Le drame de Saint-Paul, à l'île Maurice - 2e partie

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6 septembre 2004

Deux arrestations relancent l'enquête

Le mystère plane toujours sur le drame survenu au domicile des Mawooa à Béchard lane, St.-Paul, Phoenix. L'enquête semble cependant avancer avec l'arrestation de deux personnes, dont le policier Bhupendra Auckraj et Jeetendra Janghee, alias Carol, vendredi.

Depuis que dix cadavres ont été découverts à la suite d'un empoisonnement au cyanure, le vendredi 27 juillet, une équipe de l'Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu), menée par l'inspecteur Hector Tuyau, tente d'établir s'il existe un quelconque lien entre des transactions illégales foncières dans cette affaire et le notaire Vinay Deelchand. L'équipe s'interroge également sur le nom de la dixième victime, identifiée dans un premier temps comme Hervé Janvier. Pour autant, le lien entre les allégations des deux suspects arrêtés et le drame de St.-Paul n'est pas clair.

Ces nouveaux éléments ont fait surface à la suite d'informations obtenues du quartier général de l'Adsu par les hommes de l'inspecteur Tuyau. Une enquête discrète a débuté au début de la semaine dernière. Franck Marion, un courtier de Mangue-Vert-Doux, Bambous, a été interrogé. Des procurations ont, en effet, été découvertes dans la maison de St.-Paul. Ces documents, signés par Franck Marion, donnent les droits légaux à Rajesh Dhayam, une de dix victimes de St.-Paul, d'effectuer des recherches sur des terres à Médine, qui appartiendraient à ses proches.

Rajesh Dhayam, 49 ans, cadre au Mahatma Gandhi Institute, était porté manquant depuis le 6 août. Cet habitant de Solférino,Vacoas, avait encaissé un chèque de Rs 386 000 au mois de juin. Cet argent qui est introuvable était destiné à l'achat d'un véhicule hors-taxes.

Plusieurs documents saisis

Enquête et filature dûment menées conduisent les enquêteurs dans un bungalow, à Flic-en-Flac vendredi. En début de soirée, les hommes de l'inspecteur Tuyau donnent l'assaut. Le constable Auckraj, 37 ans, affecté au poste de police de Moka, est arrêté.

Jeetendra Janghee, recherché pour des délits d'escroquerie et de vol, est aussi appréhendé. Ce sans domicile fixe de 44 ans est hébergé par le policier dans ce bungalow appartenant à un de ses proches se trouvant en Angleterre. Un raid effectué au domicile du policier Auckraj à Camp-Thorel, samedi, permet la saisie de plusieurs documents. Le constable Auckraj et Jeetendra Janghee, comparaissent devant tribunal de Bambous ce matin.

Les enquêteurs soupçonnent qu'Hervé Janvier, courtier de 49 ans qui habitait aux Flats Bhunjun, à Quatre-Bornes, avait aussi été hébergé en ce lieu et qu'il serait vivant. Il est porté manquant depuis novembre 2002 et était recherché par la police pour escroquerie. Son nom a été cité dans le cadre de l'enquête autour de l'affaire Deelchand.

Marie-Josée Janvier a identifié le dixième cadavre découvert à St.-Paul comme étant celui de son époux, lundi dernier. Elle s'est basée sur les bagues et la montre retrouvées sur le cadavre, vu l'état avancé de décomposition. Les hommes de l'Adsu soupçonnent toutefois une mise en scène visant à faire croire à sa mort. D'autre accusations provisoires pourraient être disposées contre lui, après examen des documents découverts chez le constable Auckraj.

S'il s'avère juste qu'Hervé Janvier est toujours vivant, les hommes du surintendant de police Anand Ramchandar, de la Criminal Investigation Division (CID) de Phoenix, auront fort à faire pour lever le voile sur le mystère de la dixième victime. Ils devront aussi tâcher de soutenir la thèse d'empoisonnement au cyanure.

La CID de Phoenix se penchait jusque-là sur la thèse selon laquelle Crithika Nunkomar, née Mawooa, l'une des dix victimes et adepte de la secte Eckankar, serait le cerveau de l'affaire. Une hypothèse soutenue par une lettre laissée par Crithika, faisant croire au suicide.

