Notes de terrain[1]« La
guerre de Une mise à jour post-11 septembre Susan J. Palmer Entretien avec Antoine Faivre le 12 février 2006
Entretien avec Nathalie Luca le 21 février 2006 Néo-Phare : première application de la loi About-Picard sur la « manipulation mentale » Cet article est un
rapport sur les derniers développements dans la « guerre contre les sectes » en France. La panique anti-sectes causée par les
suicides et meurtres de l’Ordre du Temple Solaire s’est estompée, au bout
de 13 ans, et un gouvernement plus modéré a remplacé le Parti socialiste.
L’ancienne Mission de Lutte contre les Sectes (MILS) a été remplacée par Des entrevues avec d’éminents
universitaires français démontrent clairement
que leur expertise dans les domaines de la sociologie et de l’histoire
des religions est délibérément ignorée par les pouvoirs publics et qu’ils
sont même sanctionnés pour avoir exprimé leur opinion de spécialistes au
sujet des politiques publiques envers les
sectes. La nouvelle menace, déguisée, contre la liberté religieuse posée
par la loi About-Picard (2001), qui a été conçue pour cibler les dirigeants
de sectes qui « lavent le
cerveau », est analysé après une étude de sa première application à
un petit groupe nommé Néo-Phare. Au printemps 2006,
je partis pour un voyage d’études à Paris, subventionné par le SSHRC
(Social Sciences and Humanities Research Council of Canada) pour étudier les
nouveaux mouvements religieux en France. Mon intérêt pour le statut controversé
des minorités religieuses en France s’est éveillé en 1996 quand Massimo
Introvigne et J. Gordon Melton m’ont invitée à contribuer à leur ouvrage
critiquant le rapport Guyard[2].
Ce rapport était le résultat de Mon objectif en 2006
était de découvrir si le sort des «
sectes » et des minorités religieuses étrangères s’était amélioré
depuis mon précédent séjour en France en 2001. Mon hypothèse était que les
nouvelles religions jouissaient d’une plus grande mesure de liberté
religieuse et de tolérance publique depuis que Jacques Chirac avait été réélu
président en 2002. L’ancienne mission gouvernementale mise en place pour
« lutter contre les sectes »
(MILS) avait fait l’objet de critiques sévères en raison de ses politiques
anti-sectes draconiennes. Quand Jean-Pierre Raffarin fut élu Premier ministre
du nouveau gouvernement, Tandis que J’étais en France
pour découvrir si les mesures de contrôle social du gouvernement concernant
les « sectes » s’étaient détendues
– en partie grâce à l’élection du nouveau gouvernement de Chirac, plus
modéré, et en partie en conséquence de la préoccupation de l’après 11
septembre avec la « menace islamique ». Je ne
m’attendais pas à pénétrer dans la même zone de guerre durant ce voyage,
mon second séjour d’études en France. Durant l’été 2001, dans le cadre
de mon projet de recherche fondé par le SSHRC pour étudier les nouveaux
mouvements religieux apocalyptiques du Québec et leur relations politiques et
internationales, j’avais rendu visite à quatorze des groupes les plus
controversés dans la liste de Guyard. J’avais remarqué la façon dont un
grand nombre de ces groupes étaient stigmatisés et sujets à un contrôle
social. Les dirigeants étaient arrêtés, leurs bureaux fouillés, des NMR (nouveaux
mouvements religieux NDT) empêchés de participer à des festivals
communautaires ou de louer des espaces pour des conférences, et de façon générale
exclus du forum public. De nombreux citoyens français, quand leur affiliation
à une « secte » était connue, perdaient leur emploi ou ne
pouvaient accéder à une promotion. Des membres impliqués dans une histoire de
divorce et des problèmes de garde d’enfants ne pouvaient plus voir leurs
enfants ou perdaient leur droit de visite. Les membres de mouvements
religieux se plaignaient d’une « médiabolisation » (être
diabolisé par les médias). Les articles sur les « sectes » bizarres, fanatiques qui érodaient les valeurs laïques
de Durant mon voyage de
2006 à Paris, je lisais les journaux français chaque matin, assise à mon café
favori du Marais, mais il me semblait que les articles sur « les
sectes » dans les médias français – qui avaient proliféré après
les suicides/homicides de l’Ordre du Temple Solaire (OTS) en 1994 et qui étaient
encore très nombreux en été 2001 – n’étaient que rarement publiés. Le « problème
islamique » était le nouveau centre d’intérêt et la question était
de savoir comment intégrer la jeunesse musulmane dans la société française,
en particulier depuis les attentats à la voiture piégée de l’été 2005[7].
