La religion au travail ne pose pas de problème

Mis en parallèle avec la publication du Guide des Entreprises par la MIVILUDES, cet article incite à une réflexion sur la façon dont la "laïcité à la Française" s'est éloignée des préceptes de tolérance et de respect mutuel que souhaitaient promouvoir les auteurs de la loi de 1905.

A priori, gérer une équipe multiconfessionnelle pourrait paraître plus délicat que diriger une équipe standard. Il semble pourtant qu'il n'en soit rien en Suisse romande. Pour une raison simple: les collaborateurs pratiquants ne montrent pas leur appartenance religieuse

Elise Jacqueson - 29/12/2007

Le Matin Dimanche

Gérer une équipe demande déjà vraisemblablement de la part d'un manager des qualités d'ouverture et de diplomatie afin de composer au mieux avec la personnalité de chacun.

Alors imaginez que le groupe soit composé de collaborateurs de nationalités très diverses - donc probablement de religions différentes. C'est alors que l'art de diriger peut se révéler délicat voire périlleux. Notamment lorsque les employés sont pratiquants. Difficile de laisser sa religion à la porte de l'entreprise.

"Cela ne pose aucun problème lorsqu'au sein de la société, le respect de l'autre et la tolérance règnent, affirme François-Xavier Perroud, porte-parole de Nestlé. Nous avons quatre-vingt-deux nationalités dans notre bâtiment et tout se passe bien."

Réglementation inutile

Vraiment? Et quelqu'un qui porterait une croix? "Qu'elle la porte, poursuit le porte-parole de Nestlé. Il n'y a pas de prescription ici, ce n'est pas nécessaire."

Dernière tentative d'ouvrir une brèche dans ce tableau idyllique : et quelqu'un qui porterait un voile ? Ne heurterait-il pas davantage les autres collègues ? François-Xavier Perroud le répète une dernière fois : "Lorsque les gens baignent dans une ambiance de tolérance, il n'y a pas besoin d'édicter des règles." Est-ce comme cela partout en Suisse ?

"Au Credit Suisse (CS), qui occupe actuellement 47 000 collaborateurs actifs dans plus de 50 pays dont 20 000 en Suisse, la diversité culturelle, ethnique ou religieuse est une donnée de longue date, que nous exploitons comme une richesse et un atout pour le développement de nos activités, explique Jean-Paul Darbellay, responsable de la communication du CS pour la Suisse romande. La diversité fait partie de notre culture d'entreprise et son respect figure dans notre Code de conduite. Nous avons également une unité interne "Diversity and inclusion" dont l'activité vise à promouvoir un environnement de travail exempt de discrimination ou de harassement."

Pratiques tolérées

Mais jusqu'où l'entreprise peut accepter la pratique du collaborateur ? "Les habitudes ou le comportement de chacun sont parfaitement tolérés pour autant que le sentiment de tolérance soit partagé et que le comportement ne nuise pas à la bonne marche du service. En cas de problème, il appartient au chef de ligne d'intervenir."

Chez Philip Morris International, qui emploie 76 000 employés dans 160 pays dont 3000 collaborateurs en Suisse réunissant plus de 60 nationalités, le respect des cultures est un atout que Philip Morris International cultive depuis des années, souligne Marija Sepic, responsable de la communication externe. "La diversité de collaborateurs est un facteur clé de notre succès car motiver du personnel issu d'horizons très divers stimule la créativité et la capacité de décision de nos employés, contribuant ainsi à accroître aussi bien la performance individuelle que le succès collectif."

On l'a bien compris. La diversité est la bienvenue. Or, du côté des employés, est-ce le même son de cloche ?

"Il y a pas mal de nationalités ici, donc des cultures différentes. Cela peut parfois se remarquer dans la façon de travailler, témoigne un employé de l'Union mondiale de protection de la nature (UICN), basé à Gland (VD). Mais honnêtement, en ce qui concerne les religions, cela ne se voit pas. Il y a probablement des personnes pratiquantes. Ce qui est sûr, c'est que cela ne pose aucun problème."

Une affaire de discrétion

Ainsi, dans un environnement international avec des cultures diverses, la tolérance vis-à-vis de la religion de chacun semble aller de soi. Pour autant qu'elle soit discrète, au risque même de ne point apparaître du tout... Logique: sans un minimum de tolérance l'équipe ne pourrait tout simplement pas fonctionner. Reste à savoir si dans d'autres contextes professionnels, une telle diversité au sein d'une équipe serait possible.

Assister à une fête religieuse est un droit

Selon l'article 20a de la loi sur le travail, "le travailleur est autorisé à interrompre son travail à l'occasion de fêtes religieuses autres que celles qui sont assimilées à des jours fériés par les cantons. Il doit cependant en aviser son employeur au plus tard trois jours à l'avance.

De même, à la demande du travailleur, l'employeur lui accordera, si possible, le temps nécessaire pour assister à une fête religieuse".

Toutefois, souligne Jean-Michel Dolivo, avocat spécialiste en droit du travail, "l'employeur est en droit de refuser cette demande pour des motifs impérieux liés à la bonne marche de l'entreprise".

Par ailleurs, Me Dolivo rappelle l'existence de l'article 328 du Code des obligations, qui protège la personnalité du travailleur dont notamment sa liberté de croyance.

http://www.lematin.ch/

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