Le fils de Crithika, Devesh, faisait partie des victimes ainsi que sa mère, Kunti, son frère, Ravi, et sa sœur Chinta. Les corps de Maya Jhowry, de Montagne-Longue, sa fille Khesa et son fils Bhavish, ont aussi été retrouvés.

Vinesen ABEL

http://www.servihoo.com/channels/kinews/v3news_details.php?id =52925&CategoryID=28

Tiens, on n'en parle plus...

Drame de St.-Paul - Le FSL confirme : Hervé Janvier est bien le 10e cadavre

L'Express (Port Louis)

8 Septembre 2004

Vinesen Abel, Port Louis

Depuis que les empreintes digitales ont été confirmées comme étant celles de Janvier, ce n'est plus l'Adsu mais le CCID qui s'occupe du dossier. La dénommée Gita et ses deux enfants sont recherchés.

Les empreintes digitiales corroborent. C'est la conclusion émise par le Forensic Science Laboratory (FSL) qui a confronté les empreintes digitales d'Hervé Janvier prises en 1996 à celles d'une des dix victimes découvertes au domicile des Mawooa à Béchard Lane, St.-Paul. Dans le cadre de cette même affaire, la police recherche une femme prénommée Gita et ses deux enfants.

La Major Crime Investigation Team (MCIT) a obtenu le rapport du FSL hier matin alors qu'elle enquêtait sur cette affaire avec les hommes du surintendant de police, Anand Ramchandar de la Criminal Investigation Division (CID) de Phoenix. Hervé Janvier est donc bel et bien le dixième cadavre. Auparavant, sa femme, Marie-Josée, l'avait identifié grâce à sa bague et sa montre le lundi 30 août. Le rapport du FSL a ainsi été transmis à la CID de Phoenix.

Face à ce développement de taille, le dossier a été retiré à l'inspecteur Tuyau de l'Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu) et confié au Central Criminal Investigation Department (CCID), hier matin. Au quartier général de police, on laisse entendre que l'équipe de l'inspecteur Tuyau doit faire face à un important volume de travail, Janvier étant mort et figurant par la même occasion sur la liste dans l'affaire du notaire Vinay Deelchand.

L'arrestation de deux suspects dans un bungalow à Flic-en-Flac par les hommes de l'inspecteur Tuyau vendredi dernier apporte également un nouveau élément à l'enquête policière. Le constable Bhupendra Auckraj, 37 ans, affecté au poste de police de Moka, répond d'une accusation provisoire de "forgery". Jeetendra Jhungee, aussi connu comme Carol, 44 ans, est, lui, provisoirement accusé d'usage de faux. Des documents, affidavits, procurations et actes de vente ont également été saisis au domicile du constable à Camp-Thorel samedi.

Les suspects Auckraj et Jhungee, sont accusés d'avoir tenté de déposséder Frank Marion, un habitant de Mangue-Vert-Doux, Bambous, de son terrain à Médine. Trois cas de vente frauduleuses de terres dans lesquels Hervé Janvier aurait imité la signature du notaire Marcel Joson ont également été signalés.

Plusieurs pistes

Le suspect Jhungee, qui était clerc de notaire chez le notaire Joson de 1982 à 1996, a confié aux enquêteurs de l'Adsu qu'il avait rencontré Hervé Janvier ces deux dernières années. Il a révélé comment il effectuait l'enregistrement des documents falsifiés par Hervé Janvier. Pour chaque enregistrement, il recevait quelque Rs 50 000.

Si le policier Auckraj garde un silence complet sur cette affaire, l'interrogatoire du suspect Jhungee oriente l'enquête vers plusieurs pistes. Les enquêteurs sont ainsi sur la trace d'une femme dénommée Gita, de sa fille et de son fils. Une femme qui n'est pas une inconnue pour les enquêteurs de l'inspecteur Tuyau. Et sa fille travaille comme clerc chez le notaire Vinay Deelchand.

Antoine Chetty avait cité le nom de Gita aussi bien que celui d'Hervé Janvier dans le cadre de l'enquête sur le notaire Vinay Deelchand. Cette femme, selon le suspect Jhungee, serait le cerveau du vol d'un terrain effectué au détriment des familles Ramdenee et Oogur respectivement.

Liens Pertinents

Radha Nunkoo, dont les services ont été retenus par le policier Auckraj, assistera à la première déposition de son client aux Casernes centrales ce matin. Le suspect Jhungee, est représenté dans cette affaire par Me Samad Golamaully.