Mais cela reflétait-il une écologie plus favorable pour les autres minorités
spirituelles en France ? Pour répondre à
ces questions, j’ai interviewé des responsables de groupes spirituels
alternatifs : Témoins de Jéhovah, Sikhs Unifiés, Eglise de Scientologie,
Aumisme, et les Raëliens. J’avais espéré rendre visite au bureau de
l’UNADFI (Union Nationale de Défense de J’ai également
interviewé des universitaires, car il n’est pas facile pour une personne
d’Amérique de Nord de saisir les subtilités et les nuances de la politique
sociale française, le système législatif et les attitudes publiques qui sont
tous des facteurs dans la « lutte contre les sectes ». Deux spécialistes
en particulier ont apporté un nouvel éclairage sur le sort des religions non
conventionnelles en France. Entretien
avec Antoine Faivre le 12 février 2006 Antoine Faivre est professeur émérite à Le professeur Faivre avait accepté, dans nos échanges
par e-mail, de me parler de l'époque où il avait été détenu quelques heures
derrière les barreaux, au temps de l’apogée de ce que Massimo Introvigne a
appelé « la folie anti-sectes de « Ma garde à vue est survenue en réponse à un livre auquel j'avais participé »[11],
expliqua le professeur Faivre. « Ce livre (Pour en finir avec les sectes) contestait le Rapport Guyard, notant
qu'il affichait une connaissance superficielle, irresponsable et inexacte des
groupes (spirituels minoritaires ndlr) en France. Le rapport
Guyard ne proposait aucun critère satisfaisant (en particulier universitaire)
pour reconnaître les caractéristiques de ce qu'il appelait une « secte »
et de nombreux groupes se sont alarmés de se trouver, sans aucune consultation
préalable, sur sa liste de pas moins de 172 dites «
sectes ». En effet, la plupart des groupes répertoriés étaient ce
que nous considérions comme des NMR (Nouveaux
mouvements religieux ndlr)
inoffensifs. Dans l'introduction au chapitre que j’ai écrit pour ce
livre, je m’étais plaint du fait qu’en particulier, aucun expert n’avait
été consulté dans l'élaboration du rapport. J'avais remarqué qu'il était
évident qu'aucune des personnes auditionnées n’étaient des universitaires
– aucun des experts compétents (sociologues, historiens des religions, etc)
dans le domaine. » Professeur Faivre explique le terme « auditionné » : « Chaque fois que le gouvernement (le
pouvoir exécutif) demande à l’Assemblée nationale (pouvoir législatif) de
préparer un rapport sur une question sociale, l'Assemblée nationale crée une
commission composée d'un certain nombre de ses députés. « Il n’est écrit nulle part dans le
rapport Guyard qui furent ces « auditionnés » mais on peut en déduire
– c’est assez évident sur la base des données trouvées dans le texte –
qui fut auditionné, à savoir principalement des fonctionnaires de l’UNADFI
et aussi d’ex-membres (de minorités spirituelles ndlr) et peut-être
des « parents inquiets », tous « anti-cult[12] »,
comme vous diriez en Amérique. J’ai dit, dans le chapitre que j’ai écrit,
qu’il n’était pas difficile de connaître le contenu de cette liste puisque
aucun expert n’avait été consulté (j'insiste là-dessus parce que je
n’avais eu connaissance d’aucun collègue, sociologue, historien des
religions, etc, ayant jamais dit qu'il ou elle ait été parmi les personnes
auditionnées). » Professeur Faivre reprit son récit : « Il arriva ainsi qu’à 6h30 un matin, après
la publication de Pour en finir avec les
sectes, j'ouvre ma porte pour trouver la police (un lieutenant et deux de
ses collègues) venue recueillir un document que j'étais censé avoir en ma
possession, à savoir un morceau de papier sur lequel serait écrit les noms des
personnes auditionnées. La raison de cette visite inattendue, me dirent-il, était
qu’un ou plusieurs des députés en charge du rapport avait conclu que l'un
d'entre eux avait donné la liste des noms des personnes auditionnées –
trahissant ainsi le « secret » de qui étaient ces personnes. »
« Je leur ai expliqué que je n'avais pas de
telle liste, que je ne l’avais jamais eue, que je n'avais jamais été en
contact avec aucun des députés concernés par cette affaire, et que tout ce
que je possédais en guise de liste n'était qu'une reconstitution (par hypothèse)
de ce dont elle pourrait éventuellement être composée. La police resta
inflexible. Ils refusèrent d’abandonner jusqu’à ce que je leur donne
« la » liste ; c’était les ordres qu’ils avaient reçus et
si je refusais, ils devraient procéder à une recherche – une perquisition
– dans ma maison jusqu’à ce qu’ils la trouvent. Je les ai conduits dans
mon bureau et ils ont eu l’air embarrassés par tous les dossiers que
j’avais – des murs de dossiers – et il y avait tous les livres dans la
bibliothèque. Ils semblaient découragés de voir ça. Donc je leur ai beaucoup
simplifié les choses. J'ai sorti le dossier intitulé «
sectes » et en ai extrait la seule liste que j’avais, c’est-à-dire
cette simple « reconstitution » (par hypothèse) établie par
quelques collègues et moi-même. Ils en étaient satisfaits mais ensuite ils ont
insisté pour m’escorter jusqu’au poste de police où ils gardent les gens
en ce qu’on appelle une garde à vue, pour un interrogatoire. » Je lui ai demandé comment c'était, en prison. « Non, ce n’est pas la « prison ».
