétalien. La justice reproche au couple, déjà parent de trois filles, d'avoir privé de soins son dernier enfant non pas par négligence ou imprudence mais au nom de « conceptions idéologiques » inhérentes à la pratique de la kinésiologie, technique psychocorporelle développée dans les années 60 aux Etats-Unis. »[144]

« Le 20 novembre 2000 à 6h du matin, une petite communauté spirituelle de l'Aveyron a dû subir l'assaut brutal d'une soixantaine de gendarmes lourdement armés. Des séquelles psychologiques sont toujours présentes chez les enfants et les adultes six ans plus tard. La longue liste des accusations s'est révélée sans fondement et les condamnations finales, dérisoires, ne semblent là que pour justifier un tel déploiement de force. »[145] Selon un juriste : « Tout ce qu'ils avaient dans le dossier, au départ, c'est un stationnement de caravane interdit et un défaut de déclaration aux Assedic. Vous vous rendez compte qu'ils ont envoyé 60 gendarmes pour ça ! »[146]

2001 : « Au début de l'année, l'épouse de Vivien s'était elle-même chargée de négocier à Matignon, dans le bureau du chef de cabinet de Jospin, une subvention de 4,5 millions de francs pour l'achat d'un nouveau siège de l'association antisectes. La somme lui a été allouée en février 2001, sur la ligne budgétaire de la défense des droits de l'homme, du ressort du Premier ministre. « En bonne logique, Alain Vivien a été consulté », note un proche du dossier. Or Vivien est président de la Mils, mais aussi de la commission DOM-TOM de la Ligue des droits de l'homme depuis 1996. » (Le Point, 19 octobre 2001)[147]

Loi N° 2001504 du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, publiée au Journal Officiel du 13 juin 2001.[148]

« Cette proposition de loi a d'abord été présentée par le sénateur centriste des Yvelines (apparenté Républicains Indépendants), Nicolas About (voir « 1998 », ndlr), puis, après quelques remaniements, à l'Assemblée Nationale par la députée socialiste de l'Eure, Catherine Picard. Cette dernière proposition de loi « tendant à renforcer la prévention et la répression à l'encontre des groupements à caractère sectaire », a été adoptée, le 22 juin 2000, en première lecture par les députés. La navette parlementaire a donc repris, et un nouveau texte, préparé en commun par M. About et Mme Picard, a été présenté au Sénat le 25 janvier 2001. »[149]

« La loi du 12 juin 2001 est explicitement une loi contre les sectes. Cinq grandes dispositions en font une loi de répression qui pourrait se montrer redoutable si les circonstances s'y prêtent : dissolution civile de certaines personnes morales ; extension de la responsabilité pénale des personnes morales ; limitation de la publicité des mouvements sectaires ; sanction de l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse ; droit de se porter partie civile pour certaines associations. L'origine du texte est une proposition de loi du sénateur About, adoptée en décembre 1999, qui entendait simplement permettre l'application aux sectes de la loi de 1936 contre les groupes de combat et milices privées. L'Assemblée nationale, le 22 juin 2000, à la suite d'un amendement de Catherine Picard, introduisit dans le texte en débat le délit de manipulation mentale ainsi que de nombreux autres amendements. En seconde lecture, le 3 mai 2001, le Sénat corrigea de façon importante le texte et les députés le votèrent définitivement sans grandes modifications, le 31 mai 2001. Les parlementaires ont souligné à l'envi le caractère consensuel du débat. Il n'y a pas eu de scrutin public ni au Sénat ni à l'Assemblée nationale et on ne relève qu'exceptionnellement une explication de vote négatif[150]. Il y avait une grande unanimité des intervenants quant à l'évidence du danger sectaire. Même les rares parlementaires qui mirent en garde contre la difficulté d'analyser le phénomène ne sont pas revenus sur cette évidence. Il est vrai que les débats ont été largement menés par le groupe des parlementaires spécialisés dans la lutte contre les sectes[151]. Dans ces conditions le consensus évoqué semble plutôt avoir été acquis par défaut. Ceci souligne une étrange perception du phénomène sectaire : une apparente évidence du danger justifiant une répression assez stricte et une faible mobilisation pour une loi concernant une liberté fondamentale. »[152]

« Tout leader de secte déclaré coupable de « l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse » sera passible de 5 années de prison et d'une amende pouvant aller jusqu'à 750 000 euros de dommages et intérêts. »[153]

18 juin (AFP) : « Paris a accueilli les 14 et 15 juin une réunion de travail sur « les activités illégales des organismes à caractère sectaire en Europe », à laquelle ont participé les représentants de 22 gouvernements européens, a annoncé lundi la mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS). (…) Interrogée par l'AFP, la MILS n'a pas précisé le nom des pays participants ni le thème des discussions. »[154]

« Les observateurs américains sont inquiets de l'atmosphère d'intolérance qui semble se développer aujourd'hui en Europe. En France, l'attitude à l'égard des sectes (les Américains parlent de cults) inquiète la Commission sur la liberté religieuse internationale. En particulier le rapport Guyard dans lequel figure une liste de mouvements qualifiés de sectes, s'il n'a pas été voté, continue de circuler, dans l'administration notamment, au risque d'ouvrir la voie de la discrimination. De la même manière, la création de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) ou l'adoption de la loi About-Picard en mai 2001 condamnant pénalement l'abus frauduleux d'état d'ignorance ou de situation de faiblesse, sont susceptibles de violer la liberté religieuse internationale ; non pas en France directement, mais par effet de contagion dans des pays moins tolérants. Or la Commission nationale de contrôle des droits de l'homme a estimé que la liberté de conscience garantie par la Déclaration des Droits de l'Homme et par la Convention Européenne des Droits de l'Homme rend inopportun ce type de lois ou de rapports. Le même constat a été fait aux Etats-Unis : l'application de la loi pénale existante permet de punir les actes sans stigmatiser les croyances religieuses. » (« Les Etats-Unis et la liberté religieuse dans le monde », 5 juin 2002)[155]

« Le 5 septembre 2001, la statue du Mandarom est dynamitée par les forces de l'ordre qui se présentent lourdement armées sur la propriété de la communauté pour évacuer « les fidèles ». La communauté a démontré que l'accusation qui lui était faite d'un défaut de permis de construire pour cette statue était mensongère. »[156]

11 septembre : chute des Twin Towers[157] à Manhattan, dans le « centre des affaires » de New York. La période suivant ces attentats a vu un recul des libertés individuelles dans de nombreux pays.[158]

2002 : Parution du livre de Maurice Duval : Un ethnologue au Mandarom.[159]

Bernard Lempert publie Le retour de l’intolérance – Sectarisme et chasse aux sorcières, aux éditions Bayard : « Bernard Lempert montre les affinités entre la « chasse aux sectes » actuelle et les multiples chasses aux sorcières de l'histoire. Depuis le Moyen-âge jusqu'aujourd'hui, sans oublier McCarthy, il y a plus que des ressemblances, une véritable filiation. Puisant dans son expérience de la maltraitance, il met en évidence le lien qui existe entre famille maltraitante – ou famille-clan – et « secte ». Enfin, il pointe les risques que fait courir à notre vie démocratique cette loi d'exception, qui a déjà été exportée en Chine via Hong Kong pour combattre Fa Lun Gong. Cet essai dérangeant, remarquablement documenté, fait ressortir les vrais enjeux culturels, politiques et sociaux d'une attitude de désignation et d'exclusion rarement mise en cause. »[160]

Création de la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) par décret n° 278 du 29 novembre 2002[161], par le gouvernement Raffarin. Son premier président, Jean-Louis Langlais, entrera en fonction en janvier 2003.

« Les missions de la MIVILUDES s’inscrivent dans le consensus français de protection des victimes et de l’ordre public. La veille et la lutte prennent en compte les seuls actes et comportements contraires aux lois et règlements troublant l’ordre public. (…) La Miviludes est une structure interministérielle dont la mission est de favoriser la concertation entre les services de l’Etat. Elle est constituée d’une équipe permanente interdisciplinaire autour du secrétaire général, magistrat de l’ordre judiciaire. Le Président, préfet hors cadre, est également assisté : d’un comité exécutif qui réunit les représentants des différentes grandes directions des ministères concernés (arrêté de nomination des membres du CEPO) ; d’un conseil d’orientation. Structure de dialogue, ouverte à la société civile, le Conseil d’orientation est composé de 30 membres, nommés par arrêté du Premier ministre : parlementaires, représentants de la haute fonction publique, du mouvement associatif, du monde médical ou du secteur économique et social. »[162]

17 septembre 2002 : Parution chez Fayard du livre de Jean Ziegler, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, dans lequel l’auteur montre que la barbarie moderne de l’exploitation de l’homme par l’homme s’est institutionnalisée au niveau mondial, prenant de façon hypocrite le masque de l’ordre des choses : « En ce début de millénaire, les oligarchies capitalistes transcontinentales règnent sur l'univers. […] Leur pratique quotidienne et leurs discours de légitimation sont radicalement contraires aux intérêts de l'immense majorité des habitants de la Terre. » Il est intéressant de noter la similitude des méthodes employées pour défendre bec et ongles une idéologie dominante contre les forces de changement. Qu'il s'agisse de défendre le capitalisme néolibéral contre d'autres conceptions du partage ou du vivre ensemble, ou de défendre une version étriquée et pervertie de la laïcité à travers la lutte antisectes, les angles d'attaque sont les mêmes.

2003 : Parution du premier numéro du journal Le Monde des Religions en septembre.

En février 2003, Jean-Marie Abgrall, expert psychiatre dans l’affaire de l’OTS, déclare au journal Nice matin : « L'Ordre rénové du Temple (ORT), ancêtre de l'OTS, a été un relais du réseau Gladio, soit l'AMORC, qui aurait contribué au financement du service secret français en Afrique et en particulier ce que l'on a appelé les réseaux Foccart. (…) C'est une vérité qui nous dépasse, qui va jusqu'au secret d'Etat, je m'exprimerai un jour, comme le juge on a tous des versions officielles ! »[163]

Décembre 2003 : La commission Stasi[164] qui avait remis son rapport au Président de la République, le 11 décembre 2003, affirme que : « La liberté de conscience, l’égalité de droit, et la neutralité du pouvoir politique doivent bénéficier à tous, quelles que soient leurs options spirituelles. Mais il s’agit aussi pour l’État de réaffirmer des règles strictes, afin que ce vivre en commun dans une société plurielle puisse être assuré. La laïcité française implique aujourd’hui de donner force aux principes qui la fondent, de conforter les services publics et d’assurer le respect de la diversité spirituelle. Pour cela, l’État se doit de rappeler les obligations qui s’imposent aux administrations, de supprimer les pratiques publiques discriminantes, et d’adopter des règles fortes et claires dans le cadre d’une loi sur la laïcité. »[165]

« (...) Lors de la Commission Stasi, une femme membre de cette Commission, avait proposé qu’une loi rende illégal, en France, les associations non mixtes. Elle prétendait qu’elle en connaît une (naturellement musulmane !) exclusivement réservée aux hommes. Je n’ai d’abord rien dit, pour observer ce qui allait se passer. Eh bien l’idée a paru raisonnable à beaucoup. Il a fallu faire remarquer qu’alors la Commission Stasi allait proposer d’interdire le GOF. Qu’est-il arrivé : on est immédiatement passé à l’ordre du jour. »[166]

2004 : L’affaire MISA (Mouvement pour l'Intégration Spirituelle dans l'Absolu) en Roumanie : « La brutalité de l'action commence le 18 mars 2004 et dépasse tout ce qui est imaginable pour les personnes concernées. Plus de 300 gendarmes accompagnés de procureurs ont attaqué simultanément 16 immeubles où se trouvaient des membres MISA (enseignement du Yoga). Ils ont cassé des portes et des fenêtres bien que les entrées ne présentaient pas d'obstacles. Ils ont frappé et mis à terre avec violence tous ceux qu'ils ont trouvés sur place, les menaçant avec des armes à feu. L'obtention des signatures sur les déclarations dictées par les procureurs s'est fait par la violence. Des biens personnels ont été confisqués sans leur consignation dans le procès verbal de perquisition. Une fois ces gens retenus, leurs avocats ont été empêchés de prendre contact avec leurs clients. »[167]

22 août 2004 : Le journal Le Monde publie un article intitulé L'affaire Marie L. révèle une société obsédée par ses victimes, par Cécile Prieur : « Le crédit accordé d'emblée au récit inventé par la jeune femme, faussement agressée dans le RER, illustre les dérives du processus de reconnaissance des victimes, lancé depuis vingt ans. Cette évolution, analysée par des sociologues, philosophes et historiens, les place désormais au cœur de la démocratie. » L’article mentionnait également une « opinion publique qui confère aujourd'hui à la victime un statut presque sacré ».[168]

Octobre : « La loi About-Picard a rapidement prouvé être plus qu'un simple emblème. En octobre 2004, Arnaud Mussy, un prophète de Néo-Phare, une minuscule groupe apocalyptique de Nantes, fut jugé par le Tribunal Correctionnel de Nantes pour « abus de faiblesse ». Il fut déclaré coupable et condamné à une peine de trois années de prison avec sursis ainsi qu'à une amende de 115 000 euros. » Il est intéressant de lire le détail des événements qui ont conduit à cette condamnation, considérée comme « emblématique » par les acteurs antisectes. Comme le propre avocat de M. Mussy l'a admis: « Il ne s'agit pas d'une condamnation anodine. Elle contient un avertissement très fort ! Nous avons là la première jurisprudence ! »[169]

Décembre : L’AFF (American Family Foundation[170]) change officiellement de nom pour devenir l’International Cultic Studies Association (ICSA, ou Association International pour l’Etude des Sectes)[171].

2005 : Dans le rapport annuel de la MIVILUDES , son président déclare : « L'adoption en 2001 de la loi dite About-Picard a constitué une remarquable avancée de la jurisprudence dans la bataille contre le méfait de l'abus frauduleux et de l'état d'ignorance. »

Le 27 mai 2005, le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin publiait une circulaire relative à la lutte contre les dérives sectaires[172] dans laquelle il est dit : » L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de « secte » tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises (...) le recours à des listes de groupements sera évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères. »[173]

« Par décret du Président de la République en date du 29 août 2005[174], M. Jean-Michel Roulet, préfet, secrétaire général de la Commission consultative du secret de la Défense nationale, a été nommé à la présidence de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Il prendra ses fonctions à compter du premier octobre 2005. »162

« Le 21 octobre dernier, le Ministre de l’Intérieur (Nicolas Sarkozy) qui, en France, à la charge des « cultes » (désignation juridique pour parler des religions) a confié au professeur Jean-Pierre Machelon, qui est un éminent juriste et historien des institutions européennes, la mission de former une Commission pour examiner la loi de 1905 (Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics). »[175]

Octobre 2005 : Les acteurs de la lutte antisectes partagent tous la « croyance » que les comportements humains observés ou supposés dans les groupes spirituels non reconnus sont spécifiques à ces groupes et qu’il conviendrait donc de traiter ce « problème » de façon tout aussi spécifique.