Une équipe des enquêteurs menée par l'assistant surintendant de police, R.Naunkoo du CCID, dirigera cette enquête à partir de ce matin.

http://fr.allafrica.com/stories/200409080821.html

12 septembre 2004

" Le mouvement Eckankar n'a rien à cacher…"

Enregistré à Maurice depuis 1997, ce n'est qu'aujourd'hui que le mouvement religieux Eckankar fait parler de lui. Son fondateur à Maurice, Jean Maunick, insiste que les enseignements d'Eckankar condamnent sans réserve le suicide et lève le voile sur son organisation…

Connaissez-vous les victimes du drame de St-Paul ?

Des dix morts, je connaissais seulement Rajesh Dhayam. Il a été membre d'Eckankar de 1990 à 1996. Il a pris ses distances du mouvement pour des raisons personnelles. Je l'ai revu quand il est venu assister à un séminaire de notre mouvement en 1999, qui se tenait à la galerie Max Boullé. On s'est tout juste salué car j'étais très pris ce jour-là. On ne l'a plus revu depuis dans nos fonctions. Je l'ai archi dit : je ne connais personne d'autre. Ce qui s'est passé à St-Paul n'a rien à voir avec Eckankar.

Comment expliquez-vous que deux des victimes portaient des médaillons d'Eckankar ?

Peut-être que Dhayam avait son médaillon à lui et qu'il en a fait une copie pour sa compagne. N'importe qui peut aller chez un bijoutier pour en faire fabriquer un. À Eckankar, le port du médaillon n'est pas obligatoire. N'importe qui peut en porter sans pour autant en être un adhérent. Ça ne prouve rien, absolument rien.

Pourrait-il avoir un mouvement parallèle au vôtre ?

Nous représentons officiellement la seule branche d'Eckankar à Maurice. Il n'y a aucune affiliation ou quoique ce soit avec un tout autre groupe. Eckankar est l'unique religion de la lumière et du son de Dieu…

Quand et comment avez-vous lancé Eckankar à Maurice ?

C'est en 1986, à mon retour d'Australie (où j'avais émigré en 1968) que j'ai lancé le mouvement Eckankar. Cette ancienne science du " Voyage de l'âme ", qui compte des milliers d'adeptes de par le monde, je l'ai découverte au hasard de mes lectures à Sydney. Intéressé par cette philosophie, j'ai intégré un mouvement de cette obédience religieuse, dont les enseignements ont changé ma vie. À mon retour au pays natal, je me suis dit qu'il fallait que je partage cette expérience incommensurable.

Combien d'adeptes comptiez-vous au départ ?

J'ai commencé avec deux membres. Ce sont des gens qui ont lu des articles sur Eckankar que j'avais fait paraître. Et ils ont voulu joindre le mouvement. Petit à petit, de bouche à oreille, le nombre d'adeptes a sensiblement augmenté. Aujourd'hui, nous sommes une cinquantaine.

Une cinquantaine seulement ?

Ce n'est pas le nombre qui compte. Eckankar ne prône pas le prosélytisme. N'importe qui peut venir assister à nos causeries sans avoir à changer de religion. Et puis, nous ne sommes pas une organisation à but lucratif, donc ce n'est pas notre objectif d'attirer des foules et amasser de l'argent.

À quel rythme se tiennent vos rencontres ?

Normalement c'est une fois par semaine, les dimanches. Il y a une vingtaine qui vient régulièrement. Nous venons tout juste d'ouvrir notre centre, grâce au soutien de nos membres. Il est modeste, avec quelques chaises et quelques livres. C'est tout ce qu'on possède.

Comment se déroulent ces séances hebdomadaires ?

Nos sessions commencent par une courte lecture tirée d'un ouvrage d'Eckankar ou de notre bible, The Shariyat Ki Sugmad. Puis nous faisons le HU collectif, qui est un chant d'amour à Dieu. D'une durée de vingt minutes, il est en fait une contemplation silencieuse, qui ouvre la conscience. Et on termine par une discussion libre sur un sujet d'ordre spirituel : l'amour de la vie, le voyage de l'âme. L'objectif est de maîtriser les changements dans notre vie, d'apprendre à aimer, de servir son prochain, d'écouter pour apprendre à survivre spirituellement dans le temps présent. Ne vous méprenez pas : nous n'avons pas de rituels sortant de l'ordinaire. Nous avons des chaises, et nous sommes assis pour prier. Il n'y a pas de gourou, ni de cérémonies spectaculaires, ni aucun culte…

Vous n'êtes pas le gourou, quel est donc votre rang ?