Être mis en garde à vue n'est pas terrible. Cela ne signifie pas être inculpé
ou accusé mais plutôt que l'on est soupçonné ou considéré comme un
« témoin » de quelque chose. Vous êtes cependant détenu quelques
heures pendant qu’un juge procède à une enquête. J'ai été détenu pendant
cinq heures derrière les barreaux (même si ce n’était pas une « prison »
proprement dite) avec trois autres personnes : un homme politique (je ne
dirai pas son nom), un Algérien soupçonné d'avoir forgé des chèques et
quelqu'un qui ressemblait à une prostituée de luxe. Je n'étais pas mal à l'aise, le policier de
garde est sorti pour acheter nos cigarettes préférées et nous a passé des
espresso à travers les barreaux. Alors après cinq heures environ, le lieutenant
qui avait frappé à ma porte ce matin-là m'a pris dans son bureau et m'a posé
un certain nombre de questions. Je lui ai répété de nombreuses fois que je
n’avais jamais reçu aucune liste d'un député. Puis il me dit que le juge
avait décidé de classer l'affaire. Enfin il me relâcha en disant : « Eh
bien, Professeur, vous avez eu une expérience intéressante ! » Et
j'ai répondu : « Oui, tout le monde en France devrait l’essayer au
moins une fois dans sa vie ! » Les sources d’information du Gouvernement français sur les
sectes Plusieurs de mes autres informateurs ont affirmé
que les informations du gouvernement
concernant les sectes ont été filtrée
par les « RG » (la police secrète) et que le fait même de se
renseigner sur leurs sources de données pouvait être interprété comme un
acte de trahison en raison des lois sur le secret. Les méthodes de collecte
d'information des commissions parlementaires de l'Assemblée nationale sont, à
leur tour, protégées par les lois sur l'immunité[13].
J'étais donc curieuse de savoir si en 2006, J'ai interviewé plusieurs universitaires qui
m’ont donné une meilleure compréhension des forces qui font qu'il est
difficile pour les chercheurs de communiquer leurs « constructions de réalité
secondaire »[14]
des religions non traditionnelles en France. Un chercheur, en particulier, est
un bon exemple de la façon dont les universitaires ont été exclus du
processus de décision concernant la gestion publique des minorités religieuses
en France, et de la manière dont l'Etat refuse de prendre en considération les
conclusions des travaux de recherche universitaires lorsqu'il s'agit de sectes. Entretien avec Nathalie Luca le 21 février 2006 Nathalie Luca a écrit sa thèse de doctorat sur
un groupe schismatique de l’Eglise de l’Unification
du Révérend Moon. Mon entretien avec elle a eu lieu le 21 février 2006
au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux, où elle est chargée
de recherche (responsable de recherche). Depuis 1996, Luca a participé à titre
bénévole à des réunions avec les missions anti-sectes de l'Assemblée
nationale, travaillant sous la direction d’Alain Vivien dans le cadre de Luca a remarqué : « Quand M. Langlais
était le président, je pouvais être critique, j'avais une certaine influence.
Il avait le respect de l'université et d'un point de vue académique. Mais
quand Roulet a été nommé président de Luca a démissionné de son association bénévole
avec La lettre de démission de Luca a été publiée
dans Le Monde en décembre 2005, et M. Roulet a répondu en déclarant :
« Luca a expliqué que comme les NMR (nouveaux
mouvements religieux) ne sont pas pris au sérieux en tant que religions en
France, la liberté de conscience ne s'applique pas : « Le mot
« religion » est interdit à Le concept de « dérives sectaires » Je me demandais si les
sectes islamiques ont été inclues dans la conceptualisation du problème
des sectes. J’ai eu la chance, lors
d’un déjeuner dans le cadre d’une conférence sur la guérison à Genève,
de me trouver assise à côté d’une femme qui travaillait à Mon entretien avec Luca m'a permis de comprendre
les différences entre les deux missions anti-sectes subventionnées par le
gouvernement, Mais qu’est-ce qu’une dérive sectaire ?
Mes informateurs l’ont traduit de manières diverses : « dérive
sectaire », « risque sectaire », « déviance sectaire »,
« dommage sectaire », « pratiques sectaires » ou
« sortir des rails ». En première analyse, l’option des dérives
sectaires semble poser un défi moins direct à la liberté religieuse. Elle élude
l’exercice problématique de l'étiquetage des groupes et de la définition
des caractéristiques d'une secte, mais est-elle réellement plus juste ?
Le Rapport Guyard a suscité un concert de protestations internationales de
groupes de protection des droits de l'homme et de la liberté religieuse.
L'attaque sur les dérives sectaires semble plus objective, moins préjudiciable,
et fait une meilleure impression sur la communauté internationale. En mai 2005, le Premier ministre Raffarin a publié
une circulaire indiquant que la liste du Rapport Guyard ne devrait plus être
utilisée pour identifier les sectes.
Roulet a convenu que la liste de Guyard était « complètement obsolète »
mais il a affirmé qu’elle « nous a permis de déterminer et d’enrayer
le phénomène… [bien que] d’une façon erronée et incomplète ».
Roulet commente : « Les pratiques sectaires
sont une notion plus signifiante que le mot secte.(…).