Hormis cette caractéristique commune, les diverses publications des organisations luttant contre « les sectes » laissent entrevoir deux courants distincts. Le premier est celui des associations, telles l’ADFI et le CCMM, dont Anne-Lise Diet, psychanalyste et auteur de quelques articles sur « les sectes », déclare : « Ces associations sont cependant elles-mêmes très vulnérables, pour des raisons qu’elles ne se sont pas toujours donné les moyens de penser, car elles ont hésité à se professionnaliser. Ayant affaire à l’emprise perverse et au délire, elles sont marquées par la souffrance des bénévoles, qui ont pour la plupart perdu un enfant, un parent, un conjoint dans une organisation, et sont constamment dans la dramatisation opérée par les témoignages qu’ils reçoivent. Pour ce que nous en avons connu, elles ont refusé la théorisation nécessaire que seule la psychanalyse était capable de leur fournir, dénié le travail de supervision des équipes, répudié que le sujet qui sombre dans une organisation l’a, dans un premier temps consenti, et que c’est ce consentement qu’il convient d’analyser. Ces dernières assertions sont ressenties par les associations comme un amoindrissement des graves attaques perverses dont les adeptes sont l’objet par les organisations, et viendraient affaiblir la responsabilité de ces organisations. La tentation de la réification du mal est le danger majeur de la lutte contre les organisations sectaires, dont l’effet le plus pervers est de leur donner du coup un pouvoir et une importance considérables. (…) L’introduction de professionnels dans le champ du bénévolat aurait pour avantage (…) de sortir d’emblée du discours unifié, certes vertueux, mais qui court le risque de s’opposer frontalement et en miroir à celui de l’organisation sectaire et ce qui permettrait de travailler plus en profondeur la réponse à la demande des anciens adeptes. »[176] Le second courant est donc celui des « professionnels » et une déclaration, toujours d’Anne-Lise Diet, nous révèle en quoi les membres de ces groupes spirituels non reconnus relèveraient de leur autorité : « Nous faisons un sort rapidement au désir de spiritualité souvent invoqué pour expliquer l’adhésion à une organisation sectaire. Le « désir de spiritualité » peut trouver dans nos sociétés de solides institutions qui ont fait leurs preuves. Si ces patients ne choisissent pas de faire cette démarche exigeante, c’est que ce n’est pas de spiritualité dont il est question, mais d’une demande de trouver à l’extérieur d’eux-mêmes des solutions à leur malaise. Ce qui est la voie royale pour le leader et son organisation. »[177]

Dans un colloque national organisé en octobre 2005 par le GEMPPI à Marseille sur le thème : « Les refus de soins pour causes idéologiques »[178], ces différences d’approche apparaissent assez clairement entre les discours des membres d’associations antisectes et les professionnels (psychothérapie, psychiatrie, philosophie) qui étaient invités à présenter leur point de vue. Leurs déclarations semblent plus nuancées et offrent parfois des éléments pour universaliser la réflexion, sortant ainsi du cadre « secte ou pas secte » pour entrer dans le champ, plus vaste, de ce qui peut ou non sembler « raisonnable » et s’appliquer à toute personne, dans le cadre de la loi.[179]

« Le 22 décembre 2005, un témoin de Jéhovah et ancien avocat qui avait été condamné pour diffamation envers l’UNADFI obtient réparation à Strasbourg. Dans un arrêt[180] rendu à l'unanimité des juges, la Cour Européenne des Droits de l'Homme estime que le requérant a été victime d'une violation de son droit à la liberté d'expression. Elle condamne la France à lui verser 6.900 euros pour dommage matériel. Christian Paturel, qui est âgé de 58 ans et qui réside dans l'Eure, avait publié en 1996 à compte d'auteur un ouvrage intitulé « Sectes, religions et libertés publiques ». Il y dénonçait en termes virulents les mouvements antisectes, et l'UNADFI en particulier, qu'il comparait aux mouvements antisémites et antimaçonniques d'avant-guerre, voire à l'Inquisition, et qu'il accusait de pratiquer la violence pour « déprogrammer » certains adeptes. »[181]

2006 : « Manifestement on est en train d'accéder à un autre rapport au monde et aux autres, actuellement, nous passons dans un autre type de civilisation, on est en train de quitter ce qu'on a pu appeler la modernité, qui s'était élaborée, comme cela, péniblement dans les trois siècles qui viennent de s'écouler, et qu'il y a en effet quelque chose qui est en train de se mettre en place de notre rapport aux autres. Dans le fond c'est ça, la religion, la religiosité. Un de mes collègues parle même de reliance, dans le sens simple du terme. De plus en plus, ce qui est primordial, c'est de me relier à l'autre, du fait que je me relie à la nature, à la déité, d'une manière vaste ou vague. (…) Ce qu'on peut dire et qui est essentiel c'est qu'il y a retour de ce qu'on avait cru dépasser. » (Interview de Michel Maffesoli, sociologue, par le CICNS le 16 janvier 2006.)[182]

« Je le vois davantage comme un meurtre collectif. Je rejette formellement la thèse du suicide collectif décidé par tous – cette idée est du pur cinéma. » - déclare Bernard Geiger, Commissaire de police, canton du Valais (Suisse), ayant participé à l’enquête sur la mort des membres du Temple Solaire. (Extrait du documentaire d’Yves Boisset, Les mystères sanglants de l’OTS, diffusé sur France 2 le 2 février 2006 à 22h55.)

Février : La rocambolesque garde à vue d'Antoine Faivre, professeur émérite à la Sorbonne, historien célèbre et auteur de livres sur les mouvements spirituels ésotériques et philosophiques en Europe depuis le XVIe siècle : « Ma garde à vue est survenue en réponse à un livre auquel j'avais participé. Ce livre (Pour en finir avec les sectes) contestait le Rapport Guyard, notant qu'il affichait une connaissance superficielle, irresponsable et inexacte des groupes (spirituels minoritaires ndlr) en France. Le rapport Guyard ne proposait aucun critère satisfaisant (en particulier universitaire) pour reconnaître les caractéristiques de ce qu'il appelait une « secte » et de nombreux groupes se sont alarmés de se trouver, sans aucune consultation préalable, sur sa liste de pas moins de 172 dites « sectes ». En effet, la plupart des groupes répertoriés étaient ce que nous considérions comme des NMR (Nouveaux mouvements religieux ndlr) inoffensifs. Dans l'introduction au chapitre que j’ai écrit pour ce livre, je m’étais plaint du fait qu’en particulier, aucun expert n’avait été consulté dans l'élaboration du rapport. J'avais remarqué qu'il était évident qu'aucune des personnes auditionnées n’étaient des universitaires – aucun des experts compétents (sociologues, historiens des religions, etc.) dans le domaine. (…) Il arriva ainsi qu’à 6h30 un matin, après la publication de Pour en finir avec les sectes, j'ouvre ma porte pour trouver la police (un lieutenant et deux de ses collègues) venue recueillir un document que j'étais censé avoir en ma possession, à savoir un morceau de papier sur lequel serait écrit les noms des personnes auditionnées. La raison de cette visite inattendue, me dirent-il, était qu’un ou plusieurs des députés en charge du rapport avait conclu que l'un d'entre eux avait donné la liste des noms des personnes auditionnées – trahissant ainsi le « secret » de qui étaient ces personnes. »

Belgique, 10 avril 2006 : sur proposition de Mme Laurette Onkelinx, Ministre de la Justice, le Conseil des Ministres a approuvé l'avant-projet de loi visant à réprimer l'abus de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse des personnes.

Mai : Parution du livre de Jean-Luc Martin-Lagardette, L’information responsable, un défi démocratique. La critique des médias et des journalistes prend chaque jour de l'ampleur. Les contraintes économiques et publicitaires, les bouleversements technologiques et la demande sociétale s'imposent à la presse avec une intensité jamais atteinte. Au point d'impact de ces tendances lourdes : l'Information. Comment se construit-elle ? Quel crédit lui accorder ? Dans quelles conditions les journalistes travaillent-ils à son élaboration ? Et quelle est la place laissée aux citoyens dans ce processus ? Jean-Luc Martin-Lagardette nous offre de mieux comprendre les rouages de la profession de journaliste. Il propose également des mesures concrètes destinées à favoriser l'avènement d'un journalisme citoyen et d'une information responsable. Ces mesures permettraient de rendre à la presse une crédibilité aujourd'hui chancelante et de légitimer le rôle capital qu'elle joue au sein de la société démocratique. Jean-Luc Martin Lagardette est journaliste indépendant, professeur de journalisme et auteur de plusieurs ouvrages sur le journalisme et l'environnement.

30 mai 2006 : Jeanine Tavernier, ancienne présidente de l'UNADFI de 1993 à 2001, défend la liberté spirituelle de l'AMORC, dans la préface d'un ouvrage de Serge Toussaint, Sectes sur ordonnance : « C'est pour rester fidèle à moi-même, à mes convictions, refusant le silence et la lâcheté, que j'ai accepté de m'associer à ce livre qui dénonce l'injustice dont l'A.M.O.R.C. a été victime en ayant été classé comme sectes. Les explications de l'auteur, son érudition, permettent de mieux connaître et comprendre les racines de cet Ordre, son évolution, son enseignement, sa philosophie. A l'évidence, il n'a rien d'un Nouveau Mouvement Religieux, et encore moins d'une secte. Mais il a suffi qu'une commission parlementaire, ou plutôt quelques députés d'une commission, le mettent à l'index dans un rapport, pour que l'opprobre, relayé par l'emballement médiatique, devienne une condamnation publique. »[183]

6 juin 2006 : « C'est non ! Sébastien Fath, l'un des meilleurs spécialistes du protestantisme évangélique, a décliné le poste que lui proposait la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) dans son conseil d'orientation. Ce membre du CNRS refuse de servir de caution scientifique à un organisme qui, selon lui, fait « un usage trop réduit, et comme suspicieux, des travaux des chercheurs spécialisés » dans le religieux. »[184]

30 juin 2006 : Une réponse de Philippe Vuilque, député PS des Ardennes, à la question posée par le journal La Croix, Pourquoi à nouveau une commission sur les sectes ? : « Depuis une vingtaine d'années, le Parlement s'intéresse de près aux sectes. Il était important de continuer ce travail, en particulier après l'affaire du Temple solaire en 1995, surtout concernant le problème dramatique de l'embrigadement des enfants. Aujourd'hui, la vigilance est nécessaire et indispensable. Selon le rapport établi par la MIVILUDES en 2005, près de 20 000 enfants sont concernés. Le groupe d'études parlementaire que je préside recueille des témoignages dramatiques. Mon propre engagement depuis 1997, date à laquelle j'ai intégré le premier groupe de travail, est né d'un dégoût, d'une exécration pour les manipulations, et de la volonté de défendre les libertés individuelles. Dans ce sens, le Parlement doit, de manière pédagogique mais aussi préventive, avoir une action concrète et efficace. Ce que nous voulons, c'est aboutir à un état des lieux qui nous permettra à la fois de mieux lutter contre les embrigadements sectaires et d'informer l'opinion publique. Car si le phénomène sectaire n'est pas forcément plus important qu'avant, il est très mouvant. »[185]

« Le 28 juin 2006, la proposition de résolution de M. Philippe Vuilque « tendant à la création d'une commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs » a donc été adoptée à l'unanimité des députés présents. Soit deux jours avant la fermeture estivale de l'Assemblée nationale. Tout a été fait pour que, sous la pression d'un député, M. Philippe Vuilque (PS), qui, selon les termes de Mme Martine David (PS) a réussi à « arracher la création de cette commission d'enquête » et « n'a pas ménagé sa peine pour emporter la conviction », cette résolution adoptée dans l'urgence au point de « bousculer l'ordre du jour de l'Assemblée », soit votée à l'unanimité, « unanimité dont nous sommes sûrs, au fond », selon M. Guy Geoffroy (UMP). »[186]

« PARIS – Georges Fenech (UMP, Rhône) et Philippe Vuilque (PS, Ardennes) ont été désignés jeudi respectivement président et rapporteur de la commission d'enquête sur l'influence des sectes, lors de la réunion constitutive de la commission, a-t-on appris de source parlementaire. La commission a été créée en séance publique mercredi et elle a jusqu'à décembre pour rendre son rapport. Martine David (PS, Rhône) et Alain Gest (UMP, Somme) ont été nommés vice-présidents, et Jean-Pierre Brard (app-PCF, Seine-Saint-Denis) et Rudy Salles (UDF, Alpes-Maritimes) secrétaires. Les six députés, à l'exception de Georges Fenech, ont participé soit à la précédente commission d'enquête sur l'aspect financier des sectes, qui a rendu son rapport en juin 1999 et dont M. Brard était le rapporteur, soit à celle présidée par Alain Gest, qui avait rendu son rapport en décembre 1995. » (AFP, 28 juin 2006)

« Une commission d’enquête parlementaire sur le thème des sectes (la troisième en 11 ans) a été initiée en juin 2006 par le Parlement. Elle vise à évaluer « l'influence des mouvements à caractère sectaire et les conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs ». Aucun des groupes spirituels « à caractère sectaire » n’a été auditionné. Certains d’entre eux ont reçu un questionnaire dont on ignore les modalités de dépouillement. En particulier, la focalisation de nombreuses interventions sur les Témoins de Jéhovah laisse perplexe. Les personnalités entendues étaient majoritairement acquises à un discours justifiant pleinement la lutte contre des « dérives sectaires » considérées comme un véritable fléau social. A noter : l’absence de sociologues, d’historiens des religions et d‘ethnologues. L’intervention de Didier Leschi, chef du Bureau Central des Cultes au Ministère de l’Intérieur, mérite d’être mentionnée comme ayant été potentiellement de nature à équilibrer un débat partiel et partial. Un certain nombre d'autres intervenants ont su également avoir des propos assez mesurés souvent mal reçus par la commission. Les preuves du danger sectaire – un prétendu fléau social pour les mineurs -, sous forme d’enquêtes scientifiques, statistiques, croisées et vérifiables par des tiers indépendants, étaient inexistantes ou en tous cas non référencées lors des auditions. Les chiffres fournis pendant les auditions étaient approximatifs et leur interprétation aléatoire, voire insuffisante, quand ils ne dénotaient pas tout simplement le caractère inexistant de ce problème de société. »[187]

Parmi les trente membres de cette commission, quatre (Madame David, Messieurs Brard, Fenech et Gest) étaient membres du Conseil d’orientation de la MIVILUDES.[188]

23 juillet 2006 : Communiqué de presse de Michel Thooris, secrétaire général du syndicat Action Police CFTC : Le député maire communiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Jean-Pierre Brard s'en est pris aux responsables des Témoins de Jéhovah, jeudi 20 juillet sur TF1, les qualifiant de « parfaits délinquants » tandis que le maire de Lens (62) souhaitait faire interdire leur assemblée qui se tient ce week-end au stade Bollaert à Lens (Pas-de-Calais). « Les Témoins de Jéhovah sont des citoyens respectueux des lois républicaines. II n'y a aucun critère dans leur vie de tous les jours qui permet de les classer « secte » estime Michel Thooris, secrétaire général du syndicat Action Police CFTC. Ils ne créaient aucun trouble à l'ordre public. Ils travaillent, paient des impôts, participent au développement économique de notre pays et font des dons à des associations caritatives. Le mélange de ces personnes issues de toutes les races et de toutes les origines se rassemblant dans la paix fait plaisir à voir. Nous n'avons jamais constaté lors de leurs rassemblements, même si l'on remonte très loin dans le temps, la moindre bagarre ou altercation qui aurait justifié notre intervention. Si tout le monde était Témoin de Jéhovah, nous policiers, nous serions au chômage. Nous comprenons mal la polémique autour du rassemblement des Témoins de Jéhovah au stade Bollaert à Lens (62). Vouloir interdire ce type de rassemblement pacifique est une très grave atteinte à la liberté de culte dans notre pays et une remise en cause très profonde de la loi de 1901 sur les associations. (…). »[189]

« Le 6 septembre 2006, une lettre est adressée par le CICNS au Commandant du groupement de gendarmerie de chaque département français, pour inviter les forces de l'ordre à découvrir un autre point de vue sur les mouvements spirituels que celui dont ils ont généralement connaissance. Le CICNS informe que le « fléau social » dénoncé par les activistes de la lutte antisectes ne correspond généralement à aucune réalité objective sur le terrain, et que nous sommes déterminés à dénoncer les abus quand il y en a. »[190]

Le rapport 2006 de la MIVILUDES mentionne pour la première fois le CICNS: « Originalité de ce rapport sans surprise sur le fond (nous n’en attendions donc pas) : la MIVILUDES s’essaye, pages 14 à 36, à une étude psychanalytique et sociologique des travers attribués aux sectes. Il est clair que certains reproches adressés ces dernières années à la MIVILUDES ne sont pas tombés dans l’oreille de sourds et qu’une tentative de donner une image plus académique et moins antireligieuse primaire leur est apparue indispensable. La MIVILUDES s’est donc façonné un joli paravent (reproche que l’on fait volontiers aux sectes) devant sa campagne menée sans discernement contre toutes les nouvelles expressions de la spiritualité et non contre les dérives sectaires, comme elle voudrait le faire croire (s’il en était autrement, la MIVILUDES aurait pris à son compte les mises en garde que nous lui adressons depuis près de trois ans sur les dommages causés à de nombreuses personnes par la campagne antisectes telle qu’elle est menée aujourd’hui). Cette quête d'une meilleure image serait louable s'il n'y avait cette tentative de discréditer de la manière la plus superficielle et la plus diffamatoire le son de cloche apporté par les critiques de l’action de la MIVILUDES comme le CICNS. On trouve ainsi cette affirmation au sujet de notre association : « Le CICNS mène campagne … pour la libéralisation du droit de propriété intellectuelle » et « sa cible principale est le droit d’auteur ». Quelle plaisanterie douteuse ! Comme si l’action de notre association était concernée en priorité par cette question dont nous avons fait un petit encart hors sujet à l’occasion d’un litige de copyright. Il est sans doute plus fructueux, pour la MIVILUDES , de définir le CICNS à partir de propos pris hors contexte de son action véritable (en y réfléchissant, ce petit tour de passe-passe qui réduit l'action du CICNS à une absurde « lutte contre les droits d'auteurs » et dont l'effet serait dommageable pour « le tissu économique » n'est sans doute pas un hasard et nous éclaire certainement sur les craintes et objectifs de la mouvance antisectes). Plus loin, la traditionnelle affiliation à la Scientologie[191] permet d’ajouter une couche de suspicion pour ceux qui auraient encore des velléités de trouver un quelconque intérêt à notre travail : « La scientologie n’apparaît pas en première ligne, mais l’analyse attentive des arguments utilisés et des méthodes déployées (…) contre la commission d’enquête parlementaire laisse à penser qu’elle les a beaucoup inspirés… et plus si affinités ».