J'ai fait des études et je suis ce qu'on appelle le haut initié. En réalité, je ne suis qu'un serviteur pour aider les fidèles à mieux recevoir le son et la lumière de Dieu. Nous avons tous un seul chef spirituel, que nous appelons le Mahanta. C'est Sri Harold Klemp, qui a fait de l'Eckankar une religion internationale, qui est aujourd'hui en pleine expansion dans une centaine de pays et légalement reconnue comme une organisation non lucrative dans quarante pays.

Est-ce que les enseignements d'Eckankar approuvent le suicide ?

Non, non et non. C'est à l'opposé de notre philosophie même. Nous considérons que la vie est un don, mieux un cadeau de Dieu. Et par conséquent le suicide va à l'encontre de la loi spirituelle. Chaque personne est une âme, une parcelle divine, envoyée sur terre pour acquérir la maturité de la conscience. Ceux qui s'adonnent au suicide n'ont rien compris. La vie est en fait une école où nous apprenons à faire face à nous-mêmes. Tout problème a une solution spirituelle, qui n'est certainement pas le suicide.

Vous qui avez lancé Eckankar à Maurice, comment avez-vous réagi en apprenant que le mouvement était probablement lié au mystère des dix cadavres ?

C'était comme un coup de massue. Croyez-moi cela fait mal, quand des gens qui ne connaissent pas du tout les enseignements d'Eckankar commencent à dire n'importe quoi, à faire des allégations les plus farfelues. Jamais je n'aurais pu penser que des hommes, des femmes et enfants auraient pu mourir de cette façon. C'est très malheureux ce qui s'est passé. Je peux vous dire que tout ce drame n'a rien à faire ave Eckankar, car comme je vous l'ai dit précédemment, la vie est une étincelle divine, et nous la respectons plus que tout. Eckankar nous enseigne à contrôler les passions négatives et destructives telles que la luxure, la gourmandise, l'attachement aux choses matérielles et la vanité. Nous pronôns des vertus telles que le pardon, la tolérance, le détachement et l'humilité. Je peux vous assurer que je n'ai rien à cacher, d'où cette interview…

Mais Eckankar est classée " secte dangereuse " en France…

Depuis que certaines organisations religieuses ont connu des problèmes en France, les médias ont mené une virulente campagne contre plusieurs d'entre elles, avec une tendance à généraliser. L'enquête menée par les autorités françaises est aujourd'hui contestée par plusieurs pays européens… C'est une entorse à la liberté religieuse, du moins en ce qui concerne Eckankar.

L'appellation secte vous semble-t-elle inappropriée ?

Nous ne sommes pas une secte car nous ne vivons pas en communauté, nous n'avons pas de gourou, nous n'avons pas d'intérêts financiers. Et puis Eckankar n'impose rien, au contraire nous reconnaissons l'importance du rôle spirituel des autres religions et de leurs chefs sprituels, tels que Jesus, Buddha et Mahomet. Les membres sont tenus de respecter les croyances religieuses des autres personnes. Par conséquent, nous ne réunissons pas les caractéristiques de base d'une secte. Nous ne faisons pas d'endoctrinement.

Depuis quand êtes-vous enregistré à Maurice ?

Depuis le 25 juin 1997. Pour enregistrer la Mauritius Eckankar Satsang Society, nous avons rempli toutes les conditions. Le Bureau du Premier ministre a pris une année pour étudier notre dossier et nous a donné son aval. Nous sommes enregistrés au Registrar. Nos documents peuvent y être consultés. Nous n'avons rien à cacher…

Nad SIVARAMEN

Elwyn CHUTEL

http://www.lexpress.mu/display_news_dimanche.php?news_id=25517

La thèse de la secte semble maintenant bel et bien abandonnée même s'il y est toujours fait allusion...
Mais quelles traces a-t-elle laissées dans l'opinion publique, à Maurice et ailleurs ?

14 septembre 2004

Drame de St.-Paul : le lien avec Deelchand sous examen

Jeetendra Jhungee révèle l'existence d'une vaste escroquerie foncière et cite le nom de Gita Lutchigadoo. Celle qu'Antoine Chetty avait mentionnée dans ses dépositions.