Quand on dit secte, on pense à un groupe important bien structuré, mais,
aujourd'hui, le phénomène prend plutôt une dimension "micro".(…)
Il y a une multitude d'associations qui changent de visage lorsqu'elles se
trouvent dans le collimateur de la justice. Le phénomène sectaire ne change
pas mais change de physionomie..[18] Roulet met en garde : Ces microstructures s’avèrent
plus difficiles à surveiller que les grands mouvements disposant d’une
adresse ou d’un siège social. (…) Des écoles maternelles aux services de gérontologie
dans les hôpitaux, des campagnes aux grandes villes, aucun âge, aucune région
ne sont épargnés par leur activisme. Notre vigilance doit s’exercer au
niveau local, poursuit-il, mais nous ne sommes pas aussi efficaces que nous
devrions l’être.[19] En janvier 2005, Néo-Phare : première application de la loi About-Picard sur la
« manipulation mentale » Mais La nouvelle loi, dite About-Picard, a été votée
par l'Assemblée nationale en mai 2001. Proposée à l'origine par le sénateur
de droite Nicolas About, elle a été présentée à l'Assemblée nationale par
la députée socialiste Catherine Picard. La loi a créé une nouvelle catégorie
de délit appelé abus de faiblesse.
Ce délit devait être utilisé pour rendre compte des nombreuses façons dont
des leaders charismatiques peuvent nuire à des adeptes vulnérables :
la fraude, la violence physique, l'exploitation sexuelle, l'incitation au
suicide, le déni de traitement médical ou la pratique illégale de la médecine.
Inhérente à la nouvelle loi est l’hypothèse que ces innombrables formes de
déviance sociale sont rendues possibles grâce à la force puissante, inéluctable,
de la manipulation mentale émanant du chef charismatique du mouvement. Tout
leader de secte reconnu coupable de
l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse serait passible de
cinq ans de prison et d'une amende allant jusqu'à 750 000 euros de dommages et
intérêts.[22] Ainsi, le concept de lavage de cerveau a été
introduit pour la première fois dans le Droit commun. Mais la difficulté de
trouver des critères objectifs pour la manipulation mentale a été soulignée
par le ministre de Catherine Picard, co-auteur de la loi, répond à
ces préoccupations dans son livre[23].
Elle convient que toute la jurisprudence française protège la liberté de
conscience et d'association, mais que ces libertés devraient s'appliquer
uniquement aux groupes qui ne s'attaquent pas aux droits de l'homme, ne
troublent pas l'ordre public et ne violent pas les libertés individuelles.
Comme les sectes commettent ces
types d'attaques et de perturbations, elles se distinguent comme des
associations « illicites » et non des « religions »
valables. Elle en appelle aux « pouvoirs publics » pour « prévenir
tout dommage à la société et aux individus ».[24] Les événements qui ont conduit au procès
d'Arnaud Mussy de Néo-Phare sont les suivants. Le 14 juillet 2002, un
professeur d’éducation physique de 29 ans nommé Jérémie s'est suicidé en
se jetant devant une voiture. Les médias ont affirmé qu’en deux jours, deux
autres membres de Néo-Phare, Stéphane
et Sophie Peralta, avaient également tenté de se suicider en escaladant les
murs d'un château historique, le Château de Clermont, et étaient tombés au
sol. Mussy a été arrêté le 16 octobre 2002 et inculpé en vertu des
dispositions de la loi About-Picard du 12 juin 2001 (articles 223-15-2 et
223-15-3), qui font de la manipulation mentale un délit (art. 313.4).[25] J'ai été intriguée par l'affaire Néo-Phare
depuis la publication des premiers articles dans la presse. Etait-ce vraiment un
cas de suicide collectif pour motif religieux ? Donc une des premières
choses que j'ai faites en arrivant à Paris a été de téléphoner à Arnaud
Mussy. Lui et son frère Olivier sont venus me chercher à la gare de Nantes.
Ils étaient jumeaux mais pas identiques. Il y avait un soupçon de duo
charismatique, ici, car Olivier jouait le rôle de Saint Pierre pour
Jésus-Arnaud.
Par le biais d'entrevues avec les Mussy, j'ai
essayé de reconstituer la courte (une année et demi) histoire de Néo-Phare.
Malheureusement, je n'ai pas pu avoir accès aux documents du tribunal ou aux
rapports de police[26].
Pour cette raison, ma version de ce procès est construite à partir de trois
sources : des entretiens avec les frères Mussy, les bulletins de
l’UNADFI et les rapports de journalistes des déclarations des principaux
acteurs au tribunal. Le procès d’Arnaud Mussy
L'avocat de l’accusation, Me Jean-Michel Pesenti,
« spécialiste en sectes »,
travaillait pour la puissante organisation française anti-sectes, l’UNADFI,
et représentait les parents de Jérémie. Un fonctionnaire de l'ADFI Nantes (le
centre anti-sectes local) apportait des preuves. Le témoin expert de
l'accusation était un psychiatre, Dr Jean-Marie Abgrall, le principal expert en
France en matière de manipulation mentale dans les
sectes et auteur de plusieurs livres anti-sectes.[27]
L’avocat d’Arnaud Mussy, Me Petit, a été nommé par le tribunal mais il
n'a pas reçu beaucoup de coopération de la part de son client qui ne s'est
entretenu avec lui que deux fois. Tout au long du procès, le portrait du groupe présenté
à la cour par l'accusation a été le stéréotype d'une secte.
