À la recherche du bon psychothérapeute
Le 31 janvier 2011,
la chaine parlementaire publiait un numéro de sa série « Etat de
santé » intitulé :
Psychothérapies, comment faire le tri ?
La journaliste Elizabeth Martichoux avait invité sur son plateau le
Docteur Serge Hefez, responsable de l’unité de thérapie familiale
dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à
l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Georges Fenech, président
de la MIVILUDES, est intervenu dans le reportage diffusé lors de
l’émission. Rappelons que la chaine parlementaire a établi un
contrat de partenariat avec la MIVILUDES. Nous restituons
ci-dessous une transcription partielle des dialogues de l’émission,
qui illustrent la façon dont la MIVILUDES évalue les mauvais
thérapeutes et celle dont le Docteur Serge Hefez évalue les bons
thérapeutes. Georges Fenech,
n’hésitant pas à parler de sujets qu’il ne semble pas maîtriser,
place la relation de dépendance au cœur de la dérive sectaire. Sur la
base de témoignages reçus (2000 plaintes reçues contre des
« thérapeutes déviants », selon la MIVILUDES, dont on peut
sérieusement questionner la pertinence et la recevabilité si elles
sont de la même nature que celles arrivant à notre association de la
part de personnes croyant contacter une association antisectes ; les
administrations françaises ont d’ailleurs démontré à plusieurs
reprises le faible nombre de plaintes leur parvenant), il effectue
l’amalgame : « relation de dépendance » égale « emprise mentale »
égale « dérive sectaire ». Lucide et compétent
sur l'approche psychothérapeutique, le Dr Serge Hefez place au
contraire la relation de dépendance au cœur du processus de guérison.
La dérive survient si le thérapeute utilise, à son bénéfice et de
façon malhonnête, l'ascendant créé au cours de la thérapie. Dès lors
se pose la question : qu’est-ce qui garantit l’éthique du praticien ?
La réponse très peu convaincante du Dr Serge Hefez serait que le
diplôme, parce qu’il est reconnu par l’Etat français, serait un gage
de moralité. On ne peut que rester perplexe devant une telle
affirmation. L’éthique d’une personne, si on peut admettre qu’elle
s’améliore dans le cadre d’une formation universitaire (et il
resterait à vérifier la place que tient cet enseignement dans le
cursus d’un psychiatre, d’un psychologue, d’un psychanalyste), dépend
de bien d’autres choses que ce qui peut être dit dans un cours
magistral. Elle dépend de l’histoire complète de la personne
concernée. Il est tout à fait arbitraire de supposer qu’un thérapeute
dont la formation n’est pas reconnue par l’État français aurait plus
de chance d’être déviant ; la preuve n’est en tous cas pas apportée
par la MIVILUDES qui se contente de placer péremptoirement les
thérapeutes qui bousculent le savoir établi dans la catégorie
« gourou ». Quant aux « connaissances scientifiques », dont les
diplômes officiels seraient les garants, elles apparaissent bien
évidemment utiles. Mais si, comme le Dr Serge Hefez le fait justement
remarquer, la relation du patient à son psychothérapeute est avant
tout « affective », elle fait donc intervenir des qualités humaines
qui ne se développent pas en priorité dans les amphithéâtres
d’université. Prétendre dès lors, implicitement, que ces qualités
seraient moins fréquentes chez des personnes n’ayant pas suivi un
cursus officiel est à nouveau arbitraire. Dans ce reportage,
la MIVILUDES est dans son rôle habituel de dénigrement simpliste des
« psychothérapeutes gourous membres de mouvements sectaires »
(c'est-à-dire toute la mouvance thérapeutique alternative), discours
au service d’une thérapie officielle dont les circuits économiques
considérables, eux, doivent être préservés. De leur côté, les
psychiatres, psychologues, psychanalystes, dans le pugilat qu’a
généré l’élaboration de la loi Accoyer régissant le titre de
psychothérapeute, ont surtout démontré un esprit de clocher
(l’analogie avec le monde religieux n’est pas anodine) n’ayant pas
grand rapport avec l’intérêt du patient pour son choix thérapeutique.