La police a établi un lien entre Rajesh Dhayam (à g.), Crithika Nundkumar, et Hervé Janvier : des transactions foncières illégales

Le voile se lève peu à peu sur les dix cadavres retrouvés dans une maison à St.-Paul. L'enquête policière, menée par le surintendant de police, Anand Ramchamdar, de la Criminal Investigation Division (CID) de Phoenix, tente d'établir des liens entre ce drame et l'affaire incriminant le notaire Vinay Deelchand dans des transactions foncières illégales.

Le point de départ : Jeetendra Jhungee, alias Carol, un sans domicile fixe de 44 ans. Ce dernier a été arrêté le 3 septembre dernier dans un bungalow à Flic-en-Flac dans le cadre du drame de St.-Paul. Longuement interrogé au quartier général de l'Anti Drug and Smuggling Unit, il a révélé l'existence d'une vaste escroquerie foncière. De plus, de nombreux documents, notamment de fausses cartes d'identité, des affidavits ainsi que des procurations saisis par la police révèlent l'ampleur de la fraude.

Jeetendra Jhungee a de nouveau comparu, hier matin en cour de district de Port-Louis. Accusé provisoirement d'usage de faux, il a été reconduit en cellule policière. Le suspect a expliqué que son rôle consistait à procéder à l'enregistrement de documents falsifiés, sur la vente de terrains et autres biens immobiliers. L'ancien employé à l'étude du notaire touchait Rs 50 000 pour cette opération frauduleuse. Hervé Janvier (identifié comme le 10e cadavre de la maison des Mawooa) imitait de son côté la signature du notaire Marcel Joson, révèle Jeetendra Jhungee.

Outre le nom d'Hervé Janvier, il balance également celui de Gita Lutchigadoo, femme d'affaires à la route Bassin, Quatre-Bornes. Un lien solide entre les deux affaires, avancent les enquêteurs.

Gita Lutchigadoo les prend toutefois à contre-pied. Elle affirme être victime d'une vengeance d'Antoine Chetty. Ce dernier, chauffeur du notaire, avait incriminé son patron mais avait également cité à plusieurs reprises le prénom de Gita et celui de sa fille.

Le sans domicile fixe évoque de son côté les prénoms de Saraswatee et Dhunrajoo, respectivement fille et fils de Gita. Ces derniers ont retenu les services de Me Joy Beeharry.

Ainsi, concluent les enquêteurs, au moins trois des victimes de St.-Paul - Crithika Nundkumar, Rajesh Dhayam et Hervé janvier - étaient impliquées dans des opérations foncières illégales. Des procurations, au nom de Rajesh Dhayam, ex-cadre au Mahatma Gandhi Institute, saisies par les enquêteurs sur les lieux du drame tendent à confirmer cette thèse.

"Solliciter des faveurs sexuelles"

Crithika Nundkumar, cerveau présumé de ce drame, est par ailleurs soupçonnée d'avoir participé à ces transactions douteuses. Des faux documents à son nom ont été découverts. Dans la lettre de 14 pages qu'elle a laissée derrière elle, le constable Bhupendra Aukhaj, arrêté puis relâché, y est cité pour "avoir sollicité des faveurs sexuelles" auprès d'elle. En échange de se porter garant pour un prêt de Rs 350 000. Allégations que nie le constable qui ne peut contenir son amertume.

Les implications sont multiples. Des développements devraient intervenir dans le courant de la semaine.

LES PRINCIPAUX PROTAGONISTES

¦ Rajesh Dhayam et ses Rs 360 000

Porté manquant depuis le 6 août dernier, l'ex-cadre au Mahatma Gandhi Institute, âgé de 49 ans, fait partie des dix victimes retrouvées dans la maison de St.-Paul. Divorcé et père de deux enfants, il entretenait une liaison amoureuse avec Crithika Nundkumar, une autre victime trouvée sur les lieux.

Résidant à l'avenue Shiv Shakti à Solférino, Rajesh Dhayam avait, le jour de sa disparition, un chèque de Rs 360 000 en sa possession. Il serait, selon les dires de ses proches, rentré chez lui vers 16 heures avant de repartir, trois heures plus tard à bord d'une fourgonnette. Depuis, aucun signe de vie.