L'état d'esprit de la victime du suicide et le phénomène complexe de la
conversion religieuse ont été expliqués en termes psychologiques réductionnistes
comme de la manipulation mentale, une version simplifiée des théories
originales, plus nuancées, de la réforme de la pensée et de la contrainte
psychologique de Robert J. Lifton et Edgar Schein.[28] Quatre victimes ont été citées dans le procès :
Jérémie, sa veuve (un ancien membre de Néo-Phare) et le couple Peralta. La
loi About-Picard comprend une disposition qui permet à des associations privées
d’engager des actions en Justice en tant que partie civile au nom des
victimes, même sans que celles-ci en aient connaissance et sans leur
consentement. Ainsi l'avocat qui travaillait pour l’UNADFI, Me Pesenti,
poursuivait Arnaud Mussy pour abus de
faiblesse de quatre victimes en réalité choisies par l’UNADFI. (J'ai été
surprise d'apprendre qu'en France il est possible, et d'ailleurs assez fréquent,
que les dirigeants et les avocats de l’UNADFI portent plainte contre des
leaders de sectes, au nom de leurs « victimes » et malgré les
protestations explicites de ces dernières !) Me Pesenti a fait valoir qu’Arnaud Mussy était
responsable du suicide de Jérémie en appliquant sur la victime « une
pression répétée de nature à modifier le jugement » et en utilisant
des « techniques de réforme de la pensée ». Me Petit s’opposait
à ce que son client soit utilisé comme cobaye pour cette nouvelle loi qui
n'avait pas encore été testée. Il mit en garde le tribunal : « On
vous demande d'être des magistrats psychiatriques. Ni vous ni moi n’avons la
compétence pour juger de la manipulation mentale. »[29]
Selon Olivier Mussy, un point-clé dans le procès
de l’accusation était de montrer qu’Arnaud Mussy correspondait parfaitement
au profil de « leader de sectes »,
ou gourou, qui manipule. L'accusation reposait pour beaucoup sur le témoignage
de l'expert psychiatre, le docteur Abgrall, qui au premier regard diagnostiqua
Arnaud Mussy comme un grand manipulateur. Mais le juge fit remarquer, après
avoir entendu le témoignage d’Arnaud Mussy, que l’accusé semblait sincère.
A quoi la directrice de l'ADFI Nantes répliqua avec des mots qui voulaient dire :
« Aha ! Cela prouve qu'il est un manipulateur. Tous les gourous ont
cette capacité à paraître sincères. Voilà comment ils manipulent ! »[30] Aucune des quatre « victimes » n’a
comparu au procès mais les frères Mussy déclarèrent que le couple Peralta
avait préparé une déposition que Me Petit lut à Le 14 octobre 2004 Arnaud Mussy fut déclaré
coupable du délit d'abus de faiblesse et condamné à trois ans de prison (avec
sursis) et à une amende de 115 000 euros pour le dédommagement des victimes.
Lors de son appel, le 6 juin 2005, la peine a été confirmée. Il paie l'amende
par tranches. Cette condamnation possédait clairement une
valeur pédagogique. C'était un avertissement à tous les « chefs de sectes » d’arrêter de manipuler le cerveau des gens, et à
la jeunesse de L’histoire non dite de Néo-PhareSelon les informations glanées au cours de mes
entretiens avec les frères Mussy, il apparaît qu'il y avait une grave omission
dans les éléments de preuve présentés au procès. Il n'y avait aucune
mention dans le procès d'une importante crise au sein de la direction de Néo-Phare,
qui se produisit durant la dernière semaine de la vie de Jérémie. N'est-ce
pas le rôle de Les Peralta avaient été membres de Phare Ouest
pendant sept ans avant qu'Arnaud Mussy rejoigne leur groupe. Phare Quest était
dirigé par Auguste Bougenec, un Breton mystique, qui était connu par ses
disciples sous le nom d’ « André ». En 2001, Arnaud Mussy a
formé son propre groupe schismatique, Néo-Phare, et les Peralta l’ont
rejoint. Juste avant la mort de Jérémie, les Peralta ont tenté de renverser
Arnaud Mussy et de prendre la direction du groupe. Le 8 juillet 2002, ils ont
trompé Arnaud pour qu’il quitte la communauté à Cellier, lui confiant avoir
reçu une révélation qu'il allait rencontrer son « âme sœur »
s’il retournait immédiatement à Nantes. Durant son absence, le 9 juillet, Stéphane
Peralta a commencé à « faire le patron » et a révélé qu'il était
« Le Père » et que tout le monde devait Le suivre pour faire le
passage vers Olivier Mussy a décrit la réaction de peur de Jérémie
face aux revendications charismatiques des Peralta : « Il m'a dit que
quand il regardait les Peralta, il voyait les ténèbres. Ils étaient très
dangereux. [...] Je ressentais que Jérémie demandait de l'aide mais je ne
pouvais pas l’aider. Il me semblait à ce moment-là qu’ils étaient trop
puissants. "[35] Arnaud Mussy relate que Jérémie l'a appelé à
trois reprises sur son téléphone portable le jour du suicide, semblant en détresse,
pour l'avertir au sujet des Peralta. Arnaud l’a invité à venir en discuter
mais Jérémie a refusé en disant : « Non, il n'y a rien à faire.
Le mal de Stéphane et Sophie est trop grave. » Selon Arnaud, Jérémie a fait sa propre revendication charismatique.