« La commission Machelon a rendu son rapport mercredi 20 septembre. Elle préconise un « toilettage » de la loi de 1905 portant séparation des Eglises et de l'Etat : 1. Elle se prononce pour un financement des lieux de culte par les collectivités territoriales ; 2. Elle propose d'assouplir le fonctionnement des associations cultuelles en élargissant leur objet social par une modification de l'article 19 de la loi de 1905 qui préconise l'exercice du culte comme « objet exclusif », ce qui rend difficile d'intégrer des activités annexes telles que vente de livres, activités sociales ou culturelles ; 3. Elle traite ensuite de la législation funéraire : plutôt que de préconiser l'extension des carrés confessionnels dans les cimetières publics, elle suggère « d'autoriser l'agrandissement » des cimetières privés existants, voire « d'ouvrir la faculté d'en créer de nouveaux », ce qui est interdit par la loi du 14 novembre 1881. » (adapté d’un article du journal Le Monde, 21 septembre 2006)[192]

« Le rapport Machelon nous rappelle que le dernier recensement officiel de l’appartenance religieuse des Français remonte à 1872. »[193]

« Silence total de la France tandis que le gouvernement de l'Etat de Borat dans le Kazakhstan détruit 13 maisons d'une communauté Hare Krishna. Le 20 novembre à 6h du matin, une personne anonyme remit un dossier contenant des ordres du procureur du tribunal du district de Karasai. Ces ordres déclaraient que les propriétaires des maisons devaient détruire leurs propres maisons, ou qu'elles seraient détruites par le gouvernement aux frais des propriétaires. « Le 21 novembre 2006 à 13 h l'information nous parvint qu'en vertu d'une décision du tribunal, l'expulsion des membres de l'organisation spirituelle « Société pour la Conscience de Krishna » du terrain qu'elle occupe près de la ferme de Sri Vrindavan Dham et la démolition de 13 maisons commenceraient immédiatement. (…) Un équipement important arriva dans cette communauté suburbaine : camions, machines de démolition, trois autobus avec des policiers d'émeute, un autobus avec l'équipe de démolition et les autorités locales, y compris le Hakim. L'électricité avait été déconnectée le matin du même jour. (…) A la tombée de la nuit, vers 18 h, tout était fini : 13 maisons détruites, les gens jetés à la rue couverte de neige, le village sans électricité, sans chauffage, sans eau. Les témoins étaient en état de choc, mais l'état des personnes jetées hors de leurs maisons détruites, dans la saleté et la neige, est indescriptible. »[194]

« Le 21 novembre 2006, la troisième commission d’enquête parlementaire sur les sectes[195], étudiant l’impact des dérives sectaires sur les mineurs, rendait une visite surprise de trois heures à la communauté (de Tabitha’s Place, à Sus, dans les Pyrénées-Atlantiques) qui donna lieu, lors de la conférence de presse de 18h le jour même, à un compte-rendu alarmiste sur la situation des enfants dans la communauté. »[196]

Le rapport de la troisième commission d’enquête (L’Enfance volée, rapport N°3507[197]), présenté par M. Philippe Vuilque (PS), rapporteur, à la présidence de l’Assemblée Nationale le 12 décembre 2006 a été adopté à l’unanimité des présents. Il comporte 50 propositions pour lutter plus efficacement contre la menace de ce prétendu « fléau social ».

Un député membre de cette commission, M. Christian Vanneste (UMP), a refusé de voter le rapport. Dans une « contribution au rapport de la commission d’enquête, publié sur son blog le 6 décembre 2006, M . Vanneste explique notamment : « Il faut toutefois émettre quelques réserves qui, je l’espère, permettront d’approfondir la réflexion, et notamment sur un problème de fond que j’avais déjà souligné lors de nos réunions : la secte n’est pas définie sur le plan juridique. Les mots ou expressions « sectes », « dérive sectaire », « fait sectaire », sont utilisés sans différentiation et recouvrent des situations et des personnes les plus diverses. Finalement, une confusion est entretenue. L’absence de définition conduit à la fois à une conception trop large qui embrasserait des mouvements religieux minoritaires dénués de la moindre nocivité et exclurait paradoxalement des dérives thérapeutiques qui se situent davantage dans le domaine des médecines alternatives.

(…) Je m’inquiète, dans la partie « Education », de la première proposition relative à l’instruction à domicile : il me semble que « limiter l’instruction à domicile à deux familles » et exiger « un recours à l’enseignement à distance » constituent une intrusion dans l’autonomie de la famille et dans la vie privée. Au même titre que lorsque le rapport exige une certaine « moralité » dans les organismes à distance, il m’apparaît utile de définir la notion au préalable pour une meilleure sécurité juridique.

J’aimerais donc rappeler ma proposition de s’inspirer de la législation belge qui, faisant preuve d’un certain bon sens, lorsqu’elle parle des sectes, distingue les mouvements nuisibles des autres. (...) En outre, il convient de mieux circonscrire les dangers effectifs quant à la santé morale, mentale, psychologique et matérielle de l’enfant. Les propositions numéros 21 et 22, qui prévoient la mise en place de thérapeutes spécialisés afin de prendre en charge les sortants de secte et la constitution d’une monographie sociale sanitaire des conséquences de l’appartenance des jeunes à des organisations sectaires, me paraissent créer certains dangers. Il s’agirait en fin de compte d’une atteinte à la neutralité de l’Etat face au fait religieux. De ce point de vue, la contradiction du rapport qui cite les mouvements à exigence morale forte et ceux à transgression, relèvent de l’ambiguïté et de la subjectivité. La potentialité du danger laisse apparaître le risque d’une attitude de suspicion difficilement compatible avec une société démocratique et libérale. »[198]

Décembre : « Un groupe de journalistes, soucieux de l’avenir de leur profession confrontée à une grave crise de crédibilité, a décidé de réfléchir à la faisabilité d’un Conseil de presse en France, en créant l’Association de préfiguration d’un Conseil de presse (APCP). (…) Les critères de qualité de l’information qui serviront à l’analyse des dossiers qui seront examinés à titre expérimental par l’APCP seront extraits des différentes chartes déontologiques existantes, de diverses réflexions en cours, ainsi que des travaux d’auteurs ayant étudié la question. »[199]

2007 : Janvier : Sortie du premier volet du documentaire en trois parties du CICNS[200], La France antisectes : état des lieux – Plaidoyer pour les libertés individuelles. Cette première partie donne un aperçu des tenants et aboutissants de la lutte antisectes en France depuis son origine jusqu’au rapport parlementaire de 1995. Des mots clés, des faits peu connus, un historique troublant et éclairant à la fois. Les thèmes suivants sont en particulier abordés : l’émergence de nouvelles formes de spiritualités ces dernières décennies ; des exemples de discriminations, l’ostracisation de groupes et de personnes pour leur choix de vie alternatifs ; les drames de Guyana, Waco, l'OTS décrits « officiellement » comme des suicides collectifs ; la création de l'ADFI et le soutien de l’Etat aux associations antisectes ; la théorie de la manipulation mentale ; la commission d’enquête parlementaire de 1995 et sa liste noire de sectes.

« Sur l'initiative du président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et contre l'avis du gouvernement, les députés ont voté, jeudi 11 janvier, dans le cadre d'un projet de loi sur le médicament, deux amendements visant à rendre obligatoire une formation universitaire exclusive pour les professionnels pratiquant la psychothérapie. »[201]

« Le 17 janvier 2007, 40 gendarmes lourdement armés (mitraillettes, gilets pare-balles et surgissant dans les chambre des enfants dans ces tenues guerrières, selon un résident) investissent le château de la Balme dans la banlieue toulousaine. Un psychologue, Claude David, est dans le collimateur de l'antisectarisme local depuis 15 ans. »[202]

Sortie du livre Le temps des victimes, aux Éditions Albin Michel, dans lequel « Caroline Eliacheff, psychanalyste, et Daniel Soulez Larivière, avocat, croisent leurs expériences et leurs disciplines pour démonter et explorer ce courant qui a émergé dans les années 80 sur tous les fronts et se nourrit de l'idéal égalitaire et de l'individualisme démocratique. Ils dénoncent les dangers que nous fait courir ce primat du compassionnel et de l'émotionnel qui, parfois déjà, affecte l’intérêt des victimes et pourrait se retourner contre la société tout entière. » (4e de couverture)

Mars : L'affaire « Gettliffe » défraye la chronique. Nathalie Gettliffe, française, est en conflit ouvert avec son ex-mari canadien Scott Grant qu'elle accuse d'être dans une secte et de l'empêcher de voir ses enfants. Elle est condamnée par la justice canadienne pour avoir enlevé sans autorisation ses enfants afin de les ramener en France.[203]

Le CICNS publie un reportage montrant comment, par le biais de la psychose créée depuis 25 ans en France, la chasse aux sectes fournit une arme imparable (mais injuste) dans les jugements de divorce. Ce reportage présente quelques témoignages qui révèlent la souffrance de centaines de personnes victimes d'une vengeance rendue facile ainsi que l'inacceptable complicité des médias et de certains magistrats dans des affaires qui demanderaient beaucoup plus de circonspection. Des affaires médiatisées, comme celle de Mme Gettliffe, montrent à quel degré l'opinion publique est manipulée au point de condamner sans discernement dès que le mot « secte » est évoqué.[204]

CLIMS : Le CICNS était invité à s'exprimer à la conférence « Dialogue en mouvements » du Centre de liaison et d'information concernant les minorités spirituelles (CLIMS), à Lausanne. Cette journée a montré entre autre que la question de la place des minorités spirituelles est européenne. Cette question est légitime puisqu'elle correspond à une réalité sociologique d'importance. Les réponses apportées diffèrent grandement, la France étant l'exemple à ne pas suivre, une sorte de point de référence en négatif puisque, ici, cette question n'a été abordée que sous l'angle de la lutte. Ces échanges européens entre associations partageant les mêmes objectifs de défense de la liberté de conscience dans un cadre légal seront assurément fructueux. Il ne fait pas de doute que les pays européens capables d'appliquer le principe de laïcité autrement que dans les discours pourront (devront) avoir, dans le cadre européen, une influence positive sur le débat français.

Présentation au gouvernement du projet phare du CICNS qui se propose de démontrer l’intérêt d’un Observatoire indépendant des minorités spirituelles, en réponse à une action publique dénommée « lutte contre les dérives sectaires » et jugée inadéquate par de nombreux témoins de notre société. Il convient de noter qu’un tel Observatoire concorde avec la Recommandation 1412 du 13 avril 1999, votée le 22 juin 1999 par le Conseil de l'Europe, invitant les pays membres à créer ou à soutenir, si nécessaire, des centres nationaux ou régionaux d'information sur les groupes à caractère religieux, ésotérique ou spirituel qui soient indépendants de l'État. [205]

JO de Pékin Le ministre chinois de la Sécurité publique a appelé les services de sécurité à intensifier la répression contre les « forces hostiles » (sectes religieuses et mouvements séparatistes) pour créer une « société harmonieuse » avant les Jeux olympiques.[206]

Avril : Le rapport 2006 de la MIVILUDES, ainsi que les contacts que le CICNS pu avoir avec les services de la MIVILUDES, « démontrent sans ambiguïté cette « détermination à ne pas reculer d'un pas » apparentée, de notre point de vue, à un « aveuglement volontaire ». Une campagne n’est jamais menée par hasard et si nous n’en connaissons pas toutes les intentions, sa constance dans le déni des informations apportées par le CICNS confirme année après année qu’il s’agit bien d’une campagne de destruction au large spectre d’action. Il serait utopique d'espérer une quelconque remise en question de ce côté-là. »[207]

Justice : Les propos d'Anne Fournier et Catherine Picard contre l'AMORC dans leur livre Sectes, démocratie et mondialisation, paru en 2002 aux Presses Universitaires de France, sont jugés diffamatoires par la Cour de Cassation.

Mai : Dimanche 6 mai 2007 : Nicolas Sarkozy est élu Président de la République française, avec 53 % des voix contre 47 % pour Ségolène Royal. Il n’avait pas répondu au questionnaire envoyé par le CICNS afin de solliciter de sa part une déclaration d’engagement[208] à l’égard des minorités spirituelles en France.

« 300 à 400 salariés se suicideraient en France chaque année sur leur lieu de travail. Impossible de ne pas faire le rapprochement entre souffrance et situation professionnelle. Tout en explorant cette piste, les cliniciens font part de leurs inquiétudes sur ce phénomène dangereusement banalisé. » La presse commence à se faire plus fréquemment l’écho des suicides des salariés dans les grandes entreprises (EDF, puis France Telecom, Renault, PSA Peugeot-Citroën…).[209]

Des parlementaires se préoccupent de la pratique du massage par des thérapeutes non-diplômés et créent un amalgame entre massage, sectes et « dérives sexuelles »... Un nouveau cheval de bataille ?[210]

Juin : Trois jours avant les élections législatives, Georges Fenech dénonce dans une dépêche AFP « les liens » existant entre le parti La France en action, qui présente 475 candidats aux législatives, et « des organisations à caractère sectaires ». Ainsi, le mot « secte » continue à être utilisé pour discréditer facilement toute personne ou tout groupe dérangeant.[211]

Bordeaux : Un congrès sur les « mutations du champ religieux » organisé du 7 au 9 juin à l’Université Bordeaux 3 « suscite les craintes d'organisations antisectes bordelaises qui redoutent une banalisation de certaines mouvances sectaires dans l'enceinte universitaire ». Toute évocation de la spiritualité, au travers de colloques ou de conférences, produit immanquablement une levée de boucliers dans les rangs de l'antisectarisme en France. Les universitaires en font les frais dès qu'ils s'intéressent à l'étude des nouveaux mouvements religieux. Le message est clair : il est interdit de se pencher sur la question autrement que par l'agression et le rejet. Le harcèlement incessant des activistes de l'antisectarisme, qui sentent le monopole de ce sujet leur échapper, est une des grandes plaies de notre démocratie.[212]

Kénya : « Une unité paramilitaire de la police de Nairobi tue 37 membres d’une « secte », Mungiki. Les titres des dépêches de l’AFP, repris par nos quotidiens (Libération : « Le Kenya cible une secte sanguinaire »[213]) et lus rapidement par nos concitoyens, laissent entendre qu’il s’agit d’un groupe terroriste réprimé par la police d’un état de droit. Après lecture d’un article du Monde diplomatique[214] offrant un autre éclairage, il semble que l'instrumentalisation du mot « secte » soit à l'œuvre, là-bas comme ici, et permette d'éviter de traiter les questions de société. »

L'UNADFI, par la voix de Jean-Pierre Jougla, s'est adressée au Conseil de L'Europe le 28 juin 2007. Extrait (traduit de l'Anglais par le CICNS) : « Les adeptes des sectes sont des victimes chroniques qui subissent une victimisation prolongée et répétée pendant un laps de temps indéfini et avec de multiples traumatismes. Ils sont toujours (quelle que soit la secte) victimes d'une influence excessive et leur état de faiblesse est abusé. Contrairement aux victimes courantes d'agressions tangibles, visibles ou soudaines, causées par un tiers, les adeptes de sectes ne sont pas conscients de leur état de victime ni de l'influence mentale dont ils sont l'objet. On peut donc affirmer qu'ils sont privés de la lucidité nécessaire à leur libre consentement... »[215]

AMORC : Incendie, une enquête a été ouverte après le feu qui a ravagé dans la nuit un bâtiment de l'AMORC. « C'est un acte délibéré contre notre organisation », estime un membre toulousain de l'association.[216] 

Juillet : Anne Hidalgo est déboutée par la 17ème Chambre correctionnelle suite à sa plainte contre Christian Cotten, président de Politique de Vie. Cette plainte faisait suite à la mise en ligne par ce dernier d'un tract signé par un Comité de soutien à Anne Hidalgo, celle-ci contestant tout lien avec la production de ce tract. La défense d'Anne Hidalgo avait plaidé que faire allusion à cette carte, ainsi qu'à une liste de symptômes permettant d'identifier les membres des nouvelles croyances (« Nombreux appels téléphoniques », « courrier abondant », « réunion en semaine ou le week-end », « long temps de lecture », etc.) « ridiculisait l'action menée par la ville de Paris ».