Transcription d’une partie de l’émission :
A environ
7'00
GFenech
: Des charlatans se sont engouffrés dans ce nouveau marché du soin,
dans ??? la psychothérapie, parce qu'ils y ont un intérêt financier
et à travers ces soins ou pseudo soins, on s'est rendu compte que
beaucoup de charlatans exerçaient une emprise mentale sur leurs
patients et les amenaient ensuite à faire ce qu'ils voulaient
d'eux...ça devient un phénomène qui explose en France, il faut en
être conscient.
(...)
A environ
10'40
Journaliste
: Alors aidez-nous, Serge Hefez, comment peut-on repérer donc de bons
praticiens ?
SHefez
: Eh bien déjà, il faut savoir qu'on s'adresse effectivement à
quelqu'un qui a un titre qui vaut quelque chose, c'est-à-dire
quelqu'un qui est encore une fois soit psychiatre, soit psychologue,
soit reconnu comme étant psychothérapeute, donc qui est affilié déjà
à un groupe, qui a suivi un cursus.
Journaliste
: (...) Alors, il ne faut pas regarder dans les journaux les petites
annonces ?
SHefez
: Non, surtout pas, je le déconseille fortement.
Journaliste
: Elles sont alléchantes, elles promettent le bien-être.
SHefez
: Évidemment, promettre le bien-être, c'est d'une facilité absolue...
Non, bien évidemment pas, il faut se renseigner auprès de ses amis,
auprès de son médecin généraliste.
Journaliste
: Il faut tomber aussi sur quelqu'un qui vous convient, c'est
fondamental ?
SHefez
: Mais ça, c'est le plus fondamental parce que vous savez, ce qui
soigne dans une psychothérapie, c'est pas tant la méthode qui est
employée que la personne du psychothérapeute et je pratique depuis
assez longtemps pour savoir qu'on ne convient pas à tout le monde,
par exemple ; et qu’une histoire avec un psychothérapeute, si vous me
permettez l'analogie, c'est presque comme une histoire d'amour ; il
faut qu'il y ait quelque chose...
Journaliste
: Il faut éviter qu'il y ait des transferts trop importants ?
SHefez
: Au contraire, c'est le transfert qui soigne, c'est justement cette
relation affective très particulière qui se joue avec une personne
qui va savoir justement ne pas jouer de cette relation affective,
comme on le voit dans vos reportages, ces personnes, elles tombent
sur des faux psychothérapeutes qui manipulent la relation, or
l'honneur, je dirais, d'un psychothérapeute, c'est à la fois de
pouvoir s'appuyer sur ce transfert mais justement pour permettre la
libération des chaines du patient et pas pour le manipuler, pour
l'amener là où le psychothérapeute a envie de l'amener.
Journaliste
: Donc, il faut avoir une relation forte, dont on sent qu'elle n'est
pas utilisée, exploitée.
SHefez
: Voilà, c'est ça, c'est-à-dire que...
Journaliste
: Mais c'est compliqué lorsqu'on est quand même déstabilisé, dans des
périodes d'analyse... C'est difficile.
SHefez
: Tout à fait, c'est compliqué et c'est un peu le paradoxe de la
psychothérapie, c'est qu'on se met vis-à-vis de l'autre dans un état
de dépendance pour sortir de son besoin de dépendance à l'autre, par
exemple, ou du fait d'être assujetti, asservi à un autre tout
puissant ; donc, on passe un peu par cet état relationnel très fort
et très particulier pour pouvoir vivre avec le psychothérapeute tout
un tas d'émotions, tout un tas de répétitions de liens qu'on a vécus
dans sa vie pour pouvoir s'en délier. C'est le paradoxe de la
psychothérapie.
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