Il a dit : « Je suis Jésus ». « Si je suis Dieu, je peux
déclencher les événements ! Je suis le visage de Dieu, donc je dois
mourir afin que Dieu se manifeste ! »[36] Arnaud n'a pas pris la menace Jérémie au sérieux :
« Je sais que je suis Jésus, et j’écris à ce sujet et j’en parle,
mais je n'ai jamais essayer de me tuer. La différence entre moi et Jérémie
est qu’il dit : « Je suis Jésus ! » Et boom ! Il
se tue aussitôt lui-même ! »[37] Olivier Mussy raconte qu’en entendant
l’annonce de la mort de Jérémie, les Peralta sont restés très calmes mais
dès le lendemain, Stéphane a escaladé le mur du Château du dix-huitième siècle
de Clermont, à la périphérie de Cellier. Le jour suivant, 16 juillet, Sophie
a escaladé le même mur « nue, une rose à la bouche », selon un
rapport.[38]
Olivier Mussy a interprété le comportement extraordinaire du couple Peralta
comme une tentative de démonstration de pouvoirs surnaturels, ce que Max Weber
aurait appelé une « visualisation charismatique »[39].
Ils avaient dit plus tôt aux frères Mussy : « Nous sommes les deux
visages de Dieu, alors nous pouvons faire des choses extraordinaires ! »[40]
Sophie avait été repérée par une femme dans le château, qui avait crié,
provoquant ainsi la glissade et la chute de Sophie. A l’intérieur du château
se trouvait une clinique où elle avait été emmenée pour des examens
psychiatriques. La police avait interrogé
le couple mais la copie de leur rapport ne m’est pas disponible. La tentative des Peralta de prendre la direction
du groupe n'a jamais été mentionnée au cours du procès d’Arnaud Mussy.
Celui-ci n'a pas pris la peine d'en informer son avocat, interprétant
l’assaut des Peralta sur son rôle charismatique dans le contexte de sa propre
vision apocalyptique du monde. Certainement cette nouvelle information semble
pertinente pour le procès et aurait pu contribuer quelque indication sur l'état
d'esprit de Jérémie juste avant sa mort. Si un cas d'abus de faiblesse est jugé au
tribunal, on pourrait s'attendre à au moins quelques efforts pour fournir une
documentation sur les circonstances qui ont conduit au supposé « délit ».
Comme la sociologue française Danièle Hervieu-Léger le remarque :
« Avec la loi About-Picard… il est nécessaire de documenter la
situation de faiblesse qui rend les [pratiques sectaires] dangereuses et illégales. »[41]
Cette documentation faisait défaut dans le procès d’Arnaud Mussy. En réalité, il est rare de trouver une
documentation adéquate sur quelque NMR que ce soit en France. C'est un domaine
tellement controversé que les universitaires et les étudiants diplômés français
évitent prudemment les études sur les nouvelles religions comme une voie
contre-productive pour leur carrière. En l'absence d’une telle documentation,
comment les avocats peuvent-ils arriver à prouver que la « victime »
a été contrôlée – ou non –par la force mystérieuse du lavage de cerveau ?[42]
L’accusation d’abus de faiblesse repose sur
une étrange combinaison de concepts juridiques et psychologiques. Depuis les
années 1970, un certain nombre de chercheurs hors de France ont fait valoir que
le lavage de cerveau est une théorie qui n'est pas réfutable et l’ont classée
dans la catégorie des « pseudosciences » manquant de valeur
scientifique[43].
Mais même si les théories de lavage de cerveau avaient été jugées « scientifiques »
et que l’abus de faiblesse était un type de déviance sociale simple et
identifiable, il existe de nombreuses indications que son application au cas
d'Arnaud Mussy de Néo-Phare a été entachée de graves irrégularités. En mars 2006, je suis retournée à Montréal après
avoir testé mon hypothèse selon laquelle les minorités religieuses en France
jouiraient d'une plus grande liberté et d’une plus grande tolérance
religieuses après Chirac, le 11 septembre et la disparition de Une de ces stratégies est la loi About-Picard de
2001, qui vise les gourous et transforme des malheurs et des infractions
mineures en délits. Une autre est le contrôle fiscal, qui refuse de reconnaître
les sectes comme des organisations bénévoles sans but lucratif et
impose lourdement leurs biens matériels, comme dans l’important procès des Témoins
de Jéhovah actuellement en instance devant Sur la base des résultats de mes recherches et vu
d'Amérique du Nord, je considère que les politiques de Un de mes informateurs (qui préfère garder
l'anonymat) a proposé un résumé éloquent de la situation : « Vous
devez comprendre, Madame, que L'auteur tient à remercier Willy Fautré, David
Bromley, Jean-François Mayer, Véronique Altglas, Eileen Barker et Antoine
Faivre pour leurs précieux commentaires sur les premières ébauches de cet
article. Je tiens également à souligner le soutien du Conseil en Sciences
Sociales et Humaines du Canada pour
le financement de mon projet de recherche « Les Sectes dans le contexte
social » (2005-2008). Je suis redevable à Michael York pour avoir facilité
mon séjour à Paris. Notes et références[1]
Paru dans Nova Religio: The
Journal of Alternative and Emergent Religions, Volume 11, Issue 3, pages
104–120, ISSN 1092-6690 (imprimé), 1541-8480 (électronique). © 2008 par
The Regents of the [2]
Massimo Introvigne, et J. Gordon Melton, eds., Pour en finir avec les
sectes: Le débat sur le rapport de la commission parlementaire (Turin,
Italie: CESNUR Di Giovanni, 1996). [3]
M. Alain Gest (Président) et M. Jacques Guyard (Rapporteur), Députés,
« Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur les sectes »
N° 2468 (Paris : Assemblée nationale, 1996) sur http://www.assemblee-nationale.fr/11/rap-enq/r2468.asp [4]
MIVILUDES signifie Mission interministérielle de vigilance et de lutte
contre les dérives sectaires. Voir http://www.miviludes.gouv.fr/
consultée le 22 septembre 2007. [5]
Christine Amory, représentante administrative du Mandarom, décrivait [6]
Pour des débats éclairants sur la laïcité militante en France, voir Jean
Baubérot, « Mutations : La laïcité française face au
pluralisme et à ses mutations », dans Chercheurs de Dieux dans
l’espace public, éditions Pauline Coté (Ottawa: University of Ottawa
Press, 2001) ; et James A. Beckford, « Laicite » « Dystopia »
and the Reaction to New Religious Movements in France » (« Laïcité :
Dystopie et la réaction aux nouveaux mouvements religieux en France »),
dans Regulating Religion: Case Studies from Around the Globe, édition
James T. Richardson (New York: Kluwer Academic/Plenum Publishers, 2004),
27–40. [7]
Moussa Khedimellah, “Liberté, Egalité, Islam,” Religion in the News 8,
no. 3 (Hiver 2006), http://www.trincoll.edu/depts/csrpl/RINVol8no3/liberte%20egalite%20islam.htm [8]
See <http://www.unadfi.com/>, consulté le 22 septembre 2007. [9]
Susan J. Palmer, Aliens Adored: Rael’s UFO Religion (Les
extraterrestres adorés : la religion des OVNI de Raël) ( [10]
Massimo Introvigne utilise cette expression dans son e-mail d’invitation
à participer à l’ouvrage Pour en
finir avec les sectes. Lorsque je lui ai demandé la permission de le
citer, il a donné son accord à condition qu’il soit clair qu’elle ne
s’appliquait qu’à la situation antérieure au 11 septembre 2001 en
France. [11]
Voir Antoine Faivre : « Les courants ésotériques et le rapport.
Les exemples de Nouvelle Acropole et de [12]
Anti-sectes. [13]
Interview de Weightman de l’Eglise de Scientologie à Bruxelles le 1er
mars 2006. [14]
Eileen Barker, “The Scientific Study of Religion: You Must Be Joking!” (L’étude
scientifique des religions : vous plaisantez ! ») Journal
for the Scientific Study of Religion 34 (1995): 287–310. [15]
Xavier Ternissien, “Durcissement à [16]
Pour une discussion utile sur la question, lire: “De [17]
Ce passage est extrait du rapport de [18]
Interview de Roulet dans Libération, 30 septembre 2005. Traduction de
l’auteur. [19]
« Les gourous en blouse blanche et en cravate sous surveillance »,
Le Monde, 6 décembre 2005. Traduction de l’auteur. [20]
Agence France Presse, « MIVILUDES: Le nouveau président de [21]
Pour un rapport détaillé sur le procès de Néo-Phare et une critique de
la nouvelle loi, lire mon article “France : la loi About-Picard et
le Néo-Phare: première application de l'‘abus de faiblesse,’”
présenté à la conférence internationale du CESNUR 2006
International Conference, 13–16 juillet 2006, San Diego, Californie,
<http://www.cesnur.org/2006/sd_palmer_fr.htm>. [22]
« 3 ans de prison dont 6 mois fermes, requis contre le gourou du Néo-Phare »,
Tageblatt, 7 juillet 2005, <http://v.i.v.free.fr/msd/nv-neophare-07-06-2005.html>.
Pour une discussion éclairante sur la loi About-Picard et ses
implications juridiques, voir Cyrille Duvert : « Anti-sectarisme au
Parlement français: dernier pas
désespéré ou saut en avant opportun ? Une analyse critique de la
loi du 12 juin 2001 », dans Richardson, Regulating Religion, 41-52. [23]
Anne Fournier et Catherine Picard : « Sectes, démocratie et
mondialisation » (Paris : Presses Universitaires de France,
2002). [24]
Fournier et Picard : « Sectes, démocratie et mondialisation »,
275. [25]
Agence France Presse, “Une enquête préliminaire a été ouverte,” 5
septembre 2002, http://www.prevensectes.com/rev0209.htm#5. [26]
Un avocat m'informa que l’accès aux documents judiciaires n’était
possible qu’en passant par les avocats ou les clients dans le procès.
Arnaud Mussy prétendait avoir jeté les siens et quand j'ai téléphoné à
l’avocat de la défense de Mussy, sa secrétaire a répondu :
« Maître Petit n'a certainement aucune intention de vous parler ! »
Le couple Peralta a également refusé d'être interviewé lorsque je leur
ai expliqué ma mission au téléphone. Avant de raccrocher, Sophie Peralta
a déclaré : « Vous devez comprendre, Madame, qu'il n'y a pas de liberté
religieuse en France ! Mais je vous souhaite bonne chance dans votre
recherche ! » [27]
Lire, de Dick Anthony: « Pseudo-sciences versus Minorités
religieuses: une analyse des théories de lavage de cerveau de Jean-Marie
Abgrall », Social Justice Research 12 (1999): 431–56 ; Dick
Anthony et Thomas Robbins : « Pseudo-sciences versus Minorités
religieuses: une analyse des théories de lavage de cerveau de Jean-Marie
Abgrall », dans Richardson, Regulating Religion, 127–50. [28]
Robert Jay Lifton, Thought Reform and the Psychology of Totalism : A Study of
“Brainwashing” in China (Réforme de la pensée et psychologie du
totalitarisme : une étude du "lavage de cerveau" en Chine) (Chapel Hill: University of North Carolina Press,
1989; première édition en 1961 by W. W. Norton); Edgar H. Schein, Coercive
Persuasion: A Socio-psychological Analysis of the “Brainwashing” of
American Civilian Prisoners by the Chinese Communists (Persuasion
coercitive : une analyse socio-psychologique du "lavage de
cerveau" des prisonniers civiques américains par les communistes
chinois) (New York: W. W.