Trente gendarmes pour une interpellation dans une communauté de vie à Lisieux : Une nouvelle affaire dite de « secte » où l'on voit 30 gendarmes perquisitionner une communauté, saisir des livres « à caractère plus ou moins religieux » et mettre 15 personnes en garde à vue après que la justice ait été interpellée par une ADFI à la suite de la plainte d'un « apostat ». L'instruction judiciaire démarre en utilisant la loi dite « About-Picard » sur l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse, se réjouit Catherine Katz, secrétaire générale de la MIVILUDES.[217]

« Le Vatican va publier un document réaffirmant que l'unique Église du Christ est l'Église catholique », révèlent vendredi 6 juillet plusieurs médias italiens.[218]

« La Cour d'appel de Rouen a condamné mercredi la présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (UNADFI), Catherine Picard, à verser 6 750 euros aux Témoins de Jéhovah pour diffamation, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. » (AFP, Rouen, 20 juillet 2007)

« Selon une dépêche de l'AFP du 31 juillet 2007, Madame la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, envisage une adaptation du statut des cultes sans toutefois remettre en cause la loi de 1905 sur la laïcité. Il s'agira de « permettre l'établissement d'un flux financier entre les associations cultuelles régies par la loi de 1905 et les associations relevant du régime de la loi de 1901 ».[219]

Août : « Le 2 Août, La Coalition pour Enquêter sur la Persécution du Falun Gong a officiellement annoncé la création du mouvement « la flamme olympique pour les droits de l’homme ». Elle sera allumée en Grèce le 9 Août. En un an, elle parcourra les 5 continents pour montrer comment le parti communiste chinois va à l’encontre de l’esprit olympique en violant les droits de l’homme et elle fera appel à la communauté internationale pour mettre fin à la persécution du Falun Gong et aux prélèvements d’organes dont ses pratiquants sont victimes. »[220]

Septembre : Sortie du 2e volet du documentaire en trois parties du CICNS[221]. La suite de l’enquête du CICNS sur la chasse aux sectes. Un reportage de 52 minutes qui nous introduit profondément dans les rouages de l’ « antisectarisme » et ses effets désastreux. A travers des exemples précis de groupes et de personnes subissant de plein fouet et dans l’indifférence générale les rumeurs infondées de dangerosité qui sont le ferment de la lutte antisecte, cette deuxième partie analyse les rouages de l’action publique dans son combat pour sauver les « victimes de sectes ». Les thèmes suivants sont en particulier abordés : La troisième commission d’enquête parlementaire sur les sectes : la révélation des chiffres et d'une supercherie ; le regard des sociologues sur la dangerosité supposée des minorités spirituelles ; l’absence de démarche de connaissance de la part des pouvoirs publics pour traiter la question des dites sectes ; des victimes bien réelles de la psychose antisecte témoignent devant notre caméra : arrestations violentes et arbitraires, vies détruites, réputations ternies, enfants brutalisés et traumatisés, discriminations au quotidien.

« Le soutien tous azimuts des associations financées en partie par l’État et du Président de l’Assemblée Nationale à deux personnes accusées de diffamation par un mouvement spirituel, si les activistes antisectes s’en réjouissent évidemment sur la place publique, confirme pourtant les sérieux glissements d'un État de droit, d'une démocratie et de ses institutions. »[222]

Selon une enquête réalisée en exclusivité pour Psychologie magazine par BVA, la spiritualité prend le relais des religions. Les français donnent de la spiritualité une définition plus éthique (valeurs morales, amour) ou philosophico-mystique (vie intérieure, beauté de la nature, mystère de l'existence, sagesse) que religieuse, au sens d'être relié à un dieu, une foi, une religion révélée.[223]

30 septembre : « Plus d'une centaine de personnes sont venues assister au colloque organisé par le CICNS à Paris sur le thème : « Sectes : fléau social ou bouc émissaire ? » C'est un thème d'actualité difficile car il dérange. Il trouble le confort précaire d'une société qui fixe son idéologie sur la peur de celui qui est différent. Les intervenants présents : sociologues, historiens, avocats, de France, du Royaume-Uni, de Belgique et de Suisse sont depuis longtemps engagés dans la défense des libertés fondamentales et en particulier de la liberté de conscience et la liberté spirituelle. Leur travail universitaire, leurs actions juridiques se déroulent dans un contexte souvent hostile. Beaucoup n'hésitent pas à aller à contre-courant des opinions reçues sur la question des sectes, quitte à devoir sans arrêt agir contre leur « délégitimation » (selon une expression de Jean Baubérot au cours d'un colloque précédent) parce qu'ils osent dénoncer les amalgames et les discriminations. (…) Les errances de l'action publique et médiatique sur la question desdites sectes ont été dénoncées par chacun des intervenants à sa manière. Pour lutter contre d'éventuels groupes dangereux, la méthode employée aujourd'hui en France est une impasse. L'exemple d'autres pays européens montre qu'une démarche de connaissance alternative est possible. »[224]

Octobre : Parution du livre d’Yves Bertrand, directeur des Renseignements Généraux de 1992 à 2004 : Je ne sais rien mais je dirai (presque) tout[225]. Extrait : « Il est exact que les Renseignements Généraux ont contribué à nourrir la réflexion de la commission d'enquête parlementaire qui, en 1996, a rendu un rapport très dur sur la question, en ne recensant pas moins de 172 mouvements qualifiés de sectaires. Je ne renie pas le travail que nous avons fait alors pour éclairer les parlementaires. Mais ce travail a incontestablement vieilli. Et j'ai moi-même évolué sur la question. A côté de sectes authentiques et dangereuses, pratiquant la déscolarisation des enfants, l'abus de faiblesse, voire la pédophilie, certains groupes se sont vus un peu vite affublés du vocable de secte. La sémantique elle-même devrait être modifiée. Le terme secte a été forgé à une époque où le catholicisme et le protestantisme constituaient la norme dominante et où il s'agissait, en quelque sorte, de stigmatiser les hérésies chrétiennes. Doit-il être utilisé aussi facilement aujourd'hui ? J'en doute sincèrement. (...) Doit-on confondre en un même vocable, sectes et mouvements minoritaires, pratiquant le prosélytisme comme les témoins de Jéhovah ? Franchement je ne le pense pas. On a le droit de critiquer la Scientologie ou les Témoins de Jéhovah, mais faut-il pour autant les transformer en diable ? Je pense même qu'à placer sur le même plan certaines sociétés de pensée et d'authentiques mouvements sectaires qui aliènent la liberté de leurs membres, on aboutit à l'inverse du but recherché. Sous prétexte de protéger la liberté de conscience, on empêche les citoyens d'embrasser les croyances de leur choix, ce qui est le contraire de la laïcité bien comprise... »

La Lettonie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) à Strasbourg pour ingérence dans la liberté religieuse d'un pasteur américain, privé de permis de séjour. Dans son arrêt, la CEDH rappelle que la liberté religieuse implique la liberté de « manifester sa religion individuellement ou en public et dans le cercle de ceux dont on partage la foi ». Elle souligne que cette affaire constitue « un exemple typique d'une ingérence dans le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».[226]

Le préfet Roulet, président de la MIVILUDES, a été mis en examen le 23 octobre 2007 pour diffamation à l'encontre de l'association TFP qui a porté plainte avec constitution de partie civile. Le rapport 2006 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), publié en janvier 2007, consacre un chapitre à « Tradition Famille Propriété, une organisation dédiée à la collecte de fonds et à l'objet non identifié », soulignant le manque de transparence de la destination des sommes collectées. Dans un reportage diffusé le 24 janvier 2007 dans le journal télévisé de la mi-journée de TF1, M. Roulet avait résumé les arguments développés dans le rapport et déclaré que les fonds pouvaient « servir à tout et n'importe quoi ». C'est cette phrase qui a fait l'objet de la plainte en diffamation de TFP. [227]

Le monde à l'envers : demande d'impunité pour les témoignages des antisectes par le Président de l'Assemblée Nationale française : « Certaines déclarations de personnes ayant témoigné devant la dernière commission d'enquête parlementaire sur les sectes et les mineurs ont donné lieu à des plaintes en diffamation[228]. Ces conséquences inconfortables ont conduit à une proposition de loi, présentée le 5 novembre par Bernard Accoyer (UMP)[229], qui accorderait aux témoins entendus par les commissions d'enquêtes parlementaires « une immunité partielle ayant valeur législative, puisqu'identique à celle que l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881[230] relative à la liberté de la presse attribue aux personnes appelées à témoigner devant les tribunaux. » (Ouest France, lundi 19 novembre 2007)

20 décembre 2007 : Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République, à Rome, Italie, suite à sa prise de possession du titre de Chanoine de la basilique Saint-Jean de Latran[231]. Extrait : « Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publié sur la République, les religions et l'espérance, c'est que la frontière entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale. »[232] Le discours de Nicolas Sarkozy suscite de vives critiques à gauche, qui l'accuse de « méconnaissance » et de « confusion entre le religieux et le politique ».[233]

23 décembre, sur CBS, projection de « In God’s name » : Les cinéastes français Jules et Gédéon Naudet, présents dans les Tours du World Trade Center au moment de l’attaque des avions, ont décidé suite à cette expérience radicale de réaliser un documentaire sur la spiritualité dans le monde d’aujourd’hui. Le film est le résultat de leur rencontre avec douze leaders spirituels les plus influents de notre temps, représentant dans leur globalité plus de 4 milliards de personnes. Ces voix diverses et puissantes offrent un point de vue provocateur, convaincant et éclairant sur une myriade de questions dans notre monde après le 11 septembre, y compris sur la montée du terrorisme, le fanatisme, l'intolérance et la guerre.

2008 :

Janvier : « Qui est Dieu ? », une des phrases les plus tapées dans Google en 2007. Aussi, une étude du Pew Internet Project révélait récemment que 64 % des Américains connectés (soit 82 millions d'internautes) ont utilisé la Toile dans un but religieux ou spirituel. Des chiffres qui ont même incité News Corporation, le groupe du magnat australien Rupert Murdoch, à faire le pari du religieux et à racheter Beliefnet.com, le plus grand site consacré à la spiritualité aux Etats-Unis.[234]

14 janvier, discours de Nicolas Sarkozy à Ryad[235] : « Depuis 1789, aucun chef de l'État français ne s'est prononcé sur les religions comme Nicolas Sarkozy l'a fait dans ses discours à St-Jean-de-Latran le 20 décembre et à Ryad le 14 janvier, brisant ainsi un tabou vieux de plus de deux cents ans. » « En quelques semaines, Nicolas Sarkozy s'est imposé comme le premier chef de l'Etat aussi soucieux de reconnaître aux religions une place dans la société et dans la « politique de civilisation ».[236]

18 janvier, vœux de Nicolas Sarkozy aux Corps Diplomatique, Palais de l’Élysée. Extrait : « Deux défis contribueront à structurer la société internationale du XXIe siècle, peut-être plus profondément que les idéologies ne l’ont fait au XXe. Le premier défi est celui du changement climatique (…). Le deuxième défi est celui des conditions du retour du religieux dans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité, seuls les sectaires ne le voient pas. C’est une réalité incontournable qui avait, en son temps, été prévue par Malraux. »[237]

Février : La MIVILUDES va-t-elle disparaître ? « Selon les informations du Parisien, l'Élysée souhaite fondre l'actuel outil de lutte contre les dérives sectaires, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), dans une entité unique de « défense de tous les droits » qui accueillerait aussi le défenseur des enfants et la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde). A la MIVILUDES, on ne confirme cependant pas cette rumeur. »

Certains thérapeutes sont actuellement accusés d’une dérive au sujet de ce qu’on appelle les « faux souvenirs induits » ou les « fausses mémoires ». Il s’agirait de séances thérapeutiques durant lesquelles serait « réveillé » le souvenir d’expériences traumatiques qui n’auraient pas eu lieu, au risque d’accuser des parents d’abus sexuels qu’ils n’auraient pas commis, par exemple. Certaines associations antisectes se présentent comme un lieu d’accueil pour « les victimes du syndrome des faux souvenirs »[238]. Ce qui constitue un anachronisme de plus dans la lutte antisectes, compte tenu de la capacité de ces associations à générer elles-mêmes de « faux souvenirs traumatiques » chez des personnes afin de les aider à détruire une « secte » qu’elles ont dans le collimateur.[239]

Déclaration de soutien à la réforme de la lutte antisectes en France, initiée par le CICNS : « Notre société est à un virage important dans son rapport à la spiritualité, aux minorités et aux libertés individuelles. Les discours de Nicolas Sarkozy à Saint-Jean de Latran le 20 décembre 2007 et à Riyad le 14 janvier 2008, prônant une laïcité ouverte, soutenus aussitôt par celui de la Ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie pour le respect de « toutes les spiritualités » ont suscité autant d'espoir que de réactions négatives dans les diverses couches de la société française. (…) Il nous semble donc important que nous manifestions ouvertement notre soutien aux réformes en préparation. C'est un moment que nous ne pouvons laisser passer et qui représente une occasion unique de répondre, dans un grand mouvement solidaire, à la nécessité de restaurer les libertés individuelles bafouées depuis 25 ans par une odieuse campagne antisectes qui a meurtri des milliers de personnes innocentes. »[240]

20 février : « Les sectes sont un non-problème » en France. La phrase est signée Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy, dans un entretien publié mercredi dans l'hebdomadaire VSD. Emmanuelle Mignon estime par ailleurs qu'on « peut s'interroger » sur la menace représentée par la Scientologie.[241]

25 février, circulaire de Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur, aux Préfets et Préfet de Police, sur « la lutte contre les dérives sectaires » : « L'arsenal juridique disponible pour mener cette lutte semble suffisant, qu'il s'agisse des textes ou de la jurisprudence. La difficulté tient à sa mise en œuvre qui ne peut se fonder que sur des éléments concrets, des faits avérés et pénalement répréhensibles. La notion de secte, certes couramment utilisée, est une notion de fait et non de droit. Au regard du droit, l'appartenance à un mouvement quel qu'il soit relève d'abord d'une opinion, dont la liberté est un principe constitutionnel. »[242]

Parution aux éditions Novalis, Québec, du livre de Micheline Milot, La laïcité. Micheline Milot est professeure titulaire au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Spécialiste en sociologie des religions. Dans son dernier ouvrage, elle circonscrit la notion de laïcité à travers un ensemble de 25 questions. Son regard extérieur est précieux pour des lecteurs français habitués à entendre parler de la laïcité de façon nombriliste comme d'une exception française.[243]

Mars : « M. Fenech est déclaré démissionnaire d'office » et « inéligible pour une durée d'un an à compter du 27 mars 2008 ». Telle est la teneur de la décision rendue jeudi par le Conseil Constitutionnel, une décision qui fait suite aux 129 dossiers transmis par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques après les législatives de juin 2007.[244]

Intervenant cet après-midi, à Londres, lors du sommet du British Council « Living Together » (Vivre ensemble), la Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l’Europe, Maud de Boer-Buquicchio, a mis en garde contre la sortie attendue d’un film controversé sur l’islam réalisé par l’homme politique néerlandais Geert Wilders : « La Cour européenne des Droits de l’Homme a, par le passé, cautionné des restrictions à la liberté d’expression visant à protéger des convictions religieuses contre les injures gratuites. Il s’agissait en l’espèce d’une religion chrétienne. Je ne me prononce pas sur l’opportunité d’interdire le film de M. Wilders, mais je pense que chacun devrait avoir droit au même respect de ses convictions religieuses, qu’il soit chrétien, juif, musulman, bouddhiste ou autre », a-t-elle déclaré.[245]

Les Nations Unies présentent les travaux du Tandem Projet[246] sur trois aspects concernant la liberté de religion ou de conviction, à l'attention des membres des Nations Unies, des Gouvernements, des religions ou convictions, des universités, des ONG, des médias et de la société civile. L’objectif de ce projet est d'encourager la compréhension et un soutien à l'Article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion » et la Déclaration de 1981 des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction. Chacun de ces documents invite les parties à utiliser les standards internationaux de protection des droits de l'homme comme éléments fondamentaux pour des solutions à long terme aux conflits basés sur la religion ou la conviction. La liberté de religion doit éventuellement devenir une Convention basée sur un Traité. [247]

Parution chez Albin Michel du livre de Jean Baubérot : La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours. La « laïcité » est de nos jours si souvent invoquée, défendue, sacralisée, critiquée que chacun finit par croire qu'il connaît, à force de répétitions, la signification de ce terme. Rien n'est moins vrai et le dernier livre de Jean Baubérot s'emploie à montrer que même au plus haut niveau de l'État, des conceptions très personnelles de la laïcité et de son histoire ont été exposées, là où une prise de distance et une retenue étaient attendues.[248]