Rajesh Dhayam devait utiliser cette somme pour s'acheter une voiture hors taxes. Après vérifications, la police confirme : Rajesh Dhayam a bel et bien encaissé le chèque à la succursale de la State Bank of Mauritius de Réduit. Les enquêteurs n'ont toutefois pas encore retracé l'argent.

Rajesh Dhayam était également un membre actif de la secte Eckankar de 1990 à 1996. Période durant laquelle il aurait prétexté des problèmes d'ordre personnel pour prendre du recul par rapport à l'organisation.

¦ Crithika Nundkumar, le cerveau présumé

Selon la thèse retenue par les enquêteurs, elle serait le cerveau derrière ce drame. Mariée et mère d'un enfant, Devesh, 11 ans, Crithika était considérée comme une "illuminée" par ses proches. Selon les témoignages de ses proches, la jeune femme "se perdait fréquemment dans des débats sur les religions mais se livrait à ses propres interprétations."

Esthéticienne de profession, Crithika exerçait une grande influence sur ses proches et plus particulièrement sur Maya Jhowry, l'une des victimes. Une lettre, écrite par cette dernière et adressée à Crithika a été retrouvée sur les lieux du drame. La missive évoque l'admiration que porte Maya à son "gourou".

Dans sa note suicidaire de 14 pages retrouvée à ses côtés, Crithika mentionne des avocats, des "casseurs" ainsi que des proches qui auraient refusé de lui venir en aide. Elle leur aurait demandé, à plusieurs reprises, des emprunts énormes pour "sauver le monde". Elle évoque également ses déboires amoureux, affirmant qu'elle n'a jamais été aimée et que sa vie de couple était quasi inexistante. Un examen graphologique, ainsi que le témoignage de son époux a permis d'authentifier son écriture.

¦ Hervé Janvier, le faussaire

Au départ, un dixième cadavre retrouvé dans l'une des deux chambres situées au premier étage du domicile des Mawooa à St.-Paul n'avait pu être identifié. Il sera ensuite reconnu comme étant le corps de Hervé Janvier, porté disparu depuis le 20 novembre 2002.

Les enquêteurs avaient néanmoins des réserves quant à la véritable identité du 10e cadavre. Mais un prélèvement d'empreinte effectué par le Forensic Science Laboratory la semaine dernière a permis de dissiper tout doute.

Hervé Janvier, âgé de 49 ans, résidait, avant sa disparition, aux Flats Bhunjun. Il était connu dans le milieu des courtiers des environs du bâtiment Emmanuel Anquetil, Port-Louis. Son nom a été cité à plusieurs reprises dans le cadre de l'enquête de l'Anti Drug & Smuggling Unit dans l'affaire incriminant le notaire Vinay Deelchand.

Le jour de sa disparition, il aurait été en possession de plusieurs documents et disquettes concernant des ventes frauduleuses de terres.

Jeetendra Jhungee, autre suspect arrêté dans cette affaire, est revenu, lors de son interrogatoire, sur le rôle joué par Hervé Janvier. Ce dernier, explique-t-il était chargé d'imiter la signature du notaire Marcel Joson sur des faux documents afin de procéder à des ventes frauduleuses de terrains.

Hervé Janvier était par ailleurs recherché par le Central Criminal Investigation Department pour une affaire de fausses cartes d'identité.

Gita Lutchigadoo : le maillon Deelchand-St.-Paul

Le prénom de Gita Lutchigadoo avait déjà été cité dans le sillage de l'affaire incriminant le notaire Vinay Deelchand. Selon Antoine Chetty, chauffeur du notaire, elle serait, de même qu'Hervé Janvier, proche de Vinay Deelchand. La femme d'affaires, de la route Bassin, Quatre-Bornes, a nié mercredi dernier ces allégations et se dit victime d'une vengeance d'Antoine Chetty. Travaillant comme courtier et promoteur de terres, Gita dit avoir travaillé dans la légalité.

Sa fille, Saraswatee, 26 ans, et son fils Dhunrajoo, 25 ans, dont les noms sont cités par Jhungee, sont catégoriques : ils n'ont rien à se reprocher car ils ont acheté un terrain proposé en vente par Jhungee. Ils affirment avoir rempli toutes les formalités.

Guillaume GOUGES

http://www.lexpress.mu/display_article.php?news_id=26082

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