Dialogue sur un forum au sujet du foulard islamique (Hidjab)

André Tarassi, décembre 2003

Q : J'aimerais connaître ton opinion sur le sujet de la loi sur laïcité et le port du voile. C'est un sujet qui me trouble beaucoup et à entendre les discussions des banlieusards dans les trains du matin, je ne suis pas le seul.

André : La question du voile islamique me semble pleine de ce manque de discernement que l'on trouve à toutes générations lors des crises plus ou moins conçues par les gouvernements et les médias.

Entre autres arguments-alibis (C'est l'utilisation d'un sujet populaire qui masque des intentions moins nobles), je lis que le voile est montré du doigt pour la protection des femmes qui y sont soumises, comme un conditionnement qui ne respecterait pas la femme. Dans le même temps, il est visible par tous aujourd'hui qu'un conditionnement des jeunes filles de cette génération, dans notre société, est de porter le string visible grâce à cette curieuse évolution vestimentaire où le pantalon glisse des hanches, dévoilant, presque sans le faire exprès, ce qu'il cachait depuis des milliers d'années. Les jeunes femmes qui se sentent plus respectées par cette mode que par celle du voile ne font qu'un choix personnel qui ne devrait pas être érigé en valeur "laïque" ou supérieure à tout autre choix. 

Il ne s'agit donc que d' un choix dont les conséquences sont égales à celle du voile, quel que soit le regard que l'on porte dessus.

Si nous devions parler du respect, il est évident que nous devrions pénétrer un peu plus profondément cette question. 

Mais, plus globalement, cette mascarade au sujet du voile n'est qu'un paravent à la tendance actuelle de répression de l'élan spirituel (et dans ce cas particulier, de la peur de l'islam). Les arguments concernant la liberté sont dans ce contexte des mensonges et une continuité de l'entreprise de conditionnement déguisée en protection de la religion laïque. 

Mais je dois sans doute préciser, à l'intention de ceux qui ont l'habitude des interprétations hâtives, que je ne suis pas musulman et que je ne défends pas cette religion plus ou moins qu'une autre - et certainement pas l'extrémisme dans la religion comme ailleurs - car ce n'est pas la croyance que je défends mais le droit à la vivre dans un esprit de tolérance aussi longtemps que cela ne nuit pas autrui. Je me garde également dans mes propos d'associer la croyance des musulmans à l'attitude extrémiste des islamistes.

Le lendemain de cette affirmation :


André : Il était probablement inévitable que la phrase ci-dessous soit reçue comme une atteinte à la liberté, un retour à la brigade religieuse des moeurs.  : 

« le conditionnement des jeunes filles de cette génération, dans notre société, est de porter le string visible grâce à cette curieuse évolution vestimentaire où le pantalon glisse des hanches dévoilant, presque sans le faire exprès, ce qu'il cachait depuis des milliers d'années »

Je mets en parallèle deux conditionnements parce que c'est un argument utilisé pour justifier la répression des "signes religieux dans les institutions de la république". Et je souligne avec un gros trait celui qui est occulté pour tenter de mettre en relief le mensonge qui sous-tend cette petite histoire. Si l'école, qu'on tente de protéger comme un creuset de sagesse et d'éducation vraie, est réellement motivée par ce souhait de "déconditionner" les jeunes âmes qui la fréquentent, elle doit en conséquence étudier profondément (et donc de manière impartiale) le sens du "conditionnement". Quand une école se dit "laïque" (il faut entendre "viscéralement opposée au conditionnement religieux"), elle ne peut être impartiale. C'est la peur qui s'exprime. C'est pratiquement choisir un conditionnement contre un autre. A leur insu (et c'est bien là où se trouve le conditionnement le plus pernicieux), les jeunes étudiants sont entretenus dans des perceptions limitées des relations humaines, de la sexualité, de l'amour et de la liberté. Ils expriment avec la fougue de la jeunesse leur besoin de liberté qu'ils assimilent maintenant à une absence de cadre, particulièrement religieux. Ainsi, il y a une récupération fallacieuse de l'idée de liberté dans l'histoire du voile. Il n'y a, en fait, aucun souci réel de proposer un enseignement qui met en lumière toutes les formes du conditionnement. Il y a utilisation de l'idée du "conditionnement" pour chasser la différence, l'autre, le retour du religieux et pour préserver le dogme de la religion laïque.

Le string est donc , en lui-même, un élément accessoire de ce que je pointais. Comme un certain nombre d'entre nous j'ai longtemps été conditionné à préférer la vision du string à celle du voile. Mais j'ai depuis été amené à regarder de près de quoi les préférences étaient faites. Et je vois maintenant que le sujet dépasse la quantité de tissu. Mais il faut le courage de dépasser l'instinct à défendre ses petits intérêts pour voir ce qu'ils cachent et comment cela nous ouvre éventuellement à d'autres réalités plus profondes.