Parution du livre de Nathalie Luca, Individus et pouvoirs face aux sectes, chez Armand Colin. Cet ouvrage nécessaire sur le phénomène dit sectaire permet de mieux comprendre la situation française, en la mettant en perspective dans un contexte mondialisé. Nous en recommandons vivement la lecture à toute personne qui souhaite sortir des clichés épidermiques accompagnant généralement l’évocation du thème des sectes en France.[249]

Les Français, la laïcité et le rôle des religions : « Samedi 22 mars, la Croix publie les résultats d’un sondage exclusif Ifop sur les Français face au rôle des religions dans la République. Les Français voient dans la laïcité une valeur républicaine fondamentale. 79% des Français estiment que les religions peuvent contribuer à transmettre aux jeunes des repères et des valeurs positives (respect de l’autre, tolérance, générosité).»[250]

Avril : « Le Cri du Contribuable », journal de l’association « Contribuables associés » qui revendique 140 000 membres, dénonce dans son numéro 45 le gaspillage d’argent public de la lutte antisectes. Des contribuables qui n'en reviennent pas d'apprendre les dépenses de la Miviludes, mais aussi l'étendue des sommes versées aux associations se revendiquant de cette lutte. 368 373 euros pour l'UNADFI, 897 572 euros pour le CCMM (Centre contre les manipulations mentales). De quoi faire frémir le plus serein d'entre nous, surtout lorsque l'on connait le nombre de fausses pistes empruntées sciemment par ces divers mouvements. »[251]

Le rapport 2007 de la MIVILUDES donne à cette mission une occasion de se racheter une crédibilité à grand renfort de fractures de portes ouvertes et de redites éculées sur l'hypothétique fléau des sectes. Son contenu cherche à masquer la grande difficulté de cette officine à trouver des raisons de poursuivre une bataille inutile, illégale et coûteuse pour tout le monde. (…) Cette année, quelques thèmes surgissent, comme les « faux souvenirs induits » (un sujet de vigilance à retourner aux associations antisectes quand elles interrogent leurs apostats), le diable, une valeur sûre, est aussi de la partie puisque le satanisme refait son apparition. Les « drogues exotiques » viennent apporter une touche nécessaire à ce tableau qui repose sur les épouvantails habituels. M. Roulet, Président de la MIVILUDES, s'en prend également à ceux qui critiquent sa « mission », n'oubliant pas, au passage et comme le veut la tradition, d'associer subrepticement le CICNS à la Scientologie dans une pitoyable tentative de discrédit qui ne trahit que la pauvreté des arguments de l'antisectarisme à la française. Il s'émeut aussi de voir que des universitaires puissent « relayer » les propos de notre association, n'ayant pas compris que c'est plutôt le contraire qui se produit.[252]

Continuité dans la médiocrité : selon une dépêche AFP du 24 avril 2008, Georges Fenech, magistrat et ancien président de la commission d'enquête sur les sectes et les mineurs, a été chargé par le Premier ministre François Fillon d'une mission d'évaluation des « dispositifs judiciaires conçus pour lutter plus efficacement contre les dérives sectaires ».[253]

Proposition du CICNS pour « l'examen périodique universel des Nations-Unies »[254] : en avril 2008, comme 192 autres pays des Nations-Unies, la France est inspectée au sujet de son respect des Droits de l'Homme. Des ONG, comme le CICNS, ont pu donner leur point de vue sur la situation. Le gouvernement de chaque pays devra répondre des plaintes devant la Haute Commission des Droits de l'Homme.[255]

Quand le Droit n'est plus la référence pour les décisions dans l'hémicycle : au sujet de la proposition de loi présentée par Bernard Accoyer en novembre 2007, qui accorderait aux témoins entendus par les commissions d'enquêtes parlementaires « une immunité partielle ayant valeur législative », « quelques bribes d’un débat pourraient être soulignées à propos de la perception du droit et des juridictions par les participants à la discussion en s’appuyant sur le compte rendu intégral de la séance qui y fut consacrée[256] » et permettre d’évaluer la considération que certains députés ont à l’égard du « Droit », notamment Henri Emmanuelli disant : « La Cour de cassation a tort ! », ou Jean-Pierre Brard : « C’est nous qui décidons, pas le Conseil constitutionnel ! (…) Le droit doit aller de pair avec la morale ! »[257]

Mai : La communauté des Béatitudes de Saint-Luc a été l’objet d’une couverture médiatique importante ces dernières années en raison d’un certain nombre de plaintes déposées à son encontre. Le CICNS propose un récapitulatif de ces événements et met en évidence le rôle des médias dans la construction d’une image négative de ce groupe, un battage médiatique aussi intense (et douloureux pour les accusés) dans les premiers jours de l'affaire qu'il est devenu insignifiant quand il s'agit de remettre les pendules à l'heure. En effet, après trois ans d'instruction sur cette communauté religieuse, l’affaire est classée « sans suite par la justice, la juge ayant estimé que les plaignants n'avaient été ni escroqués ni abusés.[258]

Christine Du Fretay, présidente de l’association de protection de l'enfance e-Enfance (puis présidente du directoire de HDF Finance[259]), chargée des tests de qualité de systèmes de contrôle parental sur Internet en partenariat avec le ministère de la famille et la Délégation aux usages de l'Internet, remarque : « En 2008, on note une amélioration globale du filtrage par rapport à l'année dernière. Ce qui pêche, c'est d'une part l'accessibilité facile aux chats et forums par les enfants de moins de 10 ans, et d'autre part, le fait que certains contenus relatifs aux sectes, et à la violence et à la drogue soient encore accessibles ».[260]

75 généraux ont manipulé les médias américains sur ordre de Donald Rumsfeld et pourraient s'être servis d'une affaire de « secte » pour couvrir la révélation de ce scandale : « Pendant six longues années, le Pentagone a délibérément intoxiqué et manipulé les médias qui couvraient la guerre en Irak. Objectif : influencer l’opinion publique américaine. (…) Entre 2002 et la fin avril 2008, le Pentagone a fait infiltrer toutes les grandes chaînes de télévision américaines par 75 gradés de l’armée à la retraite. Tous avaient été embauchés par ces médias comme analystes et c’est l’ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui a initié ce vaste programme d’intoxication. Si la Maison Blanche occupée par George W. Bush suivait de près le travail des taupes du Pentagone, Rumsfeld avait explicitement interdit à ses hommes de révéler aux chaînes de télévision qu’ils faisaient partie de cette opération. (...) Une étude réalisée par le Projet pour l’Excellence dans le Journalisme de la respectée Fondation Pew a révélé que, dans la semaine suivant la parution de l’enquête du Times sur cette vaste duperie, sur les 48 principaux médias passés au crible, seul le journal télévisé de la chaîne publique PBS avait consacré un reportage au scandale. A titre de comparaison, à la même période, on recensait 50 reportages sur une secte polygame au Texas ! Jusqu’à aujourd’hui, aucune des grandes chaînes privées qui se sont fait enfumées par le Pentagone n’ont pipé mot sur l’opération d’intoxication dont elles ont été victimes. NBC peut éventuellement arguer du fait qu’elle appartient au conglomérat General Electric, un important fournisseur militaire. Mais quid des autres ? »[261]

Une affaire aux USA qui fait écho à plusieurs similaires en France dans lesquelles les médias et les forces de l'ordre adoptent souvent un comportement abusif. Au-delà des responsabilités éventuelles de ce groupe religieux américain, l'affaire met en lumière les affabulations de l'accusation et les excès médiatiques et policiers dont nous sommes également les témoins dans notre pays : « Coup de théâtre dans l’affaire de la secte de mormons polygames du Texas installée dans un ranch. Les autorités locales vont être contraintes de rendre les 468 enfants de tous âges retirés de force à leurs parents. C’est ce que pensent les avocats de la secte depuis que la Cour d’appel du Texas a tranché en leur faveur. »[262]

Lettre adressée à M. François Fillon, Premier Ministre, suite à la rumeur attribuant à Georges Fenech (L'Express du 21 au 28 mai) le poste de Président de la Miviludes en septembre 2008. Courrier également signé par Human Rights Without Frontiers[263] (Brussels) : « Nous considérons que le sujet important de la place de la spiritualité dans notre société nécessite la création d'un observatoire indépendant des minorités spirituelles. Nous vous invitons à prendre en considération ce projet d'observatoire dont nous avons une présentation sur notre site. La MIVILUDES ne remplit pas ce rôle. Dans peu de temps, sa présidence sera vacante et, afin de rétablir au minimum un débat serein à défaut de traiter un sujet de société dans son ensemble, il nous parait urgent de choisir un nouveau président qui ait démontré son ouverture d'esprit, son sens du dialogue, de la conciliation et qui accepte de s'entourer d'experts reconnus (notre pays n'en manque pas). »[264]

Comment traiter les « sectes » selon le FBI ! Un document étonnant à transmettre à la gendarmerie française ? « Il existe une tendance à considérer les « sectes » avec un mélange de méfiance et de crainte. Une bonne partie de cette hostilité provient de mauvaises conceptions sur la nature des « sectes », basées sur des stéréotypes populaires ou sur l'ignorance. Bien qu'on puisse regretter ces conceptions erronées dans le grand public, elles peuvent s'avérer dangereuses lorsqu'elles influencent les autorités chargées de l'application des lois qui auraient affaire à ces groupes et sont censés s'assurer aussi bien de la sécurité des membres de « sectes » que de celle du public en général. (…) La majorité des nouveaux mouvements religieux pratiquent en paix leur religion, n'attirent jamais l'attention du public, des médias, ou des autorités. En dépit de cela, ces mouvements provoquent des pensées négatives chez la plupart des gens en raison de mythes à la vie dure ou de conceptions erronées sur ces groupes et leurs activités. (…) Alors qu'il peut s'avérer difficile de faire confiance à un adepte en raison de son implication absolue, il est néanmoins important que les autorités puissent au moins reconnaître la sincérité et la profondeur de son engagement. Négliger les croyances des membres des NMR sous prétexte de lavage de cerveau et de crédulité peut aboutir une mauvaise évaluation des leaders de NMR et de leurs membres et conduire à des actes policiers dangereux et inefficaces. »[265]

L'Ordre de la Rose Croix réhabilité après neuf années ? Une nouvelle annoncée par un seul magazine (La Croix) et un seul commentaire sur Internet. Les réhabilitations restent beaucoup moins médiatiques que les diffamations ! « Le Grand Maître de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, accusé d’être une secte, a pu obtenir la réhabilitation de son Mouvement Philosophique après de nombreux courriers et rencontres avec les acteurs impliqués dans la lutte contre les sectes qui, enfin, ont reconnu leurs torts. (La Croix du 2 juin 2008). »[266]

La commission Bouchard-Taylor et « les accommodements raisonnables », réflexion sur la laïcité et les différences culturelles et religieuses au Québec : le Québec est une province multi ethnique et multi culturelle. Cette diversité en mouvement pousse la société québécoise à ajuster et préciser sa culture publique commune. C'est une démarche qui est déjà commencée puisque les québécois ont développé une notion originale appelée « l'accommodement raisonnable ». Cette pratique a néanmoins conduit à une « crise » avec, dans les années 2006-2007, un grand nombre d'affaires portées devant les médias : « Afin de répondre aux expressions de mécontentement qui se sont élevées dans la population sur ce qu’on a appelé les « accommodements raisonnables », le premier ministre du Québec, M. Jean Charest, a annoncé le 8 février 2007 la création de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles ». Cette commission porte le nom de Bouchard-Taylor (du nom de ses deux présidents). Elle vient de délivrer son rapport.[267] Nous invitons le lecteur à en prendre connaissance. Il montre comment une société, par l'entremise de ses pouvoirs publics, peut lancer une réflexion de fond et un vrai débat public à partir de cas concrets. C'est certainement un exemple pour la France où le sujet de la laïcité est « inabordable » si ce n'est de façon incantatoire.[268]

La terminologie délétère antisectes se généralise à tous les secteurs de la société. Les termes « secte », « gourou », « sectaire » et autres synonymes ne sont désormais plus réservés aux minorités spirituelles. Leur « succès », lié à leur pouvoir de discrédit amplement vérifié et utilisé pendant plusieurs décennies à l'encontre de ces groupes, s'étend à de multiples domaines de la vie politique et sociale. Exemples : François Grosdidier, député UMP, décrit les débats parlementaires sur la loi OGM de la sorte : « (...) Mes collègues répétaient tous les mêmes phrases, comme conditionnés par une secte, c’était impressionnant » ; Marine Le Pen commente la grève des enseignants : « Aujourd’hui, pour améliorer le niveau d’enseignement, la secte du temple scolaire sort ses banderoles et organise des processions ». Le CICNS invite les acteurs politiques, en particulier, à montrer l'exemple en rétablissant un débat sensé et équilibré sur la place dans notre société de la spiritualité sous ses formes les plus diverses et en cessant d'alimenter une phobie qui finit, à travers l'évolution du vocabulaire courant, par se retourner contre eux.[269]

LOI n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations[270] : « Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sa religion, ses convictions, son âge, son handicap, son orientation sexuelle ou son sexe, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. (…) Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés. »

Juin : Sectes : nouveau chantier pour la MIVILUDES : « Jérémie Assous, avocat spécialisé dans les victimes des émissions de téléralité à la mode, est devenu, « le cauchemar des producteurs de téléréalité ». Le titre de l'article de Voici est explicite : « L'avocat qui fait trembler la Réal-TV » (N. Santolaria, p.62-63, Voici, 19 juin 2008). Son argumentaire est simple : pour lui, ces producteurs ont menti pendant des années, en faisant croire que les candidats de téléréalité ne travaillent pas, ce qui serait d’après-lui archi faux. Depuis 2003, on commence en effet à connaître les ficelles (très grossières) de l’industrie de téléréalité, avec ses scénarios arrangés, ses trucages à gogo, ses accroches racoleuses et ses contrats abusifs qui laissent bon nombre de candidats sur le carreau une fois les paillettes rangées au vestiaire. Jérémie Assous s’est forgé, dans la défense d’ex-candidats grugés, une cause intéressante. Plus d’une centaine de victimes se presseraient dans son cabinet, et d’après Voici, ce n’est qu’un début ! « Ces émissions utilisent des méthodes comparables à celles des sectes (…) Dans Secret Story, les candidats devaient pouvoir réciter à n’importe quel moment les dix commandements de la Voix. Et pour obtenir les séquences souhaitées, la prod distribue de l’alcool à volonté, rationne la nourriture et installe un système de « punitions/récompenses » dans le but de soumettre totalement les participants. Privés de sommeil, beaucoup tombent en dépression quand ils sortent de là ».[271]

« La nouvelle direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), née officiellement ce mardi de la fusion de la DST et des RG, sera destinée à « muscler » la surveillance de la mouvance islamiste, perçue comme la principale menace extérieure. »[272]

Le 30 novembre 2005, l’édition Alpes du 19-20 de France 3 titre À Grenoble, un stand du salon Naturissima montré du doigt avec suspicion de dérive sectaire. Le journaliste présente le stand, précise que les ouvrages sont signés Mikhaïl Aïvanhov, fondateur et maître du mouvement appelé Fraternité Blanche Universelle. Isabelle F., salariée de l’ADFI 2SI (Association de Défense de la Famille et de l’Individu Deux Savoie – Isère), est interrogée pour répondre à la question « Secte ou pas secte ? ». Isabelle F. répond que les livres sont bien ceux du « Gourou Aïvanhov » et que la Fraternité Blanche Universelle est dénoncée dans divers rapports parlementaires. La Fraternité Blanche Universelle porte plainte contre la Société France Télévision, contre Patrick de Carolis, son président, et contre Isabelle F. Isabelle F., De Carolis et France 3 sont condamnés. L’affaire va en Appel. Rendu de justice en mai 2008 puis confirmation de la condamnation. Isabelle F. devra verser 1000 € d’amende, 1000 € de dommages et intérêts et 1500 € à la Fraternité Blanche Universelle, en plus des frais de défense, soit un coût total de 6 600 €. Certains antisectes locaux pensent à constituer un comité de soutien. La justice n’est effectivement juste que lorsqu’elle condamne les minorités spirituelles, c’est bien connu..[273]

La MIVILUDES publie fièrement un nouveau livre de litanies antisectes redondantes : « Les collectivités territoriales face aux dérives sectaires »[274]

Juillet : La peur que des contenus d'accès libre puissent être préjudiciables aux enfants a conduit à la mise sur le marché d'outils de contrôle parental. Un certain nombre sont disponibles désormais. Ces logiciels sont censés effectuer « le filtrage des sites prônant l'anorexie, le suicide ou faisant l'éloge de sectes, ainsi que des sites à caractère pornographique et de jeux d'argent ». Ce filtrage « est devenu extrêmement efficace, allant jusqu'à 90 % selon les fournisseurs » (Le Figaro). Un classement français a même été effectué : « Ainsi, Numéricable, Orange et SFR, ex-æquo avec Télé 2, occupent les trois premières marches du podium ».[275] Le CICNS écrit à Orange Internet au sujet de son logiciel de contrôle parental, pour connaître les sources utilisées pour constituer la liste des sites bloqués de la rubrique « sectes » : documents (officiels, officieux), personnes ou organismes consultés, ainsi que le processus de mise à jour (fréquence, méthodologie).[276] À ce jour, ce courrier est resté sans réponse.