Norton, 1961).
[29]
« 3 ans de prison dont 6 mois fermes, requis contre le gourou du Néo-Phare »,
Tageblatt, 7 July 2005. [30]
Interview avec Olivier Mussy à
Nantes, 14 février 2006. [31]
Interview avec
Olivier Mussy à Nantes, 14 février
2006. [32]
Le « syndrome de Stockholm »
est un concept issu d'un vol de banque en 1973 en Suède où les
employés de la banque avaient été gardés en otage pendant six jours et
avaient commencé à s'identifier à leurs ravisseurs. L’utilisation la
plus célèbre de cette expression est celle du procès de Patty Hearst,
kidnappée en 1974 par des membres de l’Armée de Libération Symbionaise
et qui par la suite a participé à un vol de banque avec ses ravisseurs.
Deux psychologues anti-sectes renommés aux Etats-Unis, Lewis Jolyon West et
Margaret Singer, faisaient partie de l'équipe de la défense qui a fait
valoir avec succès que Mme Hearst avait été endoctrinée par ses
ravisseurs et avait souffert du syndrome de Stockholm. Voir
Margaret Thaler Singer avec Janja Lalich, « Cults in our Midst :
The Continuing Fight against Their Hidden Menace » (Les sectes
parmi nous : la bataille continue contre leur menace cachée) (New York:
Jossey-Bass, 1995), 52-82. [33]
Frank Perry : « Première condamnation en France d’un gourou
pour ‘sujétion psychologique’ » Agence France Presse, 25 novembre
2004. [34]
Interview d’Olivier Mussy par téléphone, 24 février 2006. [35]
Interview d’Olivier Mussy, 24 février 2006. [36]
Interview d’Arnaud Mussy à Nantes, 14 février 2006. [37]
Interview d’Arnaud Mussy, 14 février 2006. [38]
Marc Pivois, “En partance pour un
voyage : la secte inquiète les RG,” Libération, 5 septembre
2002. [39]
Lire de Reinhard
Benedix: « Direction et domination charismatique (Charismatic
Leadership and Domination) », Max Weber: An Intellectual Portrait (Garden
City, N.Y.: Doubleday and Company, Inc., 1960), 301–29. [40]
Interview
d’Olivier Mussy, 24 février 2006. [41]
Danièle
Hervieu-Léger, “ [42]
La loi About-Picard a été appliquée une deuxième fois dans le cas du
Patriarche, un programme de réhabilitation des drogués qui était inscrit
sur la liste des sectes du Rapport Guyard. En
novembre 2006, le leader, Lucien Engelmayer, a été reconnu coupable d'abus
de faiblesse. Voir Gilbert Laval, « Procès du Patriarche:
les millions du panier percé », Libération, 13 novembre 2006. [43]
Dick Anthony, “Tactical Ambiguity and Brainwashing
Formulations: Science or Pseudo-Science?” Misunderstanding Cults:
Searching for Objectivity in a Controversial Field, ed. Benjamin
Zablocki et Thomas Robbins (Toronto: University of Toronto Press),
215–317; David G. Bromley, “A Tale of Two Theories: Brainwashing and
Conversion as Competing Political Narratives,” in Zablocki and Robbins, Misunderstanding
Cults, 318–48; James T. Richardson et Massimo Introvigne,
“‘Brainwashing’ Theories in European Parliamentary and Administrative
Reports on ‘Cults’ and ‘Sects,’” Journal for the Scientific
Study of Religion 40, no.2 (June 2001):143–68; James T. Richardson,
“A Social Psychological Critique of ‘Brainwashing’ Claims about
Recruitment to New Religions,” in The Handbook of Cults and Sects in
America, Part B, ed. David G. Bromley et Jeffrey K. Hadden (Greenwich,
Conn.: JAI Press, 1993), 75–97; David G. Bromley et James T. Richardson,
eds., The Brainwashing/Deprogramming Controversy: Sociological,
Psychological, Legal, and Historical Perspectives (Lewiston, N.Y.: Edwin
Mellen Press, 1983). [44]
Après la sortie du Rapport Guyard en 1996, qui incluait les Témoins de Jéhovah
dans sa liste de 172 sectes, le service fiscal français a décidé
d'imposer à 60 pour cent les dons des Témoins de Jéhovah (sans compter
leurs impôts standards). Quand l'Eglise a refusé de payer cette somme, ils ont
reçu une sanction fiscale de 120 pour cent des dons reçus entre 1992 et
1996. Les Témoins de Jéhovah ont combattu cette décision mais ont perdu
leur procès à [45]
Willy
Fautré, “ |