: Je ne suis pas d'accord avec toi sur la laïcité que je vois non pas comme le refus de tout conditionnement religieux mais comme un lieu où toutes les religions ont droit de cité, une réponse à l'histoire passé et présente du caractère souvent dominateur et exclusif des religions.


André : Oui, tu évoques là le principe de la laïcité que je n'ignore pas. La réalité est que ce principe est aujourd'hui au service d'un contrôle de l'appartenance religieuse. Il est évident en France actuellement que "toutes les religions (ou aspirations spirituelles) n'ont pas le droit de cité". Que "cité" veuille dire "exister" ou simplement "s'habiller d'une manière en accord avec sa foi", la laïcité que tu défends ne semble pas présente dans le courant de réflexion actuel.

Q : Oui, le bateau rouillé sombre. 

André : Il est plutôt rafistolé au point de ne plus ressembler au bateau de départ.

Le fait que la laïcité - même celle que tu défends - ne soit pas une réponse aux questions humaines du "vivre ensemble" est à mon sens un point plus fondamental de cette question.

La laïcité s'est construite en réaction à des dérives religieuses style="mso-spacerun: yes">  sur quelques siècles mais ces dernières ne sont pas différentes des dérives de pouvoir actuelles, d'inspiration plus matérialistes. La réponse ne peut donc pas être de tenir le religieux à distance pour sauver le bateau. Ce n'est pas l'appartenance à une religion qui cause le trouble mais l'appartenance au culte de l'ego.

Le regard actuel est un regard pervers sur la situation de l'humanité qui appelle à plus de profondeur alors que tout le monde débat sur les apparences (voile, kippa, et croix). Quand les personnes qui brandissent le drapeau de la laïcité seront réellement sérieuses au sujet des questions qu'elles effleurent, nous approcherons d'un dialogue Intelligent.  

Q : Ce que nous n'osons peut être pas dire André, c'est que nous nous retrouvons à défendre le camp du religieux alors que nous ne sommes pas plus dans ce camp là que dans l'autre et que cela je ne peux m'empêcher de me demander si ce n'est pas la « première »victoire du camp laïque...

André : Nous ne prenons pas parti parce que notre regard n'est pas horizontal. Mais puisque nous avons abordé cette question sur ce plan, je dirais que nous ne prenons pas parti pour la religion au sens où tu l'entends dans ta phrase. Le pouvoir religieux est identique au pouvoir politique dans le sens où la saisie d'une inspiration quelconque, laïque ou religieuse, par l'ego produit les mêmes fruits. Si par "religion", tu entends donc "l'entreprise religieuse" telle que nous la connaissons par l'histoire, ta remarque ci-dessus est cohérente. Mais je parle de "l'élan spirituel" et de son absence dans les considérations des penseurs laïques (la pensée ne peut pas inclure l'élan spirituel et si, de plus, elle n'en parle même pas, il ne reste que la coquille vide). Bien sûr que la laïcité a permis sur un plan horizontal de trancher avec la folie du pouvoir religieux, à une certaine époque. Mais montrer l'élan spirituel du doigt, c'est confondre la spiritualité immortelle avec le pouvoir qui s'y est infiltré. Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin d'un renversement de situation, où le pouvoir laïque tente, comme l'avait fait le pouvoir religieux, de préserver son empire. Si le camp religieux parvenait à montrer cette nouvelle folie, nous assisterions à une nouvelle mascarade, dans l'autre sens.
Il reste que la pensée religieuse, si elle ne parvient pas plus qu'une autre pensée à inclure l'élan spirituel, continue d'en parler un peu. C'est le seul lien qui nous reste avec le monde pour communiquer sur ce plan, à défaut de communier tout de suite.
C'est pourquoi je peux donner l'impression de privilégier le "camp religieux". Mais il s'agit en fait de conserver le lien qui nous unis, même s'il est ténu.

Q : La  religion est une chose en laquelle on croit avec des principes que l'on respecte et que l'on défend (croyance)

La laïcité est une chose en laquelle on croit avec des principes que l'on respecte et que l'on défend (croyance)

Où est la différence ? dictionnaire : laïcisme :  Doctrine des partisans de la laïcisation. doctrine:  ensemble des croyances, des opinions ou des principe d'une religion, etc.....

LA CROYANCE............................ CROYANCE...   CROYANCE...  CROYANCE ..................

André : Des croyances qui s'entrechoquent, vidées de leur substance originelle, comme des branches d'un arbre mort qui se fouettent mutuellement dans le vent. Les branches vont tomber, le vent souffle pour ça. Mais ce n'est pas cet arbre qui va renaître, la sève est déjà à l'oeuvre ailleurs.

Lire également le reportage sur le rassemblement à Londres du 12 Juillet 2005 au sujet du foulard.

André Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision aux états-unis.  Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.

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