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et la Ligue des droits de l'homme (LDH) ont jugé « cinglant pour la France », mercredi, le rapport du Comité des droits de l'homme de l'ONU. Les organisations demandent au gouvernement français « de respecter la prochaine échéance qui lui a été fixée (2012) et, dans l'intervalle, (qu'il) ne se contente pas, comme à l'habitude, d'ignorer les recommandations des instances internationales ». Elles soulignent que les 26 recommandations du Comité des Droits de l'Homme « concernent le sort des étrangers et des demandeurs d'asile, le recours à l'ADN pour les étrangers, la situation carcérale, les violences illégitimes commises par les forces de l'ordre ». Bien qu'il ne s'y trouve pas de mention spécifique du traitement des minorités spirituelles, celle des discriminations et des violences illégitimes commises par les forces de l'ordre sont assez explicites...[277]

À l'initiative de Human Rights Without Frontiers[278], seize universitaires européens de renom demandent au gouvernement belge de réviser sa position sur le traitement de sectes. Selon le texte signé, l'observatoire sur les sectes mis en place il y a dix ans en Belgique devrait être remplacé par un Centre d'Information et de Conseils interuniversitaire sur les communautés de foi ou de croyance. [279]

Septembre : « Le juge Jean-Christophe Hullin a signé, lundi 8 septembre 2008, une ordonnance renvoyant devant la justice l'Association spirituelle de l'Église de Scientologie (ASES - Celebrity centre), principale structure de l'association en France, et sa librairie, la SARL SEL, pour « escroquerie en bande organisée ». La condamnation de l'Eglise de Scientologie pour ce chef pourrait aboutir à la dissolution des deux structures mises en cause, selon une source proche du dossier. » La Scientologie est véritablement la bête noire des organisations antisectes. Il est toujours délicat d'évoquer la Scientologie en France aujourd'hui. Le CICNS a même écrit une page spéciale[280] pour affirmer son indépendance vis-à-vis de la Scientologie (indépendance qui concerne également tout autre mouvement) et nous avons ressenti une hésitation avant de publier ce commentaire. La Scientologie est-elle un groupe dangereux ? Cette accusation concerne de manière générale toutes les minorités spirituelles. Il est certain que la Scientologie a développé une expertise judiciaire et qu’elle l’utilise, peut-être abusivement dans certains cas. Il est possible également que le climat anti-Scientologie affermisse une volonté de rendre coup pour coup dans un groupe où la notion de réussite est centrale. Néanmoins, face aux campagnes de calomnies qui accablent ces groupes depuis une trentaine d’années, le recours à la justice est le seul moyen de défense, puisque le débat public est totalement biaisé. La MIVILUDES et tous les activistes antisectes aimeraient assurément pouvoir publier impunément des accusations sans preuves. Qu’ils se rassurent, cette impunité est le cas pour la plupart des groupes qui n’ont pas les ressources d’un recours en justice. Certains au contraire, parce qu’ils le peuvent, ont choisi de se défendre.[281]

Une vision apocalyptique qui ne vient pas d’une « secte » ? : « De nombreux scientifiques et une partie de la population s’inquiète de la possible fin du monde le 10 septembre 2008. Le CERN, Organisation européenne pour la recherche nucléaire, lancera donc son LHC (Large Hadron Collider => Grand Collisionneur Hadronique). Le LHC est le prochain plus grand de particules au monde. Quelques scientifiques ont peur d’un énorme trou noir se forme et aspire la matière et, en conséquence, absorbe la Terre. »[282]

Dans leur réponse à une question parlementaire sur le danger sectaire, les pouvoirs publics précisent (question n° : 25789 issue d'un type particulier de « marronnier » produisant des bogues plusieurs fois par an) : « Les risques de dérives sectaires constituent un motif de préoccupation pour le Gouvernement. Ceux-ci ne relèvent effectivement plus seulement de la sphère religieuse mais se développent également dans des secteurs plus diversifiés concernant l’ensemble du tissu social. » La question des sectes est mal posée depuis trente ans et son traitement ne peut être que défaillant. Les pouvoirs publics ont répondu à une inquiétude (devant l'apparition de nouveaux choix de vie) qu'il convenait d'analyser à sa juste valeur, en transformant cette inquiétude en peur légitime. Le résultat ne peut être que désastreux. Le feu de broussailles a d'ailleurs échappé au contrôle du pyromane puisque le langage antisecte touche désormais tout « le tissu social ». Si l'on s'en tenait à la seule utilisation de la terminologie antisecte[283], le monde politique serait un des secteurs d'investigation prioritaires quant aux dérives sectaires. Si certains prétendus défenseurs de la laïcité avaient quelque bonne « foi », ils constateraient que l'accusation de « secte » est aujourd'hui la version française laïque de la « possession par le diable » utilisée autrefois pour discréditer les « gêneurs » (c'est-à-dire ceux qui ont des idées non orthodoxes).[284] Il n'est pas trop tard pour redresser la barre (et non pas le tir). Le CICNS souhaite que cette rentrée soit l'occasion pour le gouvernement de démontrer un courage politique sur la question desdites sectes et notre association fera les propositions qui vont dans ce sens.

L'université de Sherbrooke au Québec offre une maîtrise en étude du religieux contemporain. Le CICNS préconise l'obligation de posséder une telle maîtrise en France pour toute personne impliquée dans la lutte antisectes.[285]

« [La crise financière] s'est accentuée en septembre 2008 avec la faillite de plusieurs établissements financiers, provoquant un début de crise systémique et la mise en difficulté de plusieurs États. Elle a entraîné comme conséquence une chute des cours des marchés boursiers et la crise économique de 2008-2009 qui provoque un ralentissement généralisé de l'activité économique, voire des récessions dans plusieurs pays à partir de 2008. »[286]

Octobre : 1er octobre : Nomination de Georges Fenech à la Présidence de la MVILUDES. Si la nomination de Georges Fenech, que l’on peut considérer comme un idéologue antisectes, a, sans surprise, été saluée par les activistes antisectes[287], la validation de ce choix par le Président de la République (on n’imagine mal qu’il n’ait pas eu son mot à dire) est regrettable. Les « sectes » auront donc fait les frais d’un débat houleux[288] et qu’il convenait de calmer, sur une laïcité que le chef de l’Etat souhaite « ouverte » : trouvez l’erreur. Choisir de « décomplexer la lutte contre les dérives sectaires », selon l’expression de la Ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, apparaît comme passablement cynique dans un pays connu pour ses outrances dans ce domaine. Georges Fenech a précisé sur France 5[289] que « 500 000 personnes » étaient, selon lui, « touchées par le phénomène sectaire ». Il est probable que le nombre de citoyens sensibles à des choix de vie alternatifs soit plus important que ce chiffre et le discrédit dont ils font l'objet n'a que trop duré. Une évolution sera sans doute possible lorsque ces citoyens auront pris conscience de la force pacifique et électorale qu’ils représentent, ensemble. Pour le CPDH, le Comité Protestant pour la Dignité Humaine, cette nomination est malvenue[290]. De son côté, le journal Libération publie un article intitulé Le controversé Fenech, nouveau pourfendeur des sectes.[291]

6 octobre 2008 : Ouverture du procès dit de " l'Angolagate ", devant la onzième chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Il met en accusation 42 protagonistes dont les principaux sont Jacques Attali, conseiller de François Mitterrand, puis de Nicolas Sarkozy, Pierre Falcone, homme d'affaires international, Georges Fenech, ancien président de l'Association professionnelle des magistrats, Arcadi Gaydamak, homme d'affaires international (absent à l'ouverture du procès), Jean-Charles Marchiani conseiller de Charles Pasqua, Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de François Mitterrand et ancien chef de la cellule Afrique de l'Élysée, Charles Pasqua, ex-ministre de l'Intérieur et Paul-Loup Sulitzer, écrivain.

Une dépêche diffamatoire de l'AFP est reprise avec complaisance par le CCMM[292]. L'accusé n'est pas Témoin de Jéhovah mais l'article titre néanmoins : Témoins de Jéhovah, un père condamné pour le viol de ses filles. Six heures après la diffusion, l'AFP a modifié le titre de la dépêche mais pas le CCMM, ni France 3 ni le journal La Croix, ces deux derniers ayant pourtant reçu un courrier du CICNS.

Parution du livre de Michela Marzano, Extension du domaine de la manipulation : De l'entreprise à la vie privée, chez Grasset & Fasquelle. « L'épanouissement personnel par le travail est-il le nouveau mot d'ordre de notre époque? A l'heure de « l'entreprise à visage humain », du coaching et des chartes d'éthique, jamais pourtant l'angoisse n'a été aussi forte dans le monde de l'économie. Jamais les suicides n'ont été aussi nombreux au sein de l'entreprise. N'y aurait-il pas une perversité à s'appuyer sur le couple bonheur et labeur ? Les cadres d'aujourd'hui ne seraient-ils pas les victimes consentantes d'une nouvelle forme de violence ? Les « leaders » ne sont-ils pas écartelés entre des injonctions contradictoires ? Performance et épanouissement, engagement et flexibilité, autonomie et conformité... Michela Marzano, en philosophe autant qu'en polémiste, jette un éclairage inédit sur cette nouvelle forme d'aliénation contemporaine : l'extension du domaine de la manipulation, de l'entreprise à la vie privée. »[293]

Novembre : 4 novembre, élection de Barack Obama, premier Afro-Américain ayant accédé à la présidence des États-Unis.

« Alors que le gouvernement est toujours prudent sur les questions de fichage après le tollé provoqué par le fichier Edvige – renommé depuis EDVIRSP –, un courriel émanant des services de renseignement demandant de connaître la religion des fonctionnaires du conseil régional de Rhône-Alpes a suscité l'indignation, autant chez les autorités locales qu'au ministère de l'intérieur. »[294]

Le CICNS était invité à participer au Forum de Terre du Ciel à Aix-les-Bains du 8 au 11 novembre 2008[295] dont le thème était : « Spiritualité et Société : une vision juste pour une action juste ». Pendant quatre jours, plus d’un millier de personnes ont suivi les conférences, tables rondes, ateliers et pendant les pauses passaient de stand en stand pour dialoguer, acheter ou se faire dédicacer livres ou CDs. Le CICNS était présent sur un stand pendant ces 4 jours et les rencontres ont été nombreuses. Le projet du CICNS d’un Observatoire indépendant a été présenté en remplacement d’une MIVILUDES partisane et agressive. En réponse à une question induisant que la lutte se serait calmée récemment, la porte-parole du CICNS a pu montrer qu’il n’en était rien et que la nomination de M. Fenech à la Présidence de la MIVILUDES était au contraire le signe d’un durcissement des positions du gouvernement. De même que la récente adoption d'une loi taillée sur mesure pour les délateurs des minorités spirituelles qui donne aux auditionnés des commissions parlementaires une immunité semblable à celle des parlementaires. Les attaques virulentes contre le mouvement de la France En Action[296] ont, entre autres, été évoquées pour souligner que la lutte antisectes ne se limite plus aux mouvements spirituels mais touche la plupart des initiatives politiques ou humanistes qui proposent une alternative touchant ainsi un nombre croissant de citoyens. La porte-parole a terminé en rappelant que la fondation de notre action était la reconnaissance de l’unité intrinsèque de l’humanité dans son désir de mieux se connaître et de vivre en harmonie dans sa diversité.

Parution du livre de Jean Baubérot : Une laïcité interculturelle : Le Québec, avenir de la France ?, aux éditions de l’Aube : « Jean Baubérot étudie les évolutions de la laïcité au Québec dans un contexte pluriculturel, politique et médiatique propre à cette province et dans le cadre plus large du Canada. Cette étude prend comme point de départ la crise des « accommodements raisonnables » (AR) qui a conduit le premier ministre Québécois, Jean Charest à constituer en février 2007, une commission, dite commission Bouchard-Taylor, « sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles ». Dans sa synthèse, Jean Baubérot voit dans le modèle québécois un avenir pour la France : « (…) Il me semble qu'à travers les tâtonnements, voire les dérives, décrites dans les chapitres précédents, le Québec a pris une certaine avance sur d'autres pays, notamment la France ». « (...) le pouvoir de la majorité doit s'équilibrer par les garanties données aux minoritaires. Le débat démocratique, qui associe différents points de vue minoritaires à la constitution de la communauté politique, à ses décisions, est capital. L'attention portée aux minorités est un des critères les plus essentiels de la démocratie et de ses fameuses « valeurs ». Or, aujourd'hui, dans les sociétés modernes qui se veulent démocratiques, la légitimité provient du nombre. Le quantitatif règne en maître, alors qu'il est (le plus souvent) synonyme d'appauvrissement quand ce n'est pas davantage ».[297]

« Une étude de l'Observatoire national de la délinquance (OND) révèle que près de la moitié des victimes de violences physiques le sont dans le cadre de leur foyer »[298]. Voilà une statistique qui mériterait peut-être une commission d’enquête parlementaire (à supposer qu’elles servent réellement à quelque chose) ? Au lieu de cela, les parlementaires préfèrent les multiplier sur les minorités spirituelles dont l’écrasante majorité est inoffensive mais traitée comme une menace terroriste (Le CICNS aimerait connaître la part des cas de dérives sectaires parmi les chiffres de cette étude de l’Observatoire de la délinquance).[299]

L'émission Le débat du 11 novembre 2008, animée par Benoit Duquesne sur le site de la chaîne parlementaire, présente un numéro sur la communauté internationale Auroville, en Inde : « À l'heure où tout paraît s'effondrer, où les bourses jouent au yoyo, où les plans sociaux se multiplient, où le libéralisme est remis en cause, nous vous proposons un gros plan sur une utopie, Auroville, une ville créée au sud de l'Inde il y a 40 ans ». Le reportage précédant le débat, réalisé par Hélène Risser et Thomas Raguet, peut être vu comme la suite d'un reportage de 1973 réalisé par Jean-Pierre Elkabbach et Nicole Avril et présenté en ces termes sur le site de l'INA : « Auroville (La cité de l'Aurore) est située près de Pondichéry dans le Tamil Nadu en Inde du sud. Cette ville, bâtie sur 20 km2, a été créée par Mirra ALFASSA, plus connue sous le nom de « La Mère », et Sri Aurobindo, penseur indien de « l'homme nouveau ». Auroville repose sur une vie communautaire « universelle », où tout le monde apprendrait à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités. Le projet vise à la création d'un homme nouveau ». Le débat qui suit le reportage est équilibré. Aucun membre de la MIVILUDES ou d'associations antisectes n'est présent sur le plateau ; la notion de mouvement sectaire est évoquée lorsqu'est mentionnée la révérence des habitants d'Auroville pour la Mère, mais cette mention est faite plus en forme de point d'interrogation que d'affirmation péremptoire. Indépendamment des efforts variables de chacun des débateurs pour véritablement comprendre le sens spirituel prépondérant donné à leur projet par les habitants d'Auroville, ils conservent un esprit ouvert et tolérant au fil des échanges. Une minorité spirituelle en France est en revanche immanquablement affublée du label injurieux de « secte » et n'est regardée par les médias et les pouvoirs publics qu'à travers le prisme des apostats. Quelle est la raison de cette différence de traitement ? (…) Comme le suggère Maurice Duval[300], l'acceptation d'un choix de vie différent est proportionnelle au nombre de kilomètres qui le sépare de notre choix de vie dominant. La différence peut même prendre une valeur exotique et sympathique lorsqu'elle ne risque pas d'interférer avec nos habitudes. Les débateurs de l'émission ont d'ailleurs tous reconnu qu'une expérience comme Auroville serait impossible en France.[301]

Catherine Picard, présidente de l'UNADFI, a reçu la légion d'honneur ![302]

Aux États-Unis, la spiritualité n'est plus seulement une affaire de croissance personnelle pour les hauts dirigeants. Elle est en train de pénétrer dans la culture et l'organisation du travail. Le fondateur de la brûlerie Green Mountain Coffee Roasters, du Vermont, a embauché son maître spirituel pour enseigner la méditation à ses employés qui le désirent. Robert Stiller a aussi consacré une salle à cette activité. Même chose chez Google, qui organise des séminaires de méditation dans ses bureaux de Mountain View, Pittsburgh, Londres, New York et Sidney. Depuis octobre 2007, Google offre à ses employés un cours de méditation et de présence attentive appelé Search Within Yourself. En fait, les salles de silence et de méditation se multiplient. « Les entreprises ont une certaine réticence, parce qu'elles ne veulent pas faire de prosélytisme auprès de leurs employés, dit-il. Mais tant que vous vous tenez loin de la religion, il y aura de l'enthousiasme. Les gens en ont besoin. »[303]

Décembre : Le foisonnement d'informations et de désinformations assaille le citoyen et semble avoir pour conséquence de déplacer beaucoup de débats aux extrêmes. Puisqu'il est difficile de se faire entendre, sans même parler de se comprendre, la tendance semble être à la radicalisation des discours. Ce ne sont pas des opinions réfléchies qui s'échangent mais des pensées stéréotypées qui s'opposent. Dans un tel contexte, il ne s'agit plus seulement de répondre à son contradicteur sur le fond mais de le discréditer au préalable. En France, une méthode en vogue pour atteindre cet objectif est d'utiliser la terminologie antisectes dont le pouvoir de nuisance n’est plus à démontrer. Le CICNS relève de nombreux exemples montrant que la terminologie antisecte concerne de nombreux secteurs de la société.

Georges Fenech, récent président de la MIVILUDES, était interrogé lundi 8 décembre 2008 au tribunal lors du procès des ventes d’armes à l’Angola. Jouant de manière théâtrale les affres de l’injustice devant les soupçons qui pesaient sur lui (le chef d’accusation est « recel de biens sociaux », l’association dont il était président ayant reçu 100 000 francs en 1997 d’une société vendant des armes). Il a même expliqué qu’il ne « tenait plus debout » et a obtenu ainsi une suspension d’audience.[304]

Dans un dérapage verbal, Georges Fenech, nouveau président de la MIVILUDES invité le 19 novembre 2008 par le journaliste Paul Vermus à un débat autour de l'intégration et des sectes, a notamment déclaré (VSD) : « Si je vous donne le nom des sectes que j’ai dans le collimateur, j’ai droit sur l’heure à un procès… Pas évident de mettre cinq cents sectes et communautés sous surveillance, cela concerne cinq cent mille personnes, dont quatre-vingt-cinq mille enfants. »

Jean-Pierre Brard est condamné pour avoir censuré une élue parée d'une croix, par ces mots : « Je prierais Mme Vayssière de faire disparaître toute forme d'exhibitionnisme religieux provocateur qui est une violation de la laïcité. » « L'ex-maire de Montreuil avait privé de micro une élue parée d'une croix chrétienne, lors d'une séance du conseil municipal en 2006. Il devra verser 5.000 euros de dommages et intérêts à la plaignante. (…) Le député le plus consulté sur les questions de laïcité a été reconnu coupable de « refus du bénéfice d'un droit par chargé de mission de service public à raison de la religion » (discrimination réprimée par l'article 432-7 du code pénal) »[305]

« La liberté d’expression et de religion au cœur de la 20ème conférence annuelle Andersen-Ottaway du Comité mondial pour la liberté de la presse : « La plus grande menace à la liberté d’opinion et d’expression défendue par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme réside dans le débat actuel sur l’expression et la religion », a déclaré l’avocat américain spécialiste du Premier amendement Floyd Abrams lors de sa conférence. (…) Une résolution des Nations Unies actuellement à l’étude par l’Assemblée générale en plénière, qui appelle les États membres à prendre des mesures pour interdire ou punir ce que l’on appelle « diffamation des religions » ou « incitation à la haine », a été critiquée par des organisations de défense de la liberté d’expression car jugée comme une menace à l’article 19. (…) Lors d’un discours conjoint prononcé dans le cadre d’une conférence réunie par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme en octobre, Mme Asma Jahangir et M. Doudou Diene ont observé : « La liberté de religion confère aux croyants le droit d’agir en vertu de leur religion mais pas celui d’avoir leur religion elle-même protégée contre tout commentaire défavorable. »[306]

L'affaire de l'ex-directeur de Libération fera-t-elle avancer les droits de tous les citoyens ? La garde à vue dégradante subie par l'ancien directeur du journal Libération pour une affaire de diffamation, a suscité émoi et indignation dans la classe politique et dans le monde médiatique (Le Monde[307]). Ces réactions sont compréhensibles mais le CICNS souhaite que cette affaire en cours ne soit pas l’occasion d’illustrer l’opportunisme politique ou le corporatisme des journalistes. Les médias pourraient s’en saisir pour réévaluer leur traitement de la question des dérives sectaires en prenant en compte le travail du CICNS et en permettant ainsi que les atteintes à la dignité des personnes constituent un vrai dossier sur le bureau du gouvernement.[308]

« Aujourd'hui, nombreux sont les parents qui souhaitent intégrer une dimension spirituelle à l'éducation de leurs enfants, hors des dogmes des religions établies dont ils se sont éloignés ou desquelles ils se méfient. « S'il y a un net déclin de la pratique religieuse institutionnelle, constate le philosophe Michel Lacroix, il existe parallèlement un besoin de croire à une réalité transcendante pour donner du sens à l'existence. Et c'est probablement cette foi que les adultes désirent transmettre à leurs enfants. Pour les uns, elle passe par une spiritualité sans Dieu; pour les autres, par un principe divin placé au centre de leurs croyances, mais cela peut aussi être l'amour du beau, du vrai et du bien, les trois valeurs platoniciennes. »[309]

Plus belle la vie, une fiction populaire regardée quotidiennement par des millions de Français, a présenté du 8 octobre au 15 décembre 2008 (épisodes 1063 à 1111) le scénario d'une jeune femme (Mélanie) qui va devenir progressivement « victime d'une secte » pour en être finalement « libérée ». Cette intrigue, prétendue réaliste, impose aux téléspectateurs les amalgames véhiculés par les antisectes avec force détails. C'est un parti pris consensuel, qui a malheureusement un effet redondant avec la « chasse aux sectes ». C’est le parti pris de la caricature, sur le thème de la « secte » : l'abus de confiance, l’escroquerie, sur fond de manipulation mentale par une pseudo guide spirituelle. Dans le film, de nombreux détails totalement irréalistes sont présentés comme vraisemblables. Le scénario reproduit les archétypes antisectes au point que l’on pourrait croire en une forme de propagande qui ne dirait pas son nom, où la culture finit par se faire la porte-parole de l’idéologie dominante.[310]

2009 : Janvier : Une journaliste évalue la dernière émission « Les infiltrés » sur les « sectes ». Cette nouvelle émission, proposée par France 2 et présentée par David Pujadas, a été contestée par la profession pour ses pratiques douteuses. « Il est important de faire une distinction entre la presse écrite et la télévision. Il existe une belle différence entre réaliser un reportage en caméra cachée et réaliser un reportage écrit sans révéler sa véritable identité de journaliste. (…) Ce qui frappe le plus dans cette émission, c’est à quel point les personnes filmées à leur insu sont mal dissimulées. (…) Tout au long du visionnage de cette émission, si mon cœur de journaliste s’insurge de l’incroyable violation de la déontologie, mon esprit critique de citoyen se met aussi en éveil. Certes les images sont parlantes, elles révèlent beaucoup de choses… Mais surtout du sensationnel. »[311]

Février : Les comités de vigilance sur les mouvements sectaires sont-il mal informés et hors-la-loi ? Le Contrat Local de Sécurité (CLS) a pour objectif de renforcer la lutte contre la délinquance sur des territoires donnés en France. Dans ce cadre, des cellules de veille thématiques ont été mises en place. Le comité de vigilance sur les mouvements sectaires est l'une d'entre elles. À Villeneuve d'Ascq, David Deshayes, coordinateur du Contrat Local de Sécurité, commente le travail de la cellule qui concerne les mouvements sectaires : « Certaines (sectes) sont interdites en France, comme l'Église de Scientologie, alors qu'elles sont légales en Belgique ». Non seulement ce monsieur est très mal informé mais il ajoute : « Nous sommes vigilants au niveau de la ville à ne pas cautionner (...) des mouvements sectaires (...) Ça nous est déjà arrivé à ce titre de refuser de prêter une salle. Cela, tout en respectant bien sûr le droit de chacun de croire en ce qu'il veut. »[312]

La chaîne parlementaire et la MIVILUDES signent un partenariat. La Chaîne parlementaire LCP-AN « souhaite apporter son soutien à la MIVILUDES en favorisant les conditions d’informations des citoyens quant aux risques des dérives sectaires, mais aussi en informant les téléspectateurs sur les actions menées par la MIVILUDES ». La présence dans le Conseil d'Administration de LCP-AN de personnalités comme le député Jean-Pierre Brard, ayant démontré à maintes reprises une absence totale de mesure dans leur "combat" contre les minorités spirituelles, n'est pas de bon augure. Le CICNS invite donc les rédactions de LCP-AN à une vigilance accrue afin de proposer une réflexion équilibrée.[313]

Selon une ADFI locale, il y aurait des dizaines d'écoles sectaires dans sa région : « Selon l’ADFI Lyon, il existe dans la région une trentaine d’écoles dont le caractère sectaire est attesté par des témoignages. Quelques-unes auraient pignon sur rue, mais la plupart n’auraient pas d’adresse pour s’évanouir plus facilement dans la nature. Elles porteraient pour certaines des noms aussi fantaisistes que école de l’intuition, école de décodage biologique, école de l’éveil ou école de l’intuition du toucher de la lumière. »[314]

Procès de l’Angolagate : Georges Fenech, ancien président de l’Association professionnelle des magistrats (APM) et actuel président de la MIVILUDES, qui a perçu 100 000 francs de virement de Pierre Falcone et a toujours déclaré avoir ignoré quelles étaient les activités de Brenco a manqué à une « obligation de prudence élémentaire », car il « aurait dû chercher à savoir d’où venaient ces fonds ». « Il ne s’agissait pas de n’importe quelle association, mais d’une association de magistrats de l’ordre judiciaire ! », a rappelé le procureur, en soulignant que M. Fenech aurait dû faire preuve d’une « vigilance accrue », d’autant qu’il avait eu lui-même, en qualité d’ancien juge d’instruction, à connaître de dossiers de droit pénal des affaires. Selon l’accusation, il connaissait donc le caractère illicite du versement. 6 mois de prison avec sursis sont requis, le jugement sera rendu à l’automne 2009.[315]

Autodafé de livres : « Le 10 février 2009, le Journal Officiel publiait une question du député UMP Didier Robert[316] : « A propos des sectes, [Monsieur Didier Robert] souhaiterait connaître les mesures envisagées pour contrôler et empêcher la diffusion, la publication et la mise en vente libre sur le territoire national et sur l'Internet francophone d'ouvrages édités ou écrits par des personnes identifiées comme appartenant et promouvant ces mouvements sectaires. »[317]

« Plusieurs membres de la FF2P ont été sollicités pour adhérer à la « Charte des praticiens et acteurs du corps et de l’esprit » du GEMPPI. Or son article 2 est inacceptable. En voici le texte : « Art. 2 : Il a une pratique respectant les principes de laïcité et de respect de la personne humaine, notamment en s'abstenant d'orienter ses clients ou usagers vers quelques croyances ou religions que ce soient. Son activité de praticien ou d'acteur du corps et de l'esprit est indépendante de toute appartenance à des groupes désignés comme secte dans les rapports parlementaires français « Les sectes en France » (1995), « L'argent des sectes » (1999) et ceux qui seront publiés ensuite sur ce thème ou nommés comme tels dans les rapports de la MILS ou de la MIVILUDES ». (…) Cette Charte du GEMPPI s'aligne « aveuglément » sur certaines prises de positions (passées et à venir) parfois arbitraires de la MIVILUDES, plusieurs fois mises en cause par des chercheurs du CNRS et par des spécialistes. (…) La notion même de « secte » n'a d’ailleurs jamais été définie. Seules devraient être poursuivies les dérives sectaires, mettant en cause la liberté ou la sécurité, et non la simple appartenance à tel ou tel mouvement (…). Il s'agit clairement d'une nouvelle « chasse aux sorcières », condamnée par les scientifiques et par tous les pays étrangers ! »[318]

Un membre de Moon gagne face à la Russie : « Un missionnaire américain de l'Eglise de l'unification, plus connue sous le nom de « secte Moon », a fait condamner Moscou jeudi par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour les conditions brutales de son expulsion de Russie où il s'était installé en 1994. Patrick Francis Nolan, qui a œuvré auprès de divers groupes de la secte d'origine sud-coréenne en Russie, avait été interpellé à l'aéroport de Moscou le 2 juin 2002, au retour d'un voyage à Chypre. Il avait été détenu toute une nuit puis directement expulsé vers l'Estonie sans possibilité d'emmener son fils de 11 mois, confié à une nurse. Le père et l'enfant n'avaient pu se retrouver que dix mois plus tard. Dans son arrêt, la juridiction du Conseil de l'Europe condamne la Russie pour détention arbitraire, violation du droit au respect de la vie privée et familiale, du droit à la liberté de religion et pour non respect des procédures requises pour l'expulsion des étrangers. Le missionnaire, qui réside actuellement en Géorgie, obtient 7 000 euros au titre du dommage moral. »[319]

Dans un article en date du 13 février 2009, le Parisien relate l'intention de Georges Fenech de publier une nouvelle liste noire de sectes. Le président de la MIVILUDES maquille sous des termes moins polémiques son intention persistante de discriminer les minorités spirituelles et les pratiques alternatives qualifiées de sectes. Ainsi l'expression « liste de sectes » est remplacée par « référentiel des mouvances et des pratiques témoignant de dérives sectaires ». Seuls ceux qui souhaitent participer à cette pratique regrettable du fichage se laisseront convaincre par cet artifice de langage. Il est réconfortant de constater, toujours selon l'article du Parisien, que le ministère de l'Intérieur s'est saisi de ce nouveau projet de liste pour le dénoncer et souligner la nécessité de cadrer l'action de la MIVILUDES. Le CICNS invite donc le Premier Ministre François Fillon et Madame Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, à prohiber sans ambiguïté et fermement toute liste de proscription. Seule une instance telle qu'un observatoire indépendant des nouvelles spiritualités devrait être habilitée à publier un « référentiel » sur des mouvements étudiés en respectant le contradictoire.[320]

L'astrologie est une connaissance ancestrale pour certains, une supercherie pour d'autres. Il ne nous appartient pas de commenter cette pratique, sauf lorsque la lecture du cours des astres se transforme en « désastre ». C'est le cas pour un site canadien Planète Québec[321] qui gratifie ses lecteurs d'un horoscope chinois mettant régulièrement en garde devant le danger que représenteraient les sectes. Ces « interprétations célestes » semblent directement inspirées par des officines antisectes.[322]

L’affaire du Dr Guéniot : En juin 2006, le tribunal correctionnel de Lille condamnait en première instance le docteur Gérard Guéniot à deux ans de prison avec sursis et une interdiction définitive d'exercer la médecine pour non-assistance à personne en danger après la mort, en 1997, d'une patiente cancéreuse, Evelyne Marsaleix, traitée par homéopathie (dépêche AFP sur L'Express[323]). Le docteur Guéniot a fait appel de cette décision. Le Dr Saint-Omer, un confrère de Gérard Guéniot, également jugé en juin 2006 pour le même chef d'accusation, était condamné à deux ans de prison avec sursis. Il n'a pas fait appel. Le 17 février 2009, donc 13 ans après les faits et suite à dix ans d'instruction, « La Cour d'appel de Douai a relaxé le Dr Gérard Guéniot (62 ans). (...) Dans les 87 pages d'attendus du jugement, la Cour d'appel de Douai a expliqué hier que le Dr Guéniot n'avait examiné la patiente qu'à une seule reprise. Et qu'en conséquence, il ne pouvait être condamné pour « non-assistance à personne en péril ». Dans 20 Minutes, le défenseur du Dr Guéniot, Me Xavier Autain explique que : « Gérard Guéniot ne s'était pas opposé à ce que la jeune femme subisse une chimiothérapie. »[324]

Publication d’une étude du CICNS sur « Sectes, médias et pensée unique » : Un certain nombre d’intellectuels ont fait une analyse critique des médias de masse. Leurs travaux et mises en perspective nous permettent de mieux comprendre le fonctionnement des débats publics organisés sur ces médias. Après avoir cité certains de ces auteurs, nous proposons plusieurs commentaires et critiques de l'émission Les infiltrés traitant du thème des sectes et diffusée sur France 2 le 17 décembre 2008.[325]

