« Plus belle la vie » ?
« Plus
belle la vie », une fiction populaire regardée
quotidiennement par des millions de Français, a présenté du 8 octobre au 15 décembre
2008 (épisodes 1063 à 1111) le scénario d'une jeune femme (Mélanie) qui va
devenir progressivement « victime d'une secte » pour en être
finalement « libérée ». Nous avons
extrait et regroupé quelques courtes séquences qui illustrent les propos de
cet article, dans un « clip » dont vous trouverez le lien en bas de
page. Déroulement
de l'intrigue : Une jeune
femme (Mélanie) fragilisée par une rupture sentimentale, se voit proposer de
l'aide par une ostéopathe (Elisabeth). Celle-ci lui proposera des massages,
puis de porter un collier dont la pierre aurait des vertus apaisantes. Elisabeth
devient peu à peu sa « marraine spirituelle », en la guidant vers
une communauté vivant dans un hôtel dont elle est la gérante, appelée :
« les chemins de la connaissance de soi ». Leur pratique consiste à
appliquer l'enseignement du « professeur Müller » et son livre
fondateur, par des groupes de parole, de la relaxation, des séminaires etc. L'implication
et l'engouement de Mélanie pour cette « secte » inquiètent son
entourage. Le vocabulaire de Mélanie et ses choix de vie sont de plus en plus
influencés, par de nouvelles façons de penser, de croire et d'agir. Par
exemple, elle range ses relations suivant deux catégories : « toxique ou
non toxique ». Elisabeth se
révèle être une manipulatrice, et un escroc, qui profite de la crédulité de
Mélanie. Ses proches
vont alerter la justice. Il s’avère que le groupe en question est déjà
surveillé par la police et qu’un juge tente de faire un dossier pour que
l’association soit « classée officiellement comme secte ». Chacun tente
de sortir Mélanie de cette influence, qui lui fait perdre son discernement,
tandis qu'elle doit payer des sommes de plus en plus importantes pour participer
aux activités de l'association (hébergement, séminaires, etc.). Elle se voit
obligée de prendre un deuxième emploi, et malgré cela se couvre de dettes, ne
paye plus son loyer, etc. Le juge
viendra personnellement au secours de la victime. Dans le scénario, c’est lui
qui est la caution morale et pédagogique de ce qu'est la notion de « secte ».
Il explique comment « elle » agit pour manipuler, et comment il faut
préserver la victime. Finalement, Mélanie
réalise qu’elle est « manipulée » et décide de quitter son
groupe. Elisabeth
l’empêche de partir en la menaçant de révéler à la police des confidences
qu’elle lui avait demandé d’écrire dans le cadre d’un séminaire. Finalement,
un proche de Mélanie piège à son tour Elisabeth qui se voit contrainte de
laisser partir Mélanie et de la rembourser de toutes les sommes dépensées
dans le cadre des activités de l’association. Quant à
Elisabeth, elle quittera la ville précipitamment. La victime retrouve sa « liberté », et se déclare prête à témoigner pour aider la justice. Commentaires
et Analyse : Cette
intrigue, prétendue réaliste, impose aux téléspectateurs les amalgames véhiculés
par les antisectes avec force et détails. C'est un parti pris consensuel, qui a
malheureusement un effet redondant avec la « chasse aux sectes ».
C’est le parti pris de la caricature, sur le thème de la « secte » :
l'abus de confiance, l’escroquerie, sur fond de manipulation mentale par une
pseudo guide spirituelle. La menace de
la secte est illustrée ici par l'ostéopathe
proposant des soins de charlatan, qui se révèle être le leader spirituel
d'une communauté d’adeptes manipulés et dépouillés de leur bien. Les clichés
chers aux « antisectes » sont devenus dans cette fiction des
concepts « réalistes »... Il est légitime
pour un scénariste d’entraîner le spectateur dans un monde imaginaire, mais
ce procédé devient critiquable quand il fait passer l’exception pour la généralité
et qu’il stigmatise ainsi tout un ensemble de pratiques et de choix de vie
respectables. L'évocation
de « La secte » suffit à rassembler les bons contre les méchants. Dans le film,
de nombreux détails totalement irréalistes sont présentés comme
vraisemblables. Par exemple, et contrairement à ce qui est décrit dans le
script, un juge ne peut pas instruire un dossier de témoignage de victimes dans
le but de faire reconnaître une association comme « secte ». Parce
que le mot « secte » n’a aucune définition juridique, et que la
justice est censée n’utiliser aucune « liste de sectes ». Le scénario
reproduit les archétypes antisectes au point que l’on pourrait croire
en une forme de propagande qui ne dirait pas son nom, où la culture finit par
se faire la porte-parole de l’idéologie dominante. Il n'est pas
rare de voir au début ou à la fin de certains films une note préventive :
« toute ressemblance avec des
situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » Quand nous
voyons avec quels a priori les scénaristes de « Plus Belle La Vie »
abordent des techniques d’ « épanouissement personnel » ou
de « connaissance de soi » nous pensons que la moindre honnêteté
serait de faire ce rappel à chaque épisode. Liens vers le clip : visionner adsl visionner 56k |