L'hypocrisie de Georges Fenech sur la question des « listes de sectes » : « Il faut rappeler que la liste de ces mouvements, établie par la commission d'enquête parlementaire en 1996, n'a ­aucune valeur juridique. Les décisions de maires ou de présidents de conseils généraux qui s'étaient fondés sur cette liste pour refuser un agrément ou une adoption ont toutes été annulées par les juridictions administratives. Pour ma part, je suis très réticent à l'établissement de telles listes : il y a d'abord un risque de stigmatisation d'un mouvement par erreur (il y en a eu). D'autre part, ces listes ne sont que la photographie à un moment donné d'un paysage sectaire évolutif. Enfin, cela permettait à une organisation sectaire qui n'y figurerait pas de s'en prévaloir pour affirmer qu'il n'y à rien à craindre d'elle. C'est donc une arme à double tranchant. »[326]

Le député d'Asnières voit des sectes partout : « Tout au long de la précédente mandature, la dénonciation de pratiques sectaires aura été une activité récurrente de l'ancienne équipe municipale (Affaire Elahi… la mairie d’Asnières au four et au moulin[327]). Ce thème aura été utilisé à plusieurs reprises pour obtenir le départ d'un maire-adjoint[328], harceler une association gênante (L'association du quartier Métro gagne devant la cour de cassation[329]), gêner des opposants politiques[330]… La dénonciation, par Manuel Aeschlimann, des pratiques sectaires dans sa circonscription a toujours été radicale... Cependant on constate que ces attaques se concentrent très souvent contre la même fondation. Pour résumer, notre député voit des sectes partout, mais c'est souvent la même... (Libération : Le maire d'Asnières voyait des sectes partout[331]). Que dirait notre ministre de l'intérieur si elle apprenait qu'un député de notre république fait distribuer des extraits d'une note de cette même Miviludes ? Cette note recense une liste d'associations ou de sociétés présentées comme proches d'une fondation parisienne, et à ce titre les qualifie de « nébuleuse sectaire ». Le qualificatif de « nébuleuse sectaire » n'a aucune signification juridique. Ce document n'a jamais été publié sous la forme d'un rapport officiel, ni même cité, dans aucun des comptes rendus d'activités annuels de la mission interministérielle. Il se présente sous la forme d'une simple note anonyme imprimée sur papier libre. Le député dénonce une association de quartier comme proche de cette fondation. Emporté par sa démonstration, Manuel Aeschlimann présente au cours de son intervention, les membres de cette association comme de véritables adversaires politiques : « Pendant la campagne (cette association) a été très active puisque par différents tracts elle a apporté des soutiens officiels à tous ceux qui voulaient nous faire battre... ». (…) En utilisant cette nouvelle clef de lecture, le harcèlement judiciaire des membres de cette association, la diffusion de « vraies-fausses » notes des RG, la dénonciation calomnieuse d'un de ses adhérents, prennent un sens nouveau. Elle jette un regard différent sur la façon dont auraient pu être traités certains Asniérois au prétexte qu’ils s’étaient mis en travers de la route d’un élu. »[332]

Mars : Selon une dépêche AP du 27 mars 2009 (publiée par le Nouvel Observateur[333]) : « La Chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a validé vendredi une ordonnance de non-lieu rendue en faveur de membres de l'Eglise de Scientologie mis en examen pour « escroquerie » et « exercice illégal de la médecine », déclarant irrecevable l'appel interjeté par une association de victimes, l'UNADFI ». (Le 6 avril 2010, la Cour de Cassation rejettera définitivement le pourvoi formé par l’UNADFI (Droit des religions[334]).[335]

Le 8 mars 2009, Le Webmaster du site Prevensectes reconnu coupable de diffamation envers la « SARL L’Ermitage alias Libre Université du Samadeva Edition L.U.S. par la XVIIème Chambre correctionnelle du TGI de Paris pour avoir publié un article intitulé Euphonie Gestuelle du Samadeva (…) sur Prevensectes en février 2007. »[336]

Parution du troisième volet du documentaire du CICNS : « La France antisectes : état des lieux – Plaidoyer pour les libertés individuelles », dédié à la réhabilitation des minorités spirituelles attachées au respect de l’être humain. Cette troisième partie décortique le traitement médiatique du thème des sectes, le parti pris des médias en faveur du discours antisectes et de la version des « apostats » et l’impact de cette prise de position partiale sur l’action politique et la société civile. La conclusion de cette trilogie reste néanmoins optimiste dans notre capacité à dépasser des peurs irrationnelles pour défendre la liberté spirituelle. Les thèmes suivants sont en particulier abordés : le parti pris des débats télévisés, exemples à l’appui ; les techniques de montage pour faire « passer » un message (voir également nos commentaires d’émissions de télévisions[337]) ; trois cas de « victimes de sectes » fortement médiatisés, analysés de façon contradictoire ; 2008, année noire pour la liberté spirituelle autour des propos d’Emmanuelle Mignon, et bien d’autres.

« Trois obédiences maçonniques - le Grand Orient de France, la Grande Loge féminine de France et la Fédération française du Droit humain - ont annoncé mercredi, dans un communiqué, la création d'une « mission commune de vigilance sur les mouvements sectaires ». Ces trois obédiences jugent « opportun de rappeler leur position très ferme vis-à-vis des mouvements sectaires ou à tendance sectaire qui, par leurs dérives, portent atteinte aux libertés fondamentales des citoyens et constituent une menace pour la démocratie et les Droits de l'Homme ». (AFP, 12 mars 2009)

« Des chercheurs déclarent, dans le journal américain Proceedings of the National Academy of Sciences du 9 mars, avoir localisé la zone du cerveau qui contrôle la foi religieuse. Selon leurs travaux relatés dans The Independent la croyance en un pouvoir supérieur, céleste, est un atout de l'évolution qui aide les hommes à survivre. »[338]

Le Daily Nord publie une enquête sur les « sectes » : « Secte. Le mot intrigue, inquiète, fait sourire, terrorise, provoque le débat, depuis des années et en particulier la décennie qui a suivi la révolution sociale de 1968. Pourtant, les grandes dérives et menaces de suicides collectifs ne font plus la une de l’actualité. Les dérives sectaires, puisqu’il faut les appeler ainsi, ont-elles pour autant disparu ? DailyNord s’est penché sur cette question ô combien délicate et qui froisse nombre de susceptibilités. »[339]

Un vrai « dérapeute » à grande échelle dont on n'entendra pourtant peu parler : « Les essais truqués d'un anesthésiste américain : « Le docteur Scott S. Reuben a avoué avoir fraudé au moins 21 essais cliniques de médicaments destinés aux anesthésies. C'est un énorme scandale dans la pharmacologie mondiale. »[340]

Présentée par le Pakistan et soutenue par l'Organisation de la conférence islamique (OCI), une résolution[341] a été examinée le 26 mars à Genève au Conseil des droits de l'homme de l'ONU et adoptée par une majorité de pays-membres. Ce texte s'inquiète des amalgames entre islam et terrorisme, des stéréotypes négatifs qui courent sur les religions et des incitations médiatiques à la haine religieuse, en particulier depuis le développement d'Internet. Il souligne que l'exercice de la liberté d'expression devrait entraîner des contreparties et supporter même des limitations. La diffamation des religions constitue, note la résolution, « une grave atteinte à la dignité humaine, conduisant à des restrictions de la liberté religieuse de ses adeptes, à une incitation à la haine religieuse et à la violence ». Cette motion a été votée par vingt-trois pays-membres des Nations-Unies (…), onze se sont prononcés contre (…) et treize se sont abstenus.[342]

Mai : « Le CICNS a constaté et déploré à plusieurs reprises la diffusion de la terminologie antisectes dans tous les secteurs de la société[343]. Sans surprise, ce vocabulaire discriminatoire s'étend aux affaires judiciaires, même lorsqu’elles n'ont aucun rapport direct avec un groupe spirituel ou une pratique thérapeutique alternative. Lorsque la thèse sectaire n'est pas considérée comme pertinente pour traiter le cœur d'une affaire, un aspect de la procédure judiciaire y fait souvent référence et participe ainsi à associer, dans l'inconscient collectif, le terme « secte » à la panoplie infinie des turpitudes humaines. Ainsi récemment, plusieurs affaires, telle celle-ci : « L’affaire Fritzl », qui est « un cas d'inceste découvert fin avril 2008. À 42 ans, une Autrichienne, Elisabeth Fritzl, déclare qu'elle a été emprisonnée, violée et physiquement agressée par son père, Josef Fritzl, pendant 24 ans. Durant toutes ces années, J. Fritzl cacha à sa famille, y compris à la propre mère d'Elisabeth (Rosemarie Fritzl), la détention de sa fille, faisant croire qu'elle avait rejoint une secte. »[344] Peu d’observateurs semblent conscients de cette dérive langagière qui a plusieurs conséquences regrettables majeures. Elle sert de catalyseur émotionnel inapproprié à une société en perte de sens. Par ailleurs, de façon totalement injustifiée, tout groupe qualifié de « secte » devient porteur potentiel de toutes les déviances agrégées au fil du temps sous ce vocable. Ce poids des mots a forcément un impact, que nous dénonçons, sur le déroulement des procédures judiciaires impliquant des minorités spirituelles.[345]

7 mai 2009 : « Le mouvement des Témoins de Jéhovah a obtenu jeudi le statut officiel de religion en Autriche, en application d'un jugement de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), a annoncé le ministère de l'Education et des Cultes. Cinquième communauté religieuse par son importance dans le pays, avec 20.000 adeptes, ce mouvement millénariste d'inspiration chrétienne né aux Etats-Unis au 19e siècle, devient la quatorzième religion officiellement reconnue par l'Etat autrichien. Cette décision fait suite à un arrêt de la CEDH, qui a mis fin en juillet 2008 à 30 années de démarches du mouvement pour sa reconnaissance par Vienne. »[346]

Création d'un groupe d'appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique : Le 19 février 2009, le journal officiel publie un arrêté du 3 février 2009 du Ministère de la santé et des sports portant création d’un groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique. L'article 2 indique que ce groupe a pour mission d'aider à la « politique de lutte contre les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dangereuses, et au repérage des pratiques prometteuses » par « l’élaboration des critères permettant d’apprécier et de hiérarchiser la dangerosité éventuelle ». Ce groupe sera constitué, entre autres, d'un représentant de la MIVILUDES. Sans beaucoup d'illusion, le CICNS sera intéressé d'observer la capacité inédite d'un tel groupe à « repérer les pratiques prometteuses ».[347]

Lu dans la presse : Le GEMPPI (Groupe d’études des mouvements de pensée en vue de la prévention de l’individu) envisage de créer à Marseille un centre pour valider (ou non) les médecines douces... selon leurs critères de validité (source : La Provence)

Le CICNS commente le traitement du thème des « sectes » dans de nombreux débats télévisés et radiophoniques : Les médias américains ont introduit deux règles dans leur relation au grand public : La Fairness doctrine, qui oblige les chaînes de télévision à ne pas se limiter à un seul point de vue dans la présentation d'une question publique controversée. La personal attack rule, qui impose aux chaînes de faire parvenir dans les huit jours une copie du programme concerné à tous ceux qui ont été nommément attaqués à l'antenne, pour qu'ils puissent se défendre. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, le monde de la télévision se croit généralement obligé de présenter des débats tronqués pour satisfaire à un public peu exigeant et friand de sensationnel. Un véritable débat sur les minorités spirituelles, dans un tel contexte, n'aura donc jamais lieu. Ces émissions sans âme, flattant les instincts les plus bas de la nature humaine, creusant sans scrupule les fossés de la division, ne peuvent pas être vues sans un pincement au cœur. Mais nous pouvons certainement y porter un regard qui contribuera à ce que l'intolérance ne soit pas la seule voix à se faire entendre.[348] 

Interrogée par un parlementaire sur les moyens d'actions « des parents concernant un enfant majeur intégré dans une communauté à caractère sectaire », la Garde des Sceaux précise : « (...) par un arrêt du 8 avril 2008, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Caen a effectivement admis la constitution de partie civile des parents d'une personne majeure ayant vécu de 2002 à 2007 dans un groupe présumé sectaire. La cour d'appel de Caen a considéré que les parents, mais également la sœur, de cette personne avaient pu subir un préjudice direct résultant de la rupture complète des liens avec cette dernière, en raison de l'infraction d'abus de faiblesse sur personne en état de sujétion psychologique commise à son encontre. Cette décision permet de constater que les outils juridiques existants donnent des moyens d'action judiciaire aux parents d'une personne intégrée dans une communauté à caractère sectaire (...) la teneur de cette décision a fait l'objet d'une diffusion auprès des magistrats dans le cadre d'une dépêche adressée aux procureurs généraux le 5 janvier 2009. » (JO) Quel sens reste-il à l'article 1 de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public » ? (Loi 1905) Psychose antisectes, lynchages médiatiques en règle, tentatives de censure, propos et publications irresponsables de la MIVILUDES, listes noires, manipulation mentale, associations antisectes virulentes accréditées par l'Etat, loi About-Picard, loi de protection des témoins des commissions parlementaires, jurisprudence facilitant la mise en cause de la responsabilité d'un acteur majeur dans ses choix spirituels (ci-dessus) : voilà le contexte dans lequel un adulte français est censé exercer aujourd'hui en toute « quiétude » sa liberté spirituelle lorsque ses choix s'éloignent des dogmes reconnus. D'aucuns appellent cela la « laïcité française ». Il suffit juste d'un peu d'honnêteté intellectuelle pour constater que cette version de la laïcité est défectueuse. Il n'est pas étonnant qu'elle suscite, chez les personnes attachées à l'esprit de la loi, de vives interrogations au même titre que l’alibi de la défense des droits de la personne, tant les décisions prises en leurs noms aboutissent, de plus en plus fréquemment, à la négation des libertés et droits fondamentaux.[349]

Parution du livre de Nicolas Walzer, Satan profane : Portrait d'une jeunesse enténébrée, aux Editions Desclée de Brouwer. Nicolas Walzer est docteur en sociologie et chercheur au CEAQ (Paris V, Sorbonne). Il propose dans cet ouvrage une étude sociologique du satanisme par l'analyse de ses liens avec les phénomènes culturels métal et gothic. Ce livre a le mérite de clarifier des notions amplement brouillées par la MIVILUDES. La thèse de dangerosité du satanisme véhiculée par la mission interministérielle est invalidée par N. Walzer. Le sociologue avance sa démonstration en proposant une terminologie discriminante entre « le satanisme de type religieux et, d'autre part, l'imaginaire satanique de type culturel ». Il différencie ainsi ce qu'il considère comme un culte par les suffixes « isme », « iste » (satanisme, sataniste) et ce qu'il relie à une pratique culturelle par les suffixes « ique » (l'imaginaire satanique). Selon lui, « le satanisme hexagonal a de toute façon toujours été embryonnaire. A l'inverse de l'imaginaire satanique, il n'est pas un fait social mais un fait ultra minoritaire ». Il estime le nombre de satanistes en France à une centaine. [350]

L'Elysée pousse à la rédaction d'un code de déontologie pour les journalistes : Un conseil des « sages » chargé de rédiger un code de déontologie pour les journalistes devrait être mis en place au cours des prochains jours. L'Elysée y tient et met la pression sur les éditeurs de presse afin qu'ils fassent aboutir ce dossier.[351]

La trouble affaire de Robert Le Dinh, accusé « d’agressions sexuelles diverses et d’abus de faiblesse avec extorsion de fonds, pour des faits remontant à l’année 1997 » : « Le problème pour l’accusé, dont on ne soulignera jamais assez qu’il est innocent tant que le tribunal ne l’a pas condamné, le problème donc est que, depuis 2001, la Loi a introduit la notion de « manipulation mentale », dont se prévaut l’UNADFI – Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu – pour accuser Robert Le Dinh de dérive sectaire. »[352] Un comité de soutien s’est formé pour sa défense.[353]

« Le Journal de Montréal a utilisé des méthodes clandestines «non justifiées» lors d'un reportage d'infiltration chez les Raéliens, estime le juge de la Cour du Québec : Dans une décision rendue à la fin mars à la division des petites créances, le juge Grenier condamne conséquemment la Corporation Sun Media à payer des dommages totalisant environ 10 000$ à deux disciples de Raël, qui n'ont pas apprécié d'être identifiés dans le Journal. Monsieur A et Madame B (on ne peut plus les identifier), respectivement entrepreneur en construction et psychologue, se plaignaient d'atteinte à leur vie privée, en raison notamment de « l'utilisation non autorisée » de leur nom et de leur photo